Les «humanités» au coeur de la formation des médecins québécois

Le pavillon Roger-Gaudry de l'Université de Montréal
Photo: François Pesant Le Devoir Le pavillon Roger-Gaudry de l'Université de Montréal

Je remercie Le Devoir de me permettre d’apporter des précisions à la suite d’un texte paru en ces pages le 22 mars dernier. M. Alexandre Klein signait alors, à titre d’historien, de philosophe et de chercheur postdoctoral à l’Université Laval, un propos intitulé « Des médecins en manque d’humanités ». Il puisait à différentes sources pour soutenir l’idée qu’au cours de leur formation, les étudiantes et étudiants en médecine de l’Université de Montréal, de l’Université de Sherbrooke et de l’Université Laval n’avaient « pratiquement aucun contact avec les diverses sciences humaines et sociales ».

M. Klein fait oeuvre utile en attirant l’attention des lecteurs sur ce fait essentiel : la formation proprement biomédicale des médecins en devenir doit s’appuyer sur un enseignement consistant en sciences humaines et sociales. C’est ce que nos collègues anglophones appellent les medical humanities… et que nous appelons chez nous l’enseignement de « l’humanisme en médecine ».

En pleine ébullition

Or, il s’agit d’un aspect de la formation médicale qui est en pleine ébullition à l’Université de Montréal. Nous faisons notamment figure de pionnier par certaines initiatives de cet enseignement de l’humanisme en médecine. Je citerai en exemple la Direction collaboration et partenariat patient qui coordonne la participation de 200 « patients formateurs » ; ce sont de vrais patients avec de vrais problèmes de santé qui participent à la formation des médecins, précisément dans des dimensions tels l’accompagnement et l’écoute des personnes souffrantes. On trouve notamment parmi eux des personnes autistes et d’autres atteintes de cancer.

Le cours de médecine comporte aussi une série de formations dispensées par le Bureau de l’éthique clinique, qui vise entre autres une culture de communication et de dialogue ; en outre, de nombreuses formations sont données sur un mode interdisciplinaire ou interfacultaire, justement pour préparer les médecins et autres professionnels de la santé à travailler en partenariat.

L’Université de Montréal a d’ailleurs annoncé tout récemment (19 mars) que le Pr Hugues Cormier, psychiatre et maître en santé des populations de Harvard, dirigera le centre PRESENCE qui, avec ses huit piliers de formation sociale (dont Présence, Résilience, Écologie, Sens à la vie, Engagement), est le pivot de l’enseignement de l’humanisme en médecine.

En fait, le programme de médecine a beaucoup évolué au cours des 10 dernières années et est aujourd’hui expressément conçu et structuré pour que les médecins en devenir développent leurs connaissances biomédicales tout en approfondissant leur compréhension de la condition humaine, ce qui va, par exemple, jusqu’à des cours obligatoires de méditation, pour notamment cultiver l’intelligence émotionnelle. Le programme vise aussi, dans un même souffle, à faire des médecins des acteurs engagés envers leurs patients, leurs collègues des autres professions du domaine de la santé et des services sociaux, les familles et la communauté dans son sens le plus large.

Les « humanités », nous en convenons, sont essentielles à la formation médicale moderne et les universités francophones du Québec y accordent une importance exemplaire.


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3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 29 mars 2018 08 h 46

    Corriger le tir légèrement

    Je ne suis pas médecin. Je suppose qu'en conséquence je n'ai pas droit au chapitre dans l'immense débat actuel : au-dessus de nos têtes des médecins fort doctes échangent des "vues" probablement trop éthérées pour les pauvres hères que nous sommes.

    Mais, bon...

    Selon mon expérience en matière de jeunes médecins, et j'en vois beaucoup, les mieux formés pour le moment proviennent de l'Université de Sherbrooke. Ceci dit, il y a d'immenses différences entres les individus. Des taciturnes aux explosifs tout existe, même certains qui savent vraiment écouter.
    Il reste que l'amélioration est tangible partout. Le médecin est encore un Dieu mais il ne se prend plus tout le temps pour tel.
    Reste à régler le problème immense de leurs revenus, tant le montant que la méthode.

    Probablement dans ces "humanités" manque-t-il des cours de socio qui donneraient un minimum de sens social à des gens dont les études sont payées, et un peu de compréhension quant à la prévention mais, bon, y a pas de miracle : pourquoi un médecin défendrait-il ce qui lui enlèvera des patients ? Il préfere faire la leçon après le fait, c'est bien connu. Et le paiement à l'acte est très efficace merci. Ouain.

    Il reste que chaque médecin vient d'un milieu, une famille où il a été poussé toute sa vie pour devenir ce Dieu que les facultés prétendent ne plus former . Le discours de bienvenue ne dit plus "vous êtes la crème de la crème", du moins je l'espère! Mais j'ai entendu une mère craindre que son fils soit "séduit par une infirmière", une calamité... Le pire est que la mère est aussi médecin, fille de médecin, et utilisait son titre comme passe-partout social. Cette mentalité névrotique persistera encore longtemps.
    (Je suppose que ledit fils en a baisé beaucoup, hein, des ces profiteuses! Mais il saura sûrement faire un mariage plus digne...)

    Alors les humanités ne suffisent pas. Faudrait aussi des Humilités, c'est bien le moins.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 mars 2018 14 h 19

    Dre Hélène Boisjoly

    À quand les cours de rattrapage à ceux qui ont «chéssé» leurs cours ou qui n'en ont pas suivis?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 mars 2018 08 h 34

      Vous avez peut-être vous-même séché les cours où on vous aurait appris que cette préoccupation de l'humain a toujours été au coeur de la formation des médecins à l'université, ce qui ne la rend pourtant pas capable de réformer le coeur des docteurs pour le conformer aux préceptes d'une religion dont ils seraient les prêtres. Nostalgie d'un passé religieux où le curé pouvait sauver les âmes, le médecin devrait prendre le relais.

      Vous avez peut-être vous-même séché les cours collégiaux par où les candidats médecins ont eu l'occasion de cultiver une solide formation générale en philosophie, littérature, éducation physique... les préparant conjointement avec les cours de formation spécifique à donner tout son point à cette préoccupation.

      À moins, bien sûr, que vous estimiez que le collégial...