Le rehaussement de la formation infirmière

Les infirmières formées dans les cégeps développent peu de compétences en soins critiques, en réadaptation et en santé communautaire puisque ces sujets sont enseignés uniquement dans le cadre de la formation universitaire, souligne l'auteur. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les infirmières formées dans les cégeps développent peu de compétences en soins critiques, en réadaptation et en santé communautaire puisque ces sujets sont enseignés uniquement dans le cadre de la formation universitaire, souligne l'auteur. 

Depuis quelques semaines, au travers des différentes discussions sur les conditions de travail des infirmières, plusieurs ont émis une opinion en ce qui concerne l’apport des professionnels en soins infirmiers dans le système de santé québécois. Encore aujourd’hui, certains définissent la profession infirmière comme une vocation où l’unique rôle est d’exécuter les ordres du médecin. On suggère également aux étudiantes de ne pas gaspiller leur temps à l’école pour ne devenir qu’une « simple infirmière ». Bien que l’on reconnaisse certaines de leurs contributions, il subsiste actuellement une culture de dévalorisation des compétences et de l’expertise infirmière au Québec. Une formation universitaire obligatoire pour l’ensemble des infirmières s’avérerait, selon moi, l’une des solutions à cette problématique.

S. J. Robert, infirmière et professeure à l’Université de Northeastern, a été la première en 1983 à mentionner que les infirmières constituaient un groupe dévalorisé dans le milieu de la santé. D’après sa théorie, cette dévalorisation serait l’une des conséquences de la domination de la profession médicale sur celle des soins infirmiers. Celle-ci se manifesterait principalement par un manque d’autonomie et de pouvoir décisionnel des infirmières.

Plus récemment, des chercheurs ont tenté de déterminer pour quelles raisons les infirmières sont toujours aussi peu valorisées. Le manque de compétences variées et approfondies serait un obstacle à l’exercice du pouvoir en milieu hospitalier. Au Québec, les infirmières formées dans les cégeps développent peu de compétences en soins critiques, en réadaptation et en santé communautaire puisque ces sujets sont enseignés uniquement dans le cadre de la formation universitaire. Lors de leur arrivée sur le marché du travail, il est donc plus difficile pour ces jeunes infirmières issues de la formation collégiale d’être crédibles et influentes auprès des autres professionnels de la santé. Une formation universitaire obligatoire donnerait la possibilité à l’ensemble des infirmières d’amorcer leur carrière avec davantage d’habiletés et de connaissances dans différents domaines de soins.

D’après des études, les infirmières ont tendance à peu s’exprimer par rapport à leur contribution clinique et scientifique, contrairement à d’autres professionnels de la santé. Le fait de ne pas partager nos réussites est un réel obstacle à la reconnaissance de notre profession. Au dire de Mme Louise Hagan, professeure à la retraite de la faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, il est nécessaire de croire en soi et en sa propre compétence professionnelle pour être en mesure de s’affirmer pleinement. Il m’apparaît peu probable qu’une infirmière novice issue de la technique en soins infirmiers puisse démontrer un niveau de confiance similaire à celle d’un autre professionnel de la santé ayant fait des études universitaires. Un rehaussement de la formation infirmière permettrait sans aucun doute d’atténuer cette situation.

Certains affirment que le rehaussement de la formation des infirmières n’est pas une solution souhaitable en raison des coûts potentiels supplémentaires pour l’État. Selon une analyse réalisée par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec en partenariat avec le groupe CIRANO en 2013, un tel rehaussement favoriserait une maximisation de l’utilisation des ressources, une augmentation de la productivité dans le réseau de la santé et une meilleure accessibilité aux soins. L’ensemble de ces avantages amènerait des bénéfices financiers entre 1,29 à 4 milliards de dollars par année à la province du Québec. Par conséquent, l’aspect financier ne serait pas un obstacle au rehaussement de la formation chez les infirmières.

L’absence d’une formation universitaire de base favorise la culture de dévalorisation et de non-reconnaissance de l’expertise que vivent les infirmières. La solution, sans aucun doute, consisterait au remplacement du programme collégial de technique en soins infirmiers par une formation universitaire obligatoire pour la pratique de la profession d’infirmière au Québec.

7 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 16 avril 2018 08 h 33

    Des chercheurs cherchent ....

    Des raisons pour lesquelles les infirmières sont toujours aussi peu valorisées! Or, la recherche n'est pas de justifié les hypothèses qui nous convient.

    Il y a peut-être d'autres raisons pour lesquelles il y a encore cette «non-reconnaissance» qui persiste. Ne serait-ce parce ce qu'il y a une volonté très forte de «convertir» ce domaine vers un autre qui existe déjà?

    Il y a quelque chose agaçant dans cette perpétuelle complainte de cette «non-reconnaissance» de votre profession.

    Avez-vous autant de reconnaissance pour ceux qui lavent les planches? Même s’ils n'ont pas de diplôme universitaire, est-ce que cela permet la «non-reconnaissance» de ces gens?

    Peut-être qu'il faudrait qu'il n'y ait plus de formation universitaire pour la profession des infirmières, comme il n'y a pas de formation universitaire pour les éboueurs. Car, quand ces derniers désirent faire une «BAC», et ils ne se seront pas ... un éboueur avec «BAC». Il ne retourneront probablement pas derrière un camion.

    Alors, la «profession» d'infirmière avec une «BAC» (avec études ... «supérieures», S.V.P.) ne devrait plus se nommer infirmière. Nous suggérerons «infircin».

    N'est-ce pas ce à quoi vous aspirez, avoir la reconnaissance d'un médecin?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 16 avril 2018 12 h 23

      Les perpétuelles complaintes de "non-reconnaissance" sont juste une façon plus chic de dire qu'on veut être payé plus cher. Et vicieusement la chose revoie a l'état de victime le complaignant, et du coup place le lecteur ou l'auditeur dans le siège des exploiteurs ...

      Sur le fond la demnde de m. Giroux n'est pas pertinente. Il n'y a aucun intérêt a requérir du personnel surqualifié pour les tâches qu'on leur réserves. D'autant que dans ce milieu de travail on peut être très tatillon sur la descriptions des tâches réservées a l'un et l'autre.

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 16 avril 2018 08 h 47

    Difficile à appliquer

    Je suis d'accord avec vous que les soins infirmiers se complexifient et demandent une expertise accrue, par contre les CISSS, sont loin d'être prêt à accueillir des infirmières cliniciennes seulement, .Dans certains CISSS, il y a des infirmières auxiliaires à l'urgence. On est en pénurie de main d'oeuvre actuellement ,imaginez si on demande un BAC à toutes les infirmières . Je suis plutôt pour que certains postes soient réservés auxinfirmières cliniciennes soit: Soins critiques, santé mentale et tous les postes d'assistantes de cette façon on s'assurerait des soins de qualité avec infirmières tech et infirmières clin en équipe.

  • Antoine Gadbois Nadeau - Abonné 16 avril 2018 12 h 26

    Et un centre de spécialisation, c'est possible ?

    Pourquoi ne pas créer un centre de spécialisation en infirmerie qui offrirait une quatrième année de formation aux infirmières sortantes du cégep où des cours sur différentes sphères de la santé serait offert ? Le problème qu'on rencontrerait avec une formation universitaire obligatoire serait l'intérêt de candidat(e)s pour faire 2 an de cégep suivi de 3-4 ans d'université plutôt qu'une formation "rapide" de 3 ans à titre de deux sessions par années.

  • Diane Bouchard - Inscrite 16 avril 2018 15 h 41

    Pour avoir connu l'infirmière avec et sans diplôme universitaire, je peux affirmer sans l'ombre d'un doute que ce que les universitaires ont apporté au CIUSSS (mon lieu d'expertise) c'est davantage de protocoles, de rapports d'accidents, d'évaluation cliniques, de mesures de la douleur etc et souvent en doublons. En un mot, beaucoup trop de paperasse. De plus,les techniques utilisées dans ces centres ne requièrent pas d'études universitaires. J'irais même jusqu'à dire que tout ce "clérical" est responsable en grande partie de la surcharge de travail de l'infirmière d'aujourd'hui. Oui pour la formation universitaire dans des secteurs spécialisés, tels la cardiologie, la pédiatrie, la traumatologie etc.mais pas dans les CHSLD. Honnêtement, si j'avais le choix aujourd'hui, je ne ferais pas nursing avec autant d'années d'études, je ferais médecine.

    • Serge Pelletier - Abonné 17 avril 2018 23 h 38

      Bravo pour votre franchise.

  • Serge Pelletier - Abonné 17 avril 2018 23 h 37

    Des $$$ qu'on veut bon.

    Les complaintes des infirmières, qui sont reprises en coeur par les médias, frisent l'indécence de la manipulaion. Encore plus quand il est question du niveau de scolarisation avec le reste du Canada.
    1) le fameux grade de baccalauréat du restant du Canada, est l'équivalent à quelques choses près en années de scolarité de ce qui se fait ici avec un DEC. Le système académique canadien ne comporte pas de CÉGEP. Donc, avec le programme secondaire les personnes s'incrivent à l'université... Les programmes de baccalauréat se portent généralement sur 4 ans d'études. La première année portant sur la formation complémentaire du niveau niveau secondaire, les autres années de la scolarisation se répartisent environ moitié-moitié entre les cours en Sc-Inf. et les cours de connaissances générales...
    2) au Québec environ 40% des infirmières possèdent un grade de bachelière par cumul de certificats universitaires, ce qui les faits doublement progresser dans l'échelle salariale (années de scolarité + années d'expérience)...
    Les journalistes devraient, au lieu de reprendre les pleurniches des infirmières et de leurs syndicats, mettre la population au fait de ce qui est contenu dans les conventions colectives...
    3) étonnant aussi que personne dans ce merveilleux monde des pleureurs)es) patentés(es) ne fait mention des problèmes/avantages du programme de niveau collégial... Actuellement, le programme est "tout croche" et plus basé sur la sécurité d'emploi des enseignants de niveau collégial (et leurs goûts) que sur les nécessités du monde infirmier en institutions. Ce qui amènent d'énormes dérives...