Des sophismes à l’égard de Champlain

Samuel de Champlain aurait été principalement motivé par ses intérêts mercantiles? On lui prête des intentions qui d’ailleurs ne sont aucunement documentées, déplore l'auteur.<br />
 
Photo: Pierre-Olivier Fortin CC Samuel de Champlain aurait été principalement motivé par ses intérêts mercantiles? On lui prête des intentions qui d’ailleurs ne sont aucunement documentées, déplore l'auteur.
 

J’ai lu l’essai de David Hackett Fisher l’année de sa publication en anglais (Champlain’s Dream, 2008). Évidemment, j’ai été charmé par ses écrits concernant le « rêve de Champlain ». À lire l’article des historiens Michel De Waele et Paul Cohen (« Champlain et les autochtones : construire aujourd’hui sur un rêve inexistant », Le Devoir, 7 avril 2017), je reste dubitatif. Je vous avoue ne pas comprendre au juste ce qu’ils cherchent à démontrer, outre une déconstruction malhonnête du personnage de Champlain.

L’anthropologue Serge Bouchard semble avoir des réserves à l’égard de Champlain, mais on trouve à cet effet peu d’éléments probants dans ses écrits. D’ailleurs, j’avoue ne pas en trouver dans l’article de De Waele et de Cohen. Leur exposé sur l’abandon des Maritimes par Champlain et l’esclavagisme des Français (quel rapport avec Champlain ?) dans les Caraïbes me semble plutôt anecdotique.

Champlain aurait été principalement motivé par ses intérêts mercantiles ? Je ne vois aucune preuve de ce qu’ils avancent. On lui prête des intentions qui d’ailleurs ne sont aucunement documentées.

Je ne comprends pas très bien ce que ces historiens tentent de démontrer. Soit, on ne dispose que des écrits de Champlain et il faut être prudent dans nos interprétations. Et alors ? Connaissez-vous un pays colonisé qui ne fut pas l’objet de commerce ? Franchement. Comment pensez-vous que Champlain aurait pu affréter des navires sans soutien motivé par le commerce ?

Mais n’est-ce pas par le commerce que l’on a mis fin aux grands conflits mondiaux ? Mais pour ce faire, ne faut-il pas faire preuve d’ouverture et de respect envers l’autre pour négocier avec lui plutôt que de l’assassiner et de le piller comme ce l’était en Europe à l’époque ? Est-ce qu’être pragmatique, et ce, surtout à cette époque, ne fait pas preuve d’humanité quelque part ? Il me semble que l’on tente ici d’appliquer des critères du XXIe siècle au XVIIe siècle. C’est franchement frauduleux sur le plan intellectuel.

Enfin, est-ce que nos historiens suggèrent que tous ceux qui ont ouvert les frontières n’ont été motivés que par l’intérêt pécuniaire ? Que Champlain utilise des arguments de nature humaniste ne signifie-t-il pas qu’il devait s’attendre à la réceptivité d’Henri IV et d’autres personnes qui y seraient sensibles ?

Franchement, ce à quoi j’assiste à la lecture de ces écrits relève plus du sophisme que d’une réelle avancée scientifique.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 13 avril 2018 08 h 16

    Procès d'intention

    On argumente à savoir si les intentions de Champlain étaient idéalistes ou simplement pragmatiques, ou pire vulgairement commerciales. Prétend-on lire au plus profond du coeur de Champlain? Jugeons ses actions plutôt que ses supposées intentions. Il semblerait que le bilan est positif. Il a établi entre les autochtones et les Français des relations pacifiques et un commerce mutuellement satisfaisant. C'est mieux que les massacres et l'asservissement systématique qui ont souvent caractérisé la colonisation.

    • Jean-François Trottier - Abonné 13 avril 2018 10 h 20

      Il faut y ajouter son héritage. La Grande Paix de Montréal reste dans la lignée directe de l'action de Champlain : d'abord essayer de s'entendre autour d'une table, puis RESPECTER ces ententes. C'est sur ce point très précis que tous les procès d'intention envers Champlain se cassent les dents : il a agi différemment de tout exploirateur ou colon du monde entier à ma connaissance.

      Champlain a en effet combattu les Iroquois, mais pas par intérêt mercantile : il soutenait une nation amie selon des traités dûment signés.

      Les procès d'intention faits envers Champlain servent surtout à justifier la barbarie anglaise qui a suivi. Posez la question à un immigrant.

      La Grande Paix a été fomentée par les Français d'ici en bonne entente avec leurs amis algonquiens et leurs amis iroquoiens, les Wendat pour les nommer, avec des émissaires iroquoiens ennemis, des Cinq nations.
      Elle concernait tous les peuples établis dans le nord-est américain, sauf les Anglais évidemment : les Anglais ne respectaient aucun traité et aucune entente.
      Les Français et tous les peuples amérindiens ont respecté la Grande Paix pour une génération complète et plus.

      Il faut tenir compte aussi des événements qui ont eu lieu après Champlain pour comprendre la Grande Paix.
      Jolliet et Marquette ont exploré toute la région du Mississipi et posé les bases de la Louisiane, qui occupait la moitié du territoire actuel des USA. Ils l'ont fait à coup de diplomatie, de traités respectés et d'alliance entre peuples en agissant comme émissaires et pacificateurs....pacifiques!

      Voyant la force des ces alliances, les Cinq Nations ont compris comment ils devaient modifier leurs intentions de contrôle exclusif des Grands Lacs, et la Grande Paix est dans la foulée de cette volonté diplomatique insufflée au départ par Champlain, parfois à l'encontre de Paris.

      Les francophones ont agi de la même façon dans tout l'ouest canadien avant les grands massacres "pacificateurs" de McDonald.