Le gouvernement décapite le programme de science au cégep

Le gouvernement libéral et son ministère de l’Éducation veulent imposer un nouveau programme de science au collégial. Dans ce nouveau programme, on propose, entre autres choses, de supprimer ou de rendre facultatifs plus de 40 % de la physique et au moins 30 % des mathématiques. Ce sont des changements majeurs et injustifiables pédagogiquement. En fait, le but plus ou moins avoué de ces changements est d’augmenter le taux de réussite et de faciliter l’entrée à l’université des étudiants et des étudiantes dans les sciences de la santé. Bref, sacrifier le niveau de connaissance pour augmenter le taux de réussite.

Mais ces changements vont entraîner des effets encore plus pervers sur notre système d’éducation. Laissez-moi prendre comme exemple un étudiant que je connais bien et qui est entré cette année en génie à l’Université. Au début de la première session, sa cohorte se chiffrait à environ 140 étudiants. Après une session, on dénombre autour de 45 étudiants. Bref, plus des deux tiers ont abandonné. Il a survécu et il m’a confié qu’il était bien content d’avoir suivi au cégep le cours de mathématiques avancé et que les cours de physique qu’il avait reçus couvraient heureusement toute la matière. Il s’est malheureusement rendu compte que plusieurs de ses collègues n’avaient pas toutes les connaissances nécessaires pour réussir les cours. (Il faut savoir que les cours de sciences sont déjà à géométrie variable dans les cégeps.)

Bref, compte tenu des coupures prévues dans le nouveau programme, je peux vous certifier qu’il sera impossible aux étudiants de réussir cette première session en génie.

Nous le savons, le ministère le sait et les universités le savent. Alors, que va-t-il se passer ? La réponse est simple : les universités ajouteront une session ou une année d’accueil aux nouveaux étudiants, elles n’auront pas le choix.

Mais ce faisant, on peut se demander pourquoi faire deux ans de cégep en science pour aller en génie à l’université si on peut maintenant faire ses prérequis en physique et en maths en première année ? Pourquoi allonger notre formation d’une année par rapport aux autres systèmes d’éducation ?

La formation générale

Ça ne prendra pas beaucoup de temps pour que l’on remette en cause la formation générale au cégep et que l’on favorise l’entrée à l’université par la porte technique ou par l’ajout d’une année au secondaire. Cela se fera « naturellement ».

Bien sûr, tous ceux que cette réforme semblait avantager au départ en seront aussi affectés, car il n’y aura pas de raison de faire différemment pour les sciences de la vie.

Peut-on penser que le gouvernement libéral et son ministère de l’éducation sont en train de faire de la main gauche ce qu’ils ne peuvent pas faire de la main droite ?

Si le gouvernement a l’intention de modifier en profondeur le système éducatif au Québec, il doit être transparent. Il doit imposer un moratoire sur cette réforme, énoncer clairement ses intentions et se soumettre au jugement de la population lors de la prochaine élection.

Par contre, si les actions du ministère ne reflètent pas les intentions du gouvernement alors celui-ci n’a pas le choix, non plus, d’intervenir, d’arrêter cette réforme et de réitérer son intention de maintenir la qualité des programmes de science au cégep.

Bref, dans tous les cas, le ministre de l’Éducation se doit d’imposer un moratoire sur cette réforme et se questionner sérieusement sur la formation scientifique.

La réussite scolaire ne doit pas se faire au détriment de la qualité de la formation. Les connaissances scientifiques progressent constamment et en 2018, nous n’avons pas besoin de scientifiques qui en savent moins. Nous avons besoin de scientifiques qui en connaissent davantage et qui pourront s’adapter aux défis actuels et futurs de la mondialisation et de l’intégration des connaissances technologiques. La compétitivité scientifique du Québec et sa capacité d’innover en dépendent. Ce n’est pas en nivelant vers le bas que nous construirons le Québec de demain.

30 commentaires
  • Carl Brabant - Abonné 3 avril 2018 03 h 30

    Prélude à l'abolition des cégeps

    D'une manière récurrente, des voix s'élèvent pour demander l'abolition des cégeps. Tant et aussi longtemps que les cégeps offrent une formation de qualité aux jeunes québécois, il est possible de contrer ces attaques en faisant ressortir les reculs que l'abolition engendrerait.

    Quand les cégeps seront devenus inadéquats, leur survie ne se justifiera plus.

    • Jean Lacoursière - Abonné 3 avril 2018 08 h 55

      Voilà un point de vue à la fois original, perspicace et effrayant.
      Quand on veut tuer son chien... (proverbe).

    • Christiane Gervais - Abonnée 3 avril 2018 10 h 02

      C'est ce que ce gouvernement s'apprête à faire également avec les CPE comme il a fait pour les CLSC. Rendre les institutions qui révèlent le savoir-faire québécois inopérantes et les faire disparaître.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 avril 2018 05 h 31

    Qu'en est-il au juste ?

    Tout comme monsieur Bernier l'autre jour, monsieur Richer exprime avec beaucoup d'éloquence son attachement à la cause de l'enseignement des sciences de la nature et la vive iquiétude que lui cause l'implantation d'un nouveau programme collégial.

    À son tour, cependant, il ne nous apprend rien de bien précis sur les modifications en cause, sinon, comme ça se trouve, qu'elles sont le fait d'un gouvernement qui.... ceci tenant lieu de démonstration.

    • Michel Sirois - Abonné 3 avril 2018 17 h 06

      Que voulez-vous savoir?...
      le gouv. et le min. ont raison; il ne sert à rien, strictement à rien de soigner le malade; c'est de l'énergie perdue. Ils peuvent maintenant célébrer, ils ont atteint leur but, suite à la mise en place de la réforme scolaire. Il y a belle lurette que les élèves du secondaire, pour la grande majorité, ne possèdent plus les acquis pour leurs études secondaires ( les élèves du secondaire, en majorité, ont suivi des cours donnés par des enseignants n'ayant qu'une connaissance superficielle de la physique, de la chimie, de la biologie; ces enseignants ont, par contre, vécu près de 800 heures en quatre stages durant leur bac de trois ans.)

      Ce ne sont plus des spécialistes de physique, des spécialistes de chimie, des spécialistes de biologie qui donnent ces cours, avec tous les avantages que cela comportait. Bref, les élèves, d'année en année, se font montrer «des volcans» avec lumières éteintes et accumulent des déficits de connaissances même plus drôles; les meilleurs élèves de troisième secondaire d'une école ne sont pas capables de résoudre une équation du second degré, mais ils peuvent vous faire fonctionner votre projecteur vidéo. Pas étonnant que lorsque devenus étudiants, les cégeps doivent pallier l'absence des acquis nécessaires à leur apprentissage. Et ceci sans compter les très, très nombreuses additions d'élèves EHDAA ajoutés aux classes ordinaires durant le secondaire et qui eux aussi arrivent au cégep avec, vous le subodorez, des déficits exigeants pour le milieu cégépien. Et pourtant, les écoles débordent de sommes d'argent dont on ne sait d'où elles proviennent.

      Alors oui, le gouv. a raison, puisqu'il avait cet objectif depuis les états généraux d'il y a 20 ans; l'objectif de sortir les connaissances de l'école et d'en faire le berceau de tourneurs de boulettes.

      Ces élèves n'auront pas le loisir, grâce aux connaissances qu'ils auraient pu acquérir, de se foutre de la gueule d'autres lecteurs comme vous le faites.

    • Gilles Gagné - Abonné 3 avril 2018 17 h 30

      Vous recherchez la thèse sur le sujet M. Desjardins? alors pourquoi ne pas nous l'écrire! Et vous trouverez mon commentaire succint évidemment, pourtant le texte de M. Richer peut être recoupé avec plein d'autres sur le même sujet.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 avril 2018 22 h 23

      En tout respect, monsieur Sirois, ce que je veux savoir, ce n'est pas ce que vous en pensez vous-mêmes mais ce qu'il y a dans ce nouveau programme et dont vous ne semblez pas connaître le premier mot. Pour ce qui est d'écrire des thèses, je laisserai cela à ceux qui se contentent de faire résonner les textes qui se «recoupent» dans les chambres d'écho, donnant à force l'impression qu'on sait de quoi on parle. J'ai préféré me procurer le devis ministériel...

  • Marguerite Paradis - Abonnée 3 avril 2018 06 h 10

    DÉCAPITAGE AUSSI DU « RELATIONNEL PROFESSIONNEL »

    Dans les cégeps, les cours de « retionnel professionnel » sont aussi coupés.
    Pourtant ces cours sont dans des programmes d'insertion professionnelle où les étudiantEs sont généralement de nouveaux immigrants. Ces cours « avaient » toute leur pertinence pour l'apprentiSage des codes québécois du travailler-ensemble.
    Dommages!

  • Gilles Bonin - Abonné 3 avril 2018 06 h 29

    Depuis la fulgurante

    illumination de M. Gérin-Lajoie et du Frère Untel qui ont propulsé l'éducation à l'avant-scène de notre développement, on assiste, petit à petit, à un recul de la formation par manque de constance dans la durée des programmes, leur multiplication dans toutes les errances et modes du moment qui conduisent à l'inconsistance et à s'éloigner de l'essentiel des choses: APPRENDRE ET COMPRENDRE, et ça commence d'abord par la base probablement «trop simple» de lire,écrire et compter correctement. Ce qui est très sérieux et ne tient pas du jeu et c'est le rôle du cours primaire qu'on a saccagé de réformes en réformes successives pour faire «moderne»: on veut tellement être à l'avant-garde qu'on retrouve nos jeuness à l'arrière-garde et on finit par diplomer notamment des enseignant qui ne savent même pas écrire. C'est le triomphe du plus petit dénominateur commun!

  • Jacques Morissette - Abonné 3 avril 2018 06 h 33

    Quoi, plutôt que d'apprendre l'effort, conditionner l'étudiant pour acquérir une mentalité racoleuse?

    Faire vivre à des étudiants l'école du moindre effort, sauf pour certaines exceptions, c'est lui ouvrir une porte plus tard vers de la complaisance et dénaturer tous les efforts de chercher à se dépasser. C'est surtout de l'enchaîner au dogme de l'obéissance envers qui le paye et livrer au tenant de ce dogme ce qu'ils veulent bien entendre.

    Bref, lui faire dire ce qu'on veut entendre et le prier de se taire, pour le reste. Juste donner l'exemple de l'environnement, un scientifique former à l'école de la complaisance donnera un point de vue racoleur plutôt que mettre du sable dans les rouages et déranger un système privé établi ou qui cherche à s'établir. C'est peut-être très constructif, mais pour qui ou pour quoi?