La connaissance n’est ni blanche ni autochtone, mais universelle

Il n’existe aucune définition universellement reconnue de ce qu’est le «savoir autochtone», mais toutes les définitions existantes incluent la spiritualité, les croyances religieuses ou ce qui est tenu pour «vrai».
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Il n’existe aucune définition universellement reconnue de ce qu’est le «savoir autochtone», mais toutes les définitions existantes incluent la spiritualité, les croyances religieuses ou ce qui est tenu pour «vrai».

Dans Le Devoir du 26 mars dernier, un groupe de professeurs en droit civil de l’Université d’Ottawa s’en prenait à la démarche du gouvernement du Québec visant à ce que l’obligation de prendre en considération le « savoir autochtone » dans les évaluations environnementales soit balisée par « des barèmes clairs et comparables aux données scientifiques ». Ces universitaires se disent étonnés que l’on puisse craindre des contradictions entre les « savoirs traditionnels » d’une part et « la science et les données probantes » d’autre part.

Il n’existe aucune définition universellement reconnue de ce qu’est le « savoir autochtone », mais toutes les définitions existantes incluent la spiritualité, les croyances religieuses ou ce qui est tenu pour « vrai ». Le groupe de professeurs précise d’ailleurs que ce savoir inclut la cosmogonie. Le « savoir autochtone », c’est donc tout autant les connaissances empiriques que les croyances surnaturelles.

Or, savoir et croyances sont deux choses totalement différentes. Un savoir ou une connaissance entraîne l’adhésion universelle des gens raisonnables capables de discernement par la raison. Les universitaires tentent de nier cet aspect en affirmant que « la science est un domaine où les opinions et les interprétations sont loin d’être unanimes ». Pourtant, c’est de connaissances et de données qu’il est question, et non d’opinion sur celles-ci. Ils ajoutent que le « savoir autochtone » apporte une « plus grande richesse de points de vue ». Ils mélangent donc allègrement savoir, opinions et points de vue. Faisant preuve d’un relativisme postmoderniste tout aussi extrémiste que navrant, ils soutiennent que « subordonner la prise en compte des savoirs traditionnels à leur compatibilité avec les données scientifiques revient à établir une hiérarchie entre les savoirs ». Autrement dit, croyances et science se valent.

Si un savoir est complémentaire à la science, c’est que ce savoir a fait l’objet d’une observation ou d’une démonstration raisonnée et est de ce fait de nature scientifique, comme dans l’exemple du traitement du scorbut mentionné dans l’article. Dans ce cas, le concept nébuleux n’ajoute rien. La connaissance n’est ni blanche, ni noire, ni chinoise, ni autochtone ; elle est universelle. Si, par contre, le « savoir autochtone » s’oppose à la science, c’est qu’il est du domaine de la croyance. Dans ce cas, il faut baliser ce concept comme le demande le Québec.

L’Esprit de l’Ours et la chimiothérapie

Voici deux cas qui montrent l’importance de faire preuve de discernement en pareilles circonstances. Un projet conjoint entre une entreprise privée et le gouvernement de la Colombie-Britannique visant la construction d’une station de ski dans les Rocheuses a été bloqué jusqu’à tout récemment par la nation Ktunaxa. La raison invoquée : la montagne convoitée est un lieu sacré qui abrite l’Esprit de l’Ours Grizzly. Perturber ce territoire ferait fuir l’Esprit de l’Ours, ce qui porterait atteinte aux croyances et pratiques religieuses des Ktunaxas.

Les Ktunaxas ont prétendu que cette croyance constituait un savoir secret connu de quelques « gardiens du savoir » seulement. La cause s’est rendue jusqu’en Cour suprême, qui a statué que la loi protégeait la liberté de croire à l’Esprit de l’Ours Grizzly mais que la position des Ktunaxas conduisait à exiger la protection de l’Esprit lui-même, et non la croyance en son existence. Deux juges sur neuf ont toutefois donné raison à l’argument des Ktunaxas.

Mon second exemple est plus tragique. En novembre 2014, un juge autochtone de la Cour de l’Ontario a reconnu, à des parents de la communauté autochtone New Credit, le droit de refuser les traitements de chimiothérapie pour traiter la leucémie de leur fille de 11 ans et de s’en remettre uniquement à leur médecine fondée sur le savoir traditionnel. Cela au nom de leurs droits ancestraux. La jeune fille, à qui la médecine donnait 75 % de chances de guérison avec la chimiothérapie, est décédée deux mois après le jugement.

Le « savoir autochtone » peut donc être utilisé à n’importe quelle fin. Dans le contexte des évaluations environnementales, on ne sait à quelle nouvelle dérive ce concept pourrait conduire s’il n’était pas balisé.


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17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 mars 2018 00 h 51

    voila notre realité et eux qu'ils n'arrivent pas a dire

    mais il faut encore qu'il n'y ait pas trop d'inégalité entre les partis, les amérindiens du nord comme du sud n'avaient peut de chance face a la convoitise de l'europe héritée des civilisations,anciennes a la recherche du paradis, quand les amérindiens les ont vus montés sur des bêtes et posséder des armes,magiques, ils se sont soumis , c'est encore vraie aujourd'hui , les espagnols ont detruits des civilisations entieres a partir de quelques marins

    • Serge Pelletier - Abonné 29 mars 2018 10 h 58

      Faux, il s'agit de mythes, et ceux-ci sont tenaces. Pire, vous mélangez ce qui s'est produit au Nord et Sud. Qu'il s'agisse des peuples nomades du Nord, ou des peuples quasi-sédentaires des empires du Sud, ce n'était pas des paradis, loin de là.

      Quand aux conquêtes espagnoles du Sud (Cortes, Pizarro, et cliques) elles n'auraient pas pu se concrétiser s'il n'y avait pas eu le support des milliers de guerriers des autres peuples qui voulaient se débarasser des dictats de terreur des Aztèques, Incas, etc.

      Au Nord, c'était le nomandisme de survivance... et les guerres perpétuelles et massacres entre les différentes tribus ethniques ...

      Le mythe du bon indiens vivant en harmonie et symbiose avec la nature n'est qu'un mythe que l'homme des grands centres urbains aime croire comme véridique...

  • Serge Pelletier - Abonné 29 mars 2018 05 h 07

    Bravo M. Baril

    Votre article, dans cette ère de bien-pensante où le nihilisme règne en maître, fait grands biens en remettant les pendules à l'heure.

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 mars 2018 10 h 36

      Merci, monsieur Baril, de faire la différence entre croyances et sciences. Dans l'ère du relativisme culturel, on veut mettre tout dans le même panier. Au lieu de légitimer la mythologie en lui attribuant des pouvoirs scientifiques, il faudrait suivre l'idéologie des Lumières qui se base sur les faits et la raison.

    • Marc Therrien - Abonné 29 mars 2018 20 h 04

      Parlant de la raison, puisque nous ne sommes pas tous des scientifiques avérés, il est peut-être utile de penser raisonnablement avec Emmanuel Kant qui situait la croyance à mi-chemin entre l'opinion et la science.

      Marc Therrien

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 mars 2018 07 h 03

    On peut regretter que les conceptions religieuses du monde exercent un tel ascendant sur leurs pratiquants qu'elles les privent de bénéficier pleinement des progrès des sciences naturelles et des idées humanistes. Les deux exemples répétés ne sauraient pourtant être concluants que si on tenait aussi compte de ce qu'il y aurait peut-être de bénéfique à s'en écarter plutôt. Une balance que les antithéistes se gardent bien de faire dans leur défiance militante.

    C'est encore le même soupçon qui anime les Baril et le Gingras de ce monde à l'occasion de l'examen du projet de loi C-69. Ils n'ont manifestement pas cru nécessaire de le lire avant de présumer qu'on y mettait La Science et les (pseudo)connaissances autochtones sur un «même piedestal» (sic) au prétexte que le législateur s'y oblige à les prendre en compte dans les travaux des comités de la Régie en vue des recommandations environnementales.

    Cette lecture ne suffirait sans doute pas à tempérer leurs élans à l'encontre de la bête hideuse du «relativisme postmoderniste tout aussi extrémiste que navrant» qui rôde autour de l'Universel en iconoclastes hérétiques de la religion du Vrai. Dans leur délire, ils se sont convaincus qu'en ménageant une toute petite place aux autochtones dans les groupes d'experts de tous les autres horizons, on décrétait que le savoir du géologue ne valait pas mieux que celui du sorcier et que la Terre était peut-être plate, tout bien considéré.

    Quant à l'idée que la connaissance serait «universelle», s'il est juste que les conditions dans lesquelles un discours quelconque peut réclamer des titres de scientificité sont indépendantes de leur origine, l'auteur en tire prétexte pour prétendre les placer tous sous l'autorité législatrice d'un seul comme si leur valeur ne devait désormais tenir qu'à leur conformité au Vrai... Comme au temps des religions, en somme.

    La science est universelle. La bêtise ne l'est pas. Heureusement.

  • Sylvie Paré - Inscrite 29 mars 2018 07 h 49

    Les inquisiteurs

    Depuis plusieurs années, le relativisme fait foi de tout. Cela peut devenir ridicule dans certaines situations. On perd de vue notre héritage humaniste et scientifique et carburons à la culpabilité. Ça devient fatiguant à la fin.

  • Michel Blondin - Abonné 29 mars 2018 08 h 35

    L'ABUS DE LA CROYANCE

    À ce titre, d'introduire la croyance quelconque mais spécifique à chaque groupe, la société reviendrait à l'ère de la mythologie.

    La société ne serait plus un État de fait mais un État de considérations tribales mêlant l'idée ou l'imaginaire avec le réel. La licorme et le crocophant aurait autant leur droits à l'existence et à la réalité que la table ou la rivière.

    La science est le seul repère universelle. Sans être la vérité puisqu'elle n'est ni saisissable ni existante, la science se fonde sur l'universalité de la démonstration comme preuve de sa prétention à la vérité mais se retrouve constamment remise en question dans une recherche jamais assouvée.
    La croyance n'est pas universelle. Croire que Marie, a enfanté tout en étant vierge est une croyance qui défi l'imaginaire et ne peut être validé. Tout vérification a été, est et sera sans succès de validé l'allégation.

    Que deux juges de la Cour suprême croient que l'esprit de l'ours est présent et en danger, n'est pas mieux que de croire en l'astrologie, à la scientotogie ou la génération spontanée. Il y a dérive forte et dangereuse de perte de la réalité. D'autres diront de la folie telle que de croire en la vierge Marie. Ce n'est pas parce qu'une partie de l'humanité croit en des balivernes que comme État il faut en faire un principe de vie.

    Cela doit relevé, comme toute croyance, du domaine privé même si la moitié de l'humanité croyait en des illusions. Autochtones ou chinois, ce qui nous différentie, nos croyances même en groupe doivent servir qu'à nous même. La propriété et les faits comme les responsabilités et les obligations doivent demeurés dans le monde de l'universel. À contrario, il y aurait aucune interrelation entre ces mondes, ce qui correspond à une sécession spirituelle à débordement sur une connotation sécessioniste réelle -un abus de la croyance.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 mars 2018 09 h 41

      Tout cela fait partie du vaste complot multiculturaliste qui au prétexte de faire de la place aux cultures régionales vise en réalité la destruction de la civilisation occidentale dont notre belle nation est l'héritière en fille de la République, etc. etc. etc.