Les services de garde d’enfants réduisent la pénalité de la maternité

Il faut se demander si le choix de travailler à temps partiel constitue vraiment un «choix» ou si c’est plutôt révélateur d’une barrière à laquelle les mères sur le marché du travail font face, souligne l'auteur.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Il faut se demander si le choix de travailler à temps partiel constitue vraiment un «choix» ou si c’est plutôt révélateur d’une barrière à laquelle les mères sur le marché du travail font face, souligne l'auteur.

Récemment, la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, a promis des services de garde gratuits aux parents d’enfants de 2 ans et demi jusqu’à leur entrée à la maternelle. La promesse souligne les obstacles sociétaux et économiques qui contribuent à l’écart entre les sexes quant à la participation au marché du travail à travers le pays.

Les femmes au Canada payent une pénalité en devenant mères : une baisse de revenus d’emploi jusqu’à onze ans après la naissance du premier enfant, selon une étude publiée en mars par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). Les revenus des pères, par contre, ne subissent pas de baisse à la suite de la naissance de leur premier enfant.

Malgré une forte progression de l’emploi des mères pendant les vingt dernières années, les femmes se retirent encore en grand nombre du marché du travail pour élever leurs jeunes enfants. Les mères choisissent l’emploi à temps partiel à un taux sept fois plus élevé que les pères (1,9 % comparativement à 13,4 %).

En lisant ces figures étonnantes, il faut se demander si le choix de travailler à temps partiel constitue vraiment un « choix » ou si c’est plutôt révélateur d’une barrière à laquelle les femmes sur le marché du travail font face.

L’écart entre les chiffres chez les parents québécois et les parents du reste du Canada semble nous indiquer une réponse à cet effet. La baisse de revenu des mères québécoises se résorbe en quatre ans et elles ont un taux d’emploi à temps plein plus élevé que les mères des autres provinces.

Politique québécoise

Pourquoi une différence si marquée ? Le Québec a adopté une politique familiale parmi les plus généreuses au monde, avec ses congés de maternité bonifiés et ses services de garde subventionnés, tous deux permettant un meilleur équilibre travail-famille.

Le fait qu’un grand segment de notre population ne participe pas au marché du travail aux mêmes taux est au coeur de l’inégalité économique entre les sexes.

Le budget fédéral de 2018 accorde une grande importance à l’égalité des sexes et à la lutte contre la discrimination systémique des femmes sur le marché du travail. À cette fin, le gouvernement a introduit la législation sur l’équité salariale pour les secteurs sous réglementation fédérale et l’instauration de cinq semaines de congé parental pour les pères ou les parents non biologiques.

Bien que ces efforts démontrent un désir d’encourager le partage des responsabilités parentales, le budget fédéral de 2018 fait obstacle à l’égalité des sexes en n’augmentant pas les dépenses gouvernementales en matière de services de garde d’enfants. Les services de garde d’enfants abordables pourraient être un outil égalisateur qui pourrait accélérer la réintégration des mères au marché du travail.

Les services de garde d’enfants constituent un investissement similaire à l’investissement dans l’infrastructure. À titre de comparaison, considérons une nouvelle autoroute. Un besoin de relier les centres de population pour faciliter le mouvement plus efficace des biens et des personnes d’une zone à l’autre est ciblé. La construction déclenche une augmentation de l’emploi dans le secteur de la construction, l’autoroute mène à la productivité plus élevée et la création de richesses pour les entreprises rendues plus accessibles aux clients. Les services de garde ont les mêmes bénéfices : l’augmentation d’emploi, la productivité accrue, la création de richesses et plus.

En Ontario, le besoin de services de garde d’enfants devient de plus en plus important et les listes d’attentes s’allongent chaque année. À l’heure actuelle, seulement 20 % des enfants de 0 à 4 ans bénéficient de services de garde d’enfants réglementés, quoique la demande soit deux fois plus élevée.

Ce manquement exacerbe l’écart économique entre les sexes en obligeant les mères, plutôt que les pères, à soit abandonner un emploi rémunéré, soit opter pour un emploi à temps partiel.

Il incombe au gouvernement de veiller à ce que les familles aient les bons soutiens pour promouvoir la réintégration des mères au marché du travail et réduire l’écart économique entre les sexes. Investir dans les services de garde d’enfants sera un pied dans la lutte contre les rôles stéréotypés de genre et accroîtra la prospérité nationale et individuelle.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 18 avril 2018 08 h 03

    Pourquoi dans ce journal ?

    C'est en anglais dans les journaux ontariens que l'auteure devrait s'exprimer. Au Québec, elle ne fait que prêcher à des convertis.

    • Solange Bolduc - Inscrite 18 avril 2018 09 h 49

      M. Terrault, n'avez-vous pas entendu que la CAQ avec son futur homme des finances, Chassin, veulent abolir carrément les CPE?
      Legault veut aussi aider les femmes à avoir des enfants, en les payant...pour qu'elles restent à la maison?

      Legault comme chef d'État québécois, ce serait catastrophique ! Et Chassin ne travaillerait que pour le patronat!

  • Léonce Naud - Abonné 18 avril 2018 09 h 04

    Mentalités de fins de races


    Les enfants, une « pénalité » pour leur mère ?

    Sur les trottoirs de nos villes, on voit déambuler des tas de gens attachés par une laisse à de stupides clébards qui les précèdent triomphalement, lavés, bichonnés, parfumés, pomponnés, dorlotés, qui coûtent et valent des fortunes, sans parler du temps précieux et des soins nombreux qu’exigent ces précieux quadrupèdes. Pourtant, on n’a jamais entendu quelqu'un se plaindre du fait qu’être possédé par un chien représentait une pénalité.

  • Raymond Labelle - Abonné 19 avril 2018 11 h 47

    Oui, et autres considérations.

    Les prix des services de garde peuvent être si prohibitifs en Ontario que, si on a plus d'un enfant, leur coût excède le revenu découlant du travail d'un des parents - d'où souvent ce choix économique que le plus bas salarié du couple reste à la maison. Le plus souvent, la femme.

    Les enfants qui passent par les CPE jouissent également d'un traitement et d'un dépistage compétent de possibles troubles précoces et sont souvent mieux préparés à l'école que d'autres, entre autre de ceux de la filière des garderies privées.

    Je ne comprends pas comment au Québec, alors que la preuve de leurs bénéfices a été faite expérimentalement par quatre, certaines personnes aspirant à nous diriger s'attaquent aux CPE plutôt que de veiller, au contraire, à en accroître l'accessibilité. Seul un aveuglement idéologique leur cachant le réel peut expliquer cela.