Francisation des immigrants, le bilan n’est pas médiocre

Il n’est pas possible de savoir le nombre d'immigrants ne connaissant pas le français qui décident de suivre des cours de français autres que ceux offerts par le gouvernement, souligne l'auteur.
Photo: iStock Il n’est pas possible de savoir le nombre d'immigrants ne connaissant pas le français qui décident de suivre des cours de français autres que ceux offerts par le gouvernement, souligne l'auteur.

Dans son éditorial du 24 mars (« immigration" target="_blank">Débordements préélectoraux : l’arme de l’immigration »), Robert Dutrisac prétend qu’au Québec la francisation des immigrants va de « mal en pis » dans le cadre de ce qu’il décrit comme un bilan médiocre du gouvernement Couillard. Il constate que près de la moitié des immigrants allophones optent pour l’anglais lorsqu’ils font un transfert linguistique. Or ce chiffre est inexact. En fait, le recensement de 2016 démontre que deux immigrants allophones sur trois optent pour le français lorsqu’ils font un transfert linguistique.

Dutrisac ajoute que seulement le tiers des immigrants ne connaissant pas le français suivent les cours de français qui leur sont offerts. Sur ce même point, soulevé par le vérificateur général du Québec, on constate que les cours en question sont ceux qui sont offerts par le gouvernement. Or, il n’est pas possible de le savoir lorsque les nouveaux arrivants décident de suivre des cours de français autres que ceux offerts par le gouvernement. Il n’en demeure pas moins que c’est un enjeu qui doit être abordé par le gouvernement.

Cela dit, un des principaux objectifs de la francisation des nouveaux arrivants est leur intégration au milieu du travail. À cet égard, le pourcentage des immigrants allophones parlant français le plus souvent au travail est passé de 49,7 % à 52,4 % entre 2006 et 2016. Le nombre des immigrants allophones disant parler l’anglais et le français également au travail est passé de 11 % à 16 %. Le résultat net de ces augmentations est une diminution de 31 % à 24 % des allophones qui parlent anglais le plus souvent au travail. Même si pour certains de telles augmentations ne seront jamais suffisantes, il faut tout de même souligner que le bilan du gouvernement n’est pas médiocre à cet égard.

Très souvent, la capacité des nouveaux arrivants de parler le français dépend de leur pays d’origine. Mais cela n’a jamais été le seul critère dans la sélection des immigrants par nos dirigeants. Sur ce point, Robert Dutrisac soulève des considérations importantes en constatant que les attentes de nos élus — que tous les nouveaux arrivants possèdent une connaissance intermédiaire ou avancée du français avant même de débarquer au Québec — risquent d’être irréalistes. Dutrisac indique qu’à moins de réduire ces exigences en matière de compétence professionnelle, cette proposition du Parti québécois risque de priver le Québec de candidats qualifiés.

Augmentation sous les libéraux

Il n’est pas surprenant que les partis de l’opposition veuillent donner l’impression d’être en mesure d’augmenter de façon massive le nombre d’immigrants qui parlent le français. Pourtant, il convient de noter que, lorsque le Parti québécois était au pouvoir, le pourcentage d’immigrants de catégorie économique qui connaissaient le français à leur arrivée était relativement modeste : 55 % pendant la période de 1995 à 2002. C’est sous le régime libéral que la proportion d’immigrants connaissant le français à leur arrivée a augmenté considérablement. Ainsi, de 2003 à 2011, le pourcentage des immigrants qui connaissent le français s’est maintenu autour de 70 % et demeure relativement stable depuis.

Depuis vingt ans, les deux formations politiques ont respectivement vanté le pourcentage de francophones qu’ils ont sélectionnés alors qu’ils étaient au pouvoir. Ils se sont beaucoup moins vantés du nombre de nouveaux arrivants qui ont été sélectionnés malgré le fait qu’ils ne connaissaient pas ou très peu le français à leur arrivée, mais qui possédaient d’autres attributs valorisés au Québec et ailleurs.

En effet, le Québec et le Canada dans son ensemble sont en compétition avec d’autres États afin de recruter des talents du monde entier. C’est pourquoi, en 2016, les immigrants originaires de pays comme la Chine et les Philippines se classaient respectivement aux 3e et 7e rangs des nouveaux arrivants au Québec, et ce, malgré leur connaissance relativement limitée du français. Avec les élections de 2018 qui s’approchent, vous entendrez probablement beaucoup de promesses sur le grand nombre d’immigrants parlant français que nos dirigeants seront en mesure de recruter. Il y a de bonnes raisons d’être sceptique devant ce type de promesses. En effet, la vérité est que, depuis vingt ans, il y a eu beaucoup plus de continuité dans l’élaboration des politiques gouvernementales en matière d’immigration, et plus particulièrement dans la sélection des immigrants, que ce que certains élus voudront bien reconnaître.

Réponse de l'éditorialiste

Les données de M. Jedwab ne sont pas les mêmes que celles sur lesquelles je me suis appuyé et qui sont tirées du document La dynamique des langues au Québec publié par l’Office de la langue française en 2016. Ainsi, 47 % de la population de langue maternelle tierce ayant effectué une substitution linguistique selon la langue le plus souvent parlée à la maison ont opté pour l’anglais. Cela comprend non seulement les immigrants, comme je l’écrivais, mais aussi leurs enfants ainsi que tous les autres allophones. Ce sont les données de Statistique Canada.

Émanant également de Statistique Canada, les données de M. Jedwab ne portent pas sur tous les immigrants allophones, contrairement à ce qu’il écrit, mais seulement sur les immigrants qui ont occupé un emploi.

Que deux travailleurs immigrants allophones sur trois choisissent le français lorsqu’ils font un transfert linguistique dépend en bonne partie de la sélection des immigrants. Bon nombre d’entre eux, sélectionnés par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) en raison de leur connaissance du français et de leurs qualifications professionnelles, ont effectué ce transfert avant leur arrivée au Québec, comme l’ont signalé nombre de chercheurs, notamment Jean-Pierre Corbeil et René Houle. La vraie question est de savoir si les immigrants qui ne connaissent pas le français à leur arrivée optent pour le français ou l’anglais par la suite.

Là encore, les récentes statistiques sur la langue de travail que cite M. Jedwab témoignent de la sélection en plus grand nombre d’immigrants qui parlent français. Or il est inexact d’affirmer que de « 2003 à 2011 le pourcentage des immigrants qui connaissant le français s’est maintenu autour de 70 % et demeure relativement stable depuis ». En fait, il est passé de 62 % à 42 % depuis cinq ans et il devrait être de 44 % pour l’année en cours, selon le plan d’immigration du MIDI pour l’année 2018. Pour ce qui est des travailleurs qualifiés sélectionnés, 65 % connaissaient le français alors que l’objectif du gouvernement est fixé à 85 %.

Robert Dutrisac

8 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 6 avril 2018 08 h 06

    La vie en rose de M. Jedwab.

    M. Jedwab voit la question linguistique de l'immigration avec des lunettes roses pour attaquer la lecture de M. Dutrisac dont la réplique met les points sur les « i » .

    Puis, pour des motifs qui lui sont propres, M. Jedwab avance qu'il ne faudrait pas priver le Québec d'une main-d'oeuvre spécialisée unilingue anglaise à l'arrivée pour remplir des postes répondant aux attentes d'entreprises diverses. Or, sous cet angle, il faudrait que démonstration soit faite que ces postes ne peuvent pas être comblés par des gens du Québec ou des immigrants ayant une connaissance vérifiable du français.

    L'histoire, sous cet angle, mérite d'être revisitée. Des entreprises de langue anglaise ont recruté une main-d'oeuvre irlandaise pour construire le canal de Lachine et le Pont Victoria, car elles préférant l'exil des locuteurs de langue française. Aussi, des universités de langue anglaise (McGill, Concordia et Bishop's) fembauchent des professeur/e/s et des membres de la direction en se disant préoccupées par le recrutement des plus « grands spécialistes » du monde, qu'elles recherchent en milieu anglophone.

    Le même constat est réalisable dans des domaines de pointe (aéronotique, électronique, commerce international, et cetera). Or, dans ceux-ci, nombre de personnes du Québec, bilingue et trilingue, sont recrutées par des entreprises et des organismes internationaux pour répondre à leur recherche de gens « plus qu'hautement qualifiées ». Bizarre n'est-ce pas ?

    Ces points doivent être pris en compte avant de lancer une vieille idée pour empêcher une hausse des exigences de la connaissance du français. Il y a aussi d'autres points dans l'enjeu linguistique. L'un d'eux est la transmission par les médias, surtout Radio-Canada, de chansons et l'usagede termes anglais et le nombre de postes de langue anglaise qui créent auprès des habitants du Québec un inivers référentiel autre que français.

  • Caroline Mo - Inscrite 6 avril 2018 08 h 08

    La vie en rose


    Moniseur Jedwab,

    Les statistiques sont une chose, la réalité, une autre...

  • Jean-François Trottier - Abonné 6 avril 2018 09 h 38

    Wow! Être tout heureux d'un vert au quart plein

    M. Jedwab,
    de toute évidence vous croyez que les francophones forment 50% de la population québécoise, sinon vos cheveux se dresseraient sur votre tête!

    Mes chiffres datent et je n'en suis pas désolé du tout. À ma naissance, alors que je faisais partie de ce peuple de white niggers, 80% de la population québécoise parlait français. En effet ça fait longtemps, deux générations.

    Aujourd'hui, sous le couvert de ne plus utiliser le mot en "n", la situation est pirealors qu'.elle devrait être meilleure.

    Or pendant une courte période elle s'est améliorée : l'alphabétisation allait bien, une certaine intelligentsia avait voix au chapitre sans pour autant voler tout l'espace médiatique, la situation économique des francophones, tant individuellement que toutes proportions gardées au regard du reste de l'Amérique du Nord, s'améliorait.

    Même, vers la fin de cette période trop brève, un certain capital local se pointait sous la dénomination de Quebec inc, qui était beaucoup plus que quelques individus s'enrichissant : c'était une réponse intelligente et concertée à la fuite très raciste des capitaux anglais.

    Selon ce à quoi aspire une société normale, le nombre d'immigrants se dirigeant vers le français devrait être de 75% selon le poids démographique, et de 80% pour rattraper un certain retard dû directement aux mensonges liés au multiculturalisme qui appuie tant sur les libertés individuelles que, de fait, l'individu est démuni parce que seul responsable face aux pressions socio-économiques.

    La société postnationale de Justin est uniligue anglophone et parle français au fêtes de la St-Jean tout comme elle porte du vert à la St-Patrick et du rouge à Noël. So cute, so oldie.

    En attendant des millions de québécois vivent à moitié sinon au quart, et vous vous pétez les bretelles de satisfaction.

  • Gilles Théberge - Abonné 6 avril 2018 09 h 56

    Ben oui la vie en rose

  • François Beaulne - Abonné 6 avril 2018 10 h 40

    Apologie électoraliste du PLQ

    Le jupon de M. Jedwab dépasse un peu trop. On sent les élections dans l'air et le souci de ce supporteur bien connu du Parti Libéral de nous endormir alors que le PQ et la CAQ s'apprêtent à dénoncer les incongruités, les lacunes et la complaisance des gouvernements libéraux des quinze dernières années en matière de seuils d'immigration et d'intégration des immigrants à la majorité francophone.
    Comme lui répond pertinamment Monsieur Dutrissace, il est facile de faire dire n'importe quoi aux chiffres.
    Quoi qu'en pense M. Jedwab une chose est certaine: Comme l'indique un sondage Léger paru aujoud'hui sur la perception des Montréalais sur l'immigration, les francophones sont préoccupés par l'intégration des immigrants non francophones à la majorité et sur les accomodements qu'ils réclament de la majorité.
    Et c'est ça qui va jouer aux prochaines élections, n'en déplaise à M. Jedwab qui s'enferme dans le déni en refusant de prendre acte de la dégringolade historique de son parti chez les francophones.