REM à Montréal et tramway à Québec: la vision avant-gardiste du transport collectif fait défaut

Avec les avancées de l'automatisation, le domaine du transport est en train de se transformer, croit l'auteur. Sur la photo, le fabricant Mercedes-Benz a présenté en 2017 un autobus pouvant se déplacer sans chauffeur.
Photo: iStock Avec les avancées de l'automatisation, le domaine du transport est en train de se transformer, croit l'auteur. Sur la photo, le fabricant Mercedes-Benz a présenté en 2017 un autobus pouvant se déplacer sans chauffeur.

À une époque où l’intelligence artificielle et l’automatisation font des avancées ultrarapides dans tous les domaines, tout porte à croire que les transports en commun subiront eux aussi des changements majeurs. En moins de cinq ans, le monde de la musique, du taxi, du commerce de détail, de l’hôtellerie et la majorité des secteurs économiques ont dû changer leurs modèles du tout au tout.

Même les banques, qui sont généralement les dernières à suivre la vague, ont été appelées à innover rapidement avec la venue des cryptomonnaies et du courtage en ligne. Peu importe le nom du projet : REM, tramway, métro ou troisièmes liens, toutes ces avenues seront probablement déjà dépassées d’ici les dix prochaines années et voici pourquoi.

Le domaine du transport est en train de se transformer. Pensons aux voitures autonomes de Google, de Facebook et de dizaines de compagnies chinoises. Songeons aussi au projet de « Tesla truck », qui va de zéro à cent kilomètres à l’heure en cinq secondes, qui a une autonomie de 500 km et qui offre une garantie du fabricant de 1 million de milles. Considérons finalement les avancées de Mercedes, qui a publié récemment une vidéo dans laquelle quatre camions se suivent à moins de 30 cm de distance, sans chauffeur, à plus de 100 kilomètres à l’heure.

Ce ne sont là que trois exemples parmi tant d’autres, mais ils restent des avancements technologiques dont devrait s’inspirer notre système de transports. Pourquoi utiliser des solutions du passé qui demandent des infrastructures immenses quand nous pourrions plutôt innover ? Une ligne d’autobus autonome ne nécessite pas de rail, d’infrastructure souterraine et n’est pas influencée par les éléments de la nature ou les inclinaisons du terrain. Imaginez un système de transport en commun dont les lignes peuvent changer selon l’offre et la demande, et ce, à un coût inférieur aux prévisions budgétaires des projets actuels ! Ajoutons à cela que ce réseau fonctionnerait à l’électricité fournie à prix abordable par Hydro-Québec en raison ses surplus énergétiques constants.

Une étude récente déterminait que notre voiture est stationnée près de 97 % du temps. Considérant que, dans un avenir proche, les voitures aussi se conduiront seules, on peut s’attendre à un système de transport en commun qui met à profit les voitures qui dormaient auparavant dans un stationnement. Ainsi, une voiture pourrait rouler presque 100 % du temps en offrant du covoiturage dans tous les secteurs d’une ville donnée. Imaginez une sorte de taxi collectif ultraperformant offert par les villes. Comme cela faciliterait le transport des gens âgés ou à mobilité réduite ! Cela éviterait aussi les attentes interminables par un froid sibérien au coin de la rue qui en poussent plus d’un à se tourner vers la voiture. Ce système réduirait le parc automobile d’une ville, réduirait spectaculairement les problèmes de congestion et de pollution actuels. Une utopie croyez-vous ? Dubaï, Tokyo et même un quartier de Toronto y songent actuellement. Chose certaine, un tel système rendrait les investissements en transport en commun traditionnel vétustes en un éclair.

L’exemple de Space X

Dernièrement, la NASA a fait des pas de géant dans le monde du transport spatial. En deux ans, elle a fait plus d’avancement que dans les trente dernières années. En injectant moins d’argent qu’auparavant, la NASA a tout de même mis au monde une nouvelle génération de fusées moins coûteuses et plus efficaces. La venue de Space X a permis d’innover et de réaliser des choses que l’on croyait jusqu’à maintenant impossibles. Space X met en concurrence tous les universitaires du monde pour trouver des solutions à ses problèmes. En utilisant des idées nouvelles, on arrive à revoir les approches utilisées pour aborder les problèmes. Chacun y trouve son compte, Space X a de la main-d’oeuvre à bon marché et les étudiants, eux, travaillent sur des projets réels et concrets.

Ce mode de fonctionnement devrait influencer notre mode de décisions en transport collectif. Les compagnies devraient être appelées à soumissionner sur des solutions plutôt que sur des plans déjà décidés. Dans un projet de transports en commun, l’opinion des jeunes devrait compter et ils devraient avoir la chance de s’impliquer dans le futur de leur ville.

Malheureusement, au Québec, les projets collectifs sont souvent basés sur des solutions préétablies et les annonces sont plus d’ordre électoral que pour le bien réel de la société de demain.
 


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14 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 26 mars 2018 07 h 39

    REM versus taxis collectifs autonomes

    Le REM fonctionnera sans conducteur à bord. Cela réduira les coûts d'exploitation mais augmente le coût des infrastructures. Il est prévu que le REM ne réduira que très marginalement l'utilisation des voitures personnelles.

    Le développement de taxis autonomes qui accueilleraient plusieurs passagers à la fois pourrait au contraire réduire de beaucoup, par exemple du tiers, le nombre de véhicules en circulation. Ce qui éliminerait les bouchons et les ralentissements.

    Nous en saurons plus dans quelques années. Quelques années après l'implantation du REM !

  • Sylvain Auclair - Abonné 26 mars 2018 08 h 00

    Depuis des décennies...

    En fait depuis le début de l'existence des transports collectifs, on remarque UN critère qui sépare les villes où on l'utilise beaucoup de celles où on l'utilise peu, c'est la présence de TEC en emprise ferroviaire, en surface ou souterraines.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 26 mars 2018 12 h 53

      On parle de sciècle plus que de décennies. Les premiers rails datteraient de 1804, et les voitures sont tractées par des chevaux pendant presqu'un sciècle ! La chose était appréciée pour le confort que les rails procuraient versus les rues de terre et de pavés a une époque ou les suspensions étaient plus que rudimentaires. Et les pneumatique n'arriveront que 90 ans plus tard.

      Le moins qu'on puisse dire c'est le choix du tramway en est un ultra-conservateur...

      Sont arguement favorable peut être sa possible grande capacité, comme le train. Mais encore faut-il avoir des masses de gens a transporter en même temps et dans la même direction.

      A Québec sont choix en un de "marketing urbain" comme le souligne Wiki. Pour une ville touristique c'est un argument qui a du poids.

      Photos et historique vraiment intéressante sur Wiki. www.goo.gl/FevkZE
      Le transport est un des points important du développement de tout l'air industriel.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 mars 2018 13 h 12

      Monsieur Arès.
      Tentez d'imaginer tous les usages montréalais du TEC dans des voitures autonomes...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 mars 2018 12 h 46

      En effet, les voitures autonomes ne seront surment pas une panacée. Surtout dans une vielle comme Mtl.

      Dans les secteurs moins dense elle peut être un allier du transport en commun, qui lui n'est pas adapté au secteur a faible demande.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 27 mars 2018 14 h 23

      M. Arès, j'avoue que je ne vous suis pas très bien. Où, selon vous, trouve-t-on la plus forte densité d'automobiles en mode partagé, par exemple celles de Communauto? Réponse: dans les quartiers centraux de Montréal les plus urbanisés. Car une Communauto remplace environ 20 automobiles à possession individuelle. Sachant qu'une automobile privée est utilisée en moyenne environ 6% du temps, soit environ 1h30 par jour, une automobile partagée par plusieurs adhérents, en complément du transport collectif, entraîne une diminution pouvant aller jusqu'à10 fois le nombre d'automobiles stationnées en zone urbaine. En corollaire plus d'un ménage sur deux en zone urbaine ne possède pas d'automobile et cette proportin est appelée à croître. Alors le véhicule autonome (j'écris délibérément véhicule, car il est loin d'être évident que c'est le modèle automobile coupée sedan à cinq passagers qui dominera cette transition, voir Olli https://www.youtube.com/watch?v=9joEsWiYFEI&t ou encore E-Palette https://www.youtube.com/watch?v=Rd43QI5Ptj8 ) plus flexible que l'utilisation de l'automobile partagée permettra une utilisation optimisée du temps de véhicules életriques dont la durée de vie excède déjà de plusieurs fois celle des automobiles à combustion interne.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 mars 2018 22 h 57

      Je pensais précisément aux véhicules des liens que vous placez. L'idée c'est que ces véhicules peuvent répondre faire un service "à la demande". Si l'on peut développé un service a la demande on ajoute alors une offre plus flexible et plus conviviale là ou le transport rotatif sur circuit, et fréquent, n'est pas rentable. Plus le service sera conviviale, moins les gens seront inciter a avoir leur propre voiture. Croisez cela a l'offre d'une entreprise comme Commune Auto et vous avez encore plus de chance de réduire le nombre "d'auto-immobile" en bordure de trottoir...

      Reste que l'auto partagée ne réduit pas le volume de voiture en circulation comme tel, il réduit le besoin de place de stationnement des grandes villes comme Montréal.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 26 mars 2018 08 h 59

    La disruption des transports

    Depuis plus d'un an, un prospectiviste fait tout un tabac aux USA, il s'agit de Tony Seba qui en mai dernier a publié avec James Arbib un document intitulé "Rethinking Transportation 2020-2030 The Disruption of Transportation and the Collapse of the Internal-Combustion Vehicle and Oll Industries", rien de moins! Depuis, il attire des foules d'entrepreneurs et d'investisseurs lors de conférences réunissant tout le grattin industriel américain. D'ailleurs, je vous invite à visionner l'une de ces conférences en vous rendant sur https://www.youtube.com/watch?v=2b3ttqYDwF0&t=3404s . Que dit-il grosso modo? Que le déploiement de la voiture électrique et de l'arrivée du véhicule autonome va chambarder les modes de transport comme le fit au début du XXe siècle, en moins de 10 ans, l'arrivée de l'automobile et la disparition des calèches. Que cette disruption entraînera une diminution drastique de nombre d'automobiles, celles-ci passant aux USA de plus de 240M à 28M. Que ce ne sera plus la possession d'une automobile qui dominera, mais plutôt l'accès à un service de véhicule autonome partagé. Que cette rupture aura des effets importants tant sur l'industrie automobile que pour le secteur pétrolier.

    Cette vision soulève plusieurs questions. En termes de technologies et de ressources, le transfert de la voiture à combustion interne vers la voiture électrique autonome est-il vraiment à même de permettre le déploiement d’une telle cassure dans les modes de déplacement individuel? Quelqu’un a-t-il calculé les impacts sociaux et économiques, si une telle disruption technologique survenait au cours de la décennie 2020, en termes d'emploi, d'aménagement urbain, d'infrastructures de transport collectif?

    Pourtant elle est à nos portes, à Dubai, elle se déploie déjà, Voyez http://www.next-future-mobility.com/ En ce sens, un projet comme le REM fait-il figure d'archaïsme? Il est étonnant que si peu de gens au Québec parmi les décideurs y soient sensibilisés?

  • Jean Richard - Abonné 26 mars 2018 09 h 38

    Discours pour gens naïfs

    Il ne suffit pas de se gargariser à satiété avec ce vocabulaire du prêt-à-penser qui contient, entre autres, ces mots « innovation, dépassé, autonome... », pour prétendre avoir une vision inconstestable de la réalité. Et quand on ajoute des noms propres au dictionnaire du néo-libéralisme technologique, des noms tels que Google, Facebook, Tesla, la crédibilité du discours dégringole encore plus.

    Ce que l'on croit être une révolution de fond n'est qu'en réalité qu'une succession de petits changements superficiels. Payer son épicerie avec un téléphone mobile plutôt qu'avec un billet de banque n'a rien d'une révolution. Croire le contraire, c'est ignorer ce qu'est véritablement la monnaie.

    Pour qu'il y ait véritable révolution, il faudrait que l'être humain change du tout au tout. Or, l'évolution biologique se fait sur de très longues périodes, tout comme l'évolution sociale. Sociale ? La ville fait partie des conséquences du caractère social de l'être humain en même temps qu'elle est un élément de l'écosystème global. Le modèle urbain tel que nous le connaissons existe depuis des centaines d'années et ce ne sont pas des bébelles Google qui vont le faire changer du tout au tout.

    Le modèle urbain que nous connaissons implique la mobilité des individus. Avec l'augmentation de la population d'une espèce dépendante de la technologie, l'espèce humaine, ce modèle d'occupation du territoire devient incontournable. Et malgré toutes les pseudo-réformes scolaires, les mathématiques, basées sur des conventions, comme la langue, n'ont pas changé. Or, en s'appuyant sur les mathématiques (de niveau primaire), on en arrivera très vite à démonter de toutes pièces ce modèle de mobilité fondé sur les voitures-fétiches Google. S'il y a un mode de transport dépassé, ce n'est ni le métro, ni le tramway, mais la voiture. Enlever le conducteur de cette voiture est mauvais calcul car le problème n'est pas le conducteur mais la voiture.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 26 mars 2018 10 h 13

      Je ne crois pas que ce soit naïf de tenter d'entrevoir des changements. Vous semblez minimiser les transformations qu'a ainsi entraîné l'arrivée du numérique dans nos sociétés. Une seule phrase en résume pourtant la portée: "Quand l'on partage de l'énergie on la divise, quand l'on partage de l'information, on la multiplie". Depuis, jamais l'accès à de l'information autrefois cloîtrée dans des universités, des bibliothèques où seuls des initiés avaient accès n'a été aussi démocratisé. Jadis, il fallait y passer de nombreuses heures reclus entre des rayons pour chercher l'information désirée que ce soit dans une encyclopédie universelle, pour les plus faciles, ou en devant consulter de volumineux répertoires de condensés (ex. Biologicail Abstract) afin de pouvoir dénicher l'article convoité... et encore fallait-il trouver dans quelle institution on pourrait aller le consulter. Maintenant après quelques clics, ilse télécharge sur votre téléphone dit intelligent, votre tablette ou votre PC. Et que dire d'une œuvre collective comme Wikipedia pour rendre accessible à tous le savoir.

      Alors de croire que le passage de la voiture à combustion à possession individuelle vers d'autres modes de déplacement n'entraînera pas de ruptures, c'est faire preuve de cécité volontaire. Tout autant que l'arrivée massive de l'automobile a été suivie de la disparition du tramway - par exemple à Montréal, ce sont plus de 500 km de tramway qui la sillonnaient (se rendant même jusqu'à Granby!) qui sont disparus enfouis sous le bitume - l'arrivée des véhicules autonomes va chambarder profondément non seulement nos modes de déplacement, mais l'aménagement même de nos villes.

    • Jacques Patenaude - Abonné 26 mars 2018 11 h 24

      Je vous rappelle qu'on considère maintenant comme une grave erreur la disparition des tramways. À l'époque nous étions en plein délire futuristes, on prévoyait que pour l'an 2000 les voitures seraient volantes. Chevrolet vendait même des modèles de voitures au design inspiré des avions. Il me semble qu'il faut se garder une petite gêne sur ces concept futuristes.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 26 mars 2018 13 h 03

      Je suis tout fait d'accord M. Cotnoir. Le développement des communications et du numérique n'est qu'en début d'histoire, et bien des choses deviennent obselettes a une vitesse imprévue.

      Par contre l'attrait pour le transport individuel n'est pas prêt de disparaitre.
      Peut-être qu'un transport collective individualisé, comme le numérique va probablement permettre, va peut-être faire une différence. Mais ce n'est demain que la voiture va être marginalisée.

  • Denis Blondin - Abonné 26 mars 2018 11 h 56

    Oser l'innovation technologique mais aussi l'innovation sociale

    Je me réjouis beaucoup de voir enfin émerger ce qui pourrait être l'amorce d'un débat de société d'une importance capitale.

    Pour l'essentiel, votre texte va dans le même sens que celui que j'ai proposé dans les pages du Soleil du 6 mars dernier, mais j'aimerais y ajouter une autre proposition importante.

    En renonçant au REM et au tramway de Québec, nous économiserions probablement 6 ou 7 milliards de dollars d'investissements en infrastructures, tout en aboutissant à des résultats à peu près au même moment que le développement actuel des technologies plus efficaces.

    Pourquoi ne pas consacrer tout de suite une partie de ces sommes à la création d'une société d'État dont le premier mandat serait de développer une technologie numérique de gestion des transports en commun. Le système serait davantage axé sur la recherche du bien commun et surtout, il coûterait beaucoup moins cher à plus long terme puisque nous en serions les actionnaires et que nous pourrions aussi revendre des brevets.

    Denis Blondin

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 27 mars 2018 14 h 26

      Pour un complément à ce débat, Harvey Mead, écologiste bien connu, sur son blogue a amorcé une discussion critiquant ces possibilités d'intrusion de technologies disruptives et élargissant le débat à d'autres facteurs pouvant y intervenir.

      http://www.harveymead.org/2018/03/26/a-la-recherch