Les Ateliers éducatifs Angus, une école publique de quartier

Les besoins d’espaces pour accueillir les enfants dans les écoles publiques de Rosemont sont criants et il n’a jamais été question de mettre sur pied une école privée réservée à une population triée sur le volet, précise l’auteur.
Photo: iStock Les besoins d’espaces pour accueillir les enfants dans les écoles publiques de Rosemont sont criants et il n’a jamais été question de mettre sur pied une école privée réservée à une population triée sur le volet, précise l’auteur.

En mai 2015, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) rencontrait la Société de développement Angus (SDA), organisme à but non lucratif promoteur du Technopôle Angus, pour lui demander si elle accepterait d’accueillir une école primaire sur son site. La SDA recevait cette demande positivement et l’intégrait dans le projet d’aménagement de son futur écoquartier. Ce projet a fait l’objet d’une analyse par l’Office de consultation publique de Montréal, qui recommandait formellement en juillet 2017 l’implantation d’une école sur le site. Cette recommandation faisait écho aux vœux exprimés par de très nombreux participants et par la CSDM.

Parallèlement, la SDA amorçait dès le printemps 2017 une série de travaux pour définir les contours de cette école d’une capacité de 350 à 400 élèves comme le proposait la CSDM. La SDA a fait appel à des experts et à des professionnels en éducation, en design, en gestion, et en administration et financement scolaire. Elle a consulté de nombreux parents d’enfants du préscolaire et du scolaire. Elle a rencontré la direction de la CSDM à plusieurs reprises. Le fruit de cette démarche fut présenté le 10 avril dernier à une assemblée citoyenne de 160 personnes qui, très majoritairement, a appuyé notre proposition.

Dès le début de notre réflexion, le statut de cette école nous est très nettement apparu : ce serait une école publique, une école de quartier, gratuite et sans test d’admission. Ou elle ne serait pas. Les besoins d’espaces pour accueillir les enfants du primaire dans les écoles publiques de Rosemont sont criants. La nouvelle école répondra à ce besoin. Il n’a jamais été question de développer une école privée réservée à une population triée sur le volet.

Et puis, le nom de cette école s’est manifestement imposé : les Ateliers éducatifs Angus. Ce nom évoque la présence des usines, des Ateliers Angus sur le terrain même où elle sera implantée. Il renvoie à l’histoire palpitante de notre communauté, qui a longtemps été un pôle névralgique du développement économique et social de Rosemont.

Enfin, toutes nos consultations nous y menaient : cette école serait innovante aussi bien dans son approche pédagogique que dans sa gouvernance.

De grands principes

Quatre grands principes guideront les enfants, le personnel et les parents de cette nouvelle école. Premièrement, chaque enfant est l’artisan de son développement, chaque enfant est unique. Les adultes de l’école sont là pour relever les intérêts spécifiques de chacun, pour leur proposer une diversité de contextes, de thématiques, de projets qui leur permettront d’apprendre. Deuxièmement, apprendre doit avoir du sens pour les élèves. Être curieux, créatif, imaginatif, innovateur, poser des questions pour comprendre, aimer apprendre, aimer chercher, prendre plaisir à résoudre des problèmes ; voilà le profil d’élève que les Ateliers éducatifs Angus veulent aider à façonner.

Troisième principe : apprendre, c’est s’ouvrir tout grand au monde pour le connaître et l’améliorer. Les AEA aideront nos enfants à devenir des citoyens confiants en eux-mêmes et bienveillants envers les autres. Pour y arriver, les AEA établiront des partenariats avec les très nombreuses ressources de la communauté qui collaboreront avec les enseignants dans la mise sur pied d’ateliers qui mettront les enfants en contact avec les réalités de la vie sociale, économique, culturelle, scientifique et historique de leur monde. Nous pensons également que le numérique est un outil indispensable d’ouverture au monde. Mais il peut aussi être le fourre-tout du n’importe quoi. Les AEA s’emploieront à ce que les enfants développent un esprit critique et un sain développement dans l’usage de la toile. Quatrième principe : apprendre, c’est bouger, grimper, jouer, planter, cultiver, cueillir, se nourrir dans un environnement lumineux et inspirant du XXIe siècle. On trouvera aux AEA un gymnase, du matériel léger pour bouger, pour s’activer. Et on encouragera quotidiennement nos enfants à adopter de saines habitudes de vie. Vivement des ateliers de cuisine équilibrée et une serre sur le toit !

Et puis, tout cela dans une architecture d’école du XXIe siècle. Cette nouvelle école sera lumineuse, dessinée en collaboration avec des parents et des enseignants et à partir des modes très diversifiés d’apprentissage des enfants. Elle sera belle, inspirante et toute grande ouverte à la communauté. Elle suscitera un fier sentiment d’appartenance chez les élèves, chez le personnel et chez les citoyens du quartier.

L’approche pédagogique innovante et communautaire des AEA exige une grande flexibilité et une capacité d’adaptation et de gestion institutionnelle que l’on retrouve difficilement dans une grande commission scolaire comme la CSDM, mais dont on constate la pertinence dans des organismes éducatifs à but non lucratif comme dans les CPE, par exemple. C’est ce modèle de gouvernance encore inédit dans notre système d’écoles publiques que nous proposons de mettre à l’essai aux AEA.

Il n’est aucunement question de renier le caractère public de cette école ; nous réitérons notre objectif de créer une école de quartier, publique, gratuite, sans sélection des élèves, une école solidaire et soucieuse de collaborer avec les autres écoles publiques de Rosemont. Il ne s’agit pas non plus de créer une école à charte où l’on s’oppose très souvent à la présence de personnel syndiqué et où on choisit les élèves dans le bassin de familles qui postulent une place pour leur enfant. Comme dans les CPE, le personnel des AEA sera syndiqué ; et comme dans toute école publique, on y accueillera les enfants de familles résidant dans le secteur scolaire désigné sans distinction.

Nous innovons ; tout cela demande des discussions sereines, des débats ouverts et correctement informés avec les autorités scolaires locales et avec le gouvernement du Québec. Nous sommes partants !

3 commentaires
  • François Lanctôt - Inscrit 14 avril 2018 06 h 56

    Un promoteur, ses condos et "son" école

    L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a tenu en 2017 quatre journées d’information et de consultations sur ce projet de la SDA, qui consiste à construire des centaines de condos et une école. Consultations auxquelles plus de 400 personnes ont participé, déposant pas moins de 94 mémoires et 3 pétitions. Si plusieurs intervenants appuyaient le projet, de nombreux
    autres ont exprimé des inquiétudes ou leur opposition.

    Le résultat de ces larges consultations? L’OCPM accepte le projet, mais en posant d’importantes
    conditions, notamment celle d’inclure une école primaire publique qui, contrairement aux intentions
    initiales du promoteur, devra être située sur le coin sud-est du terrain appartenant à la SDA, c’est-à- dire
    sur une portion attenante au parc Jean-Duceppe, en bordure de la rue Augustin-Frigon. L’OCPM suggère
    même de fermer la rue en question ou au moins d’en réduire la largeur, afin de permettre une meilleure
    connexion entre l’école, la cour d’école et le parc.

    Mais les conclusions de l’OCPM ne plaisent pas au promoteur immobilier. Qu’à cela ne tienne, il les
    rejette et organise lui-même ses propres consultations qui, habilement préparées, ne manqueront pas de le
    conforter dans ses intentions, qui consistent plutôt à construire une école en hauteur au coin des rues
    Mont-Royal et Molson, cette dernière étant une artère large et très passante. Pourtant, selon l’OCPM,
    « dans un écoquartier, l’emplacement des équipements publics doit être en symbiose avec leur
    environnement », ce que permettrait très difficilement leur implantation sur la rue Molson. De plus, le
    promoteur persiste à défendre l’indéfendable, soit l’installation de la cour de l’école sur le toit de cet
    édifice, malgré que la CSDM, dans son mémoire, n’ait pas appuyé l’emplacement proposé par la SDA et
    qu’elle ait indiqué qu’une portion de terrain devait être réservée pour la cour d’école.

    On comprend le promoteur de privilégier une autre solution. Le terrain situé

  • Marguerite Paradis - Abonnée 14 avril 2018 11 h 05

    HEUREUX PRINCIPES

    et mainternant passons à leur réalisation!
    Merci.

  • François Lanctôt - Inscrit 15 avril 2018 08 h 07

    Suite du premier commentaire qui avait été amputé

    On comprend le promoteur de privilégier une autre solution. Le terrain situé juste en face du parc lui permettrait sans doute de vendre ses condos beaucoup plus cher que s’ils étaient situés sur la rue Molson, en face de Mito Sushi, d’une entreprise de réparation d’ordinateurs et d’un poste de police. Les élèves, eux, pourront bien se contenter de cet environnement. Et puis, comme chaque mètre carré de terrain
    représente son lot de dollars pour un vendeur de condos, pas question de gaspiller ce précieux espace en y aménageant une cour d’école au sol. Allez hop, les enfants, allez jouer sur le toit!

    Peu après son élection, la mairesse Valérie Plante s’est formellement engagée à respecter les
    recommandations de l’OCPM avant de donner le feu vert à des projets. On sait que l’administration
    Coderre avait autorisé tels quels les projets de Pierrefonds-Ouest et de l’Hôpital de Montréal pour enfants
    malgré des avis défavorables de l’OCPM et les protestations véhémentes de Projet Montréal.
    Lors d’une réunion d’information qu’il a organisée le 10 avril, le promoteur a rejeté du revers de la main,
    sans le moindre compromis possible, l’opinion de la CSDM et la recommandation de l’OCPM concernant
    l’emplacement de l’école. La question qui se pose donc ici, c’est de savoir si les promoteurs immobiliers
    pourront continuer à faire fi des recommandations de l’OCPM. Et si l’intérêt des promoteurs immobiliers
    prévaudra encore une fois sur celui des enfants.