La hausse des inscriptions en sciences infirmières se confirme

Les chiffres confirment que les futurs infirmiers et infirmières ressentent le besoin d’une formation universitaire qui leur permettra d’exercer le plein potentiel de leur pratique, soulignent les auteures.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les chiffres confirment que les futurs infirmiers et infirmières ressentent le besoin d’une formation universitaire qui leur permettra d’exercer le plein potentiel de leur pratique, soulignent les auteures.

Dans l’article de La Presse canadienne du 12 mars dernier qui portait sur la baisse marquée des demandes d’admission dans les programmes de soins infirmiers des cégeps du Québec, il est question d’une potentielle tendance des futurs étudiants et des étudiantes infirmiers à se tourner vers les études universitaires en sciences infirmières. Cette tendance est confirmée puisque, globalement, le nombre de demandes d’admission, le nombre d’étudiants inscrits et le nombre de diplômés ont augmenté de 20 à 45 % dans l’ensemble des programmes en sciences infirmières au Québec au cours des dix dernières années.

Neuf universités (Laval, McGill, Montréal, Sherbrooke, UQAR, UQAC, UQAT, UQTR, UQO) offrent des programmes de 1er cycle en sciences infirmières. Plusieurs universités ont même ouvert des programmes loin de leur campus d’origine pour répondre aux demandes. Plusieurs exemples permettent d’illustrer cette croissance de l’intérêt pour la formation universitaire des futures infirmières.

Depuis 2010, à l’Université de Montréal, les demandes d’admission ont augmenté chaque année, passant de 1400 à 2500 en 2017 alors que le nombre d’étudiants admis croissait de 350 à 625. Le nombre de diplômés a plus que doublé en sept ans, passant de 175 à 400. À l’Université Laval, le nombre de diplômés s’est aussi accru significativement, passant de 335 en 2013 à 670 en 2017. Du côté de l’Université de Sherbrooke, en 2015, la capacité d’accueil a été accrue de près de 200 % pour la formation initiale et la formation intégrée. Ailleurs, comme à l’Université McGill, à l’Université du Québec à Chicoutimi, à Trois-Rivières et en Abitibi-Témiscamingue, les demandes dépassent de deux à quatre fois le nombre de places disponibles. À McGill, il y a actuellement en 2018 plus de 1200 demandes pour 270 places. On peut donc affirmer sans équivoque qu’il y a un réel intérêt pour la formation universitaire.

Environnement exigeant et difficile

Ces chiffres confirment que les futurs infirmiers et infirmières ressentent le besoin d’une formation universitaire qui leur permettra d’exercer le plein potentiel de leur pratique et d’offrir les soins les plus complets et les plus sécuritaires à la population du Québec. Qui plus est, l’exercice de la profession se fait dans un environnement de plus en plus exigeant et difficile : un environnement en continuelle transformation tant sur le plan organisationnel que celui des pratiques cliniques. Il suffit de penser à la complexité des soins reliés à la prévalence croissante des maladies chroniques, y compris en santé mentale. Cette complexité progressive requiert notamment des connaissances diverses et un solide raisonnement clinique. Les contextes de soins critiques, de soins ambulatoires spécialisés et de soins de 1re ligne requièrent l’utilisation de technologies de pointe et d’une collaboration interprofessionnelle forte pour lesquelles tous les autres professionnels de la santé sont formés au sein de programmes universitaires.

On peut aussi penser que les futurs infirmiers et infirmières envisagent des études de deuxième cycle qui leur permettront d’offrir une pratique avancée, comme celle des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ou des infirmières cliniciennes spécialisées en prévention et contrôle des infections. Le nombre de candidats pour les programmes d’IPS ne cesse d’ailleurs d’augmenter depuis leur mise en place il y a 10 ans.

Nous sommes d’accord avec l’observation de la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec quant à la passion des étudiants et étudiantes qu’elle a rencontrés. Nous côtoyons ces étudiants en sciences infirmières quotidiennement. Nous sommes témoins de leur engagement. Nous constatons leur soif d’apprendre et de développer les compétences nécessaires pour exercer la profession. Dans la foulée des dernières semaines, plusieurs nous ont affirmé leur volonté d’agir concrètement pour améliorer les conditions d’exercice de leur profession et ainsi offrir les soins sécuritaires et de haute qualité auxquels s’attend la population du Québec.

Cette lettre est appuyée par :
Lyne Campagna, inf, PhD, professeure et directrice de comité de programme de premier cycle, Université du Québec à Trois-Rivières;
Annie Chevrier, faculty lecturer at the Ingram School of Nursing, Université McGill;
Carole Dionne, professeur et directrice du  module de sciences infirmières, Université du Québec à Chicoutimi;
Françoise Filion, faculty lecturer at the Ingram School of Nursing, Université McGill; 
Frances Gallagher, Co-directrice du programme de baccalauréat (cheminement formation initiale), professeure agrégée, l'École des sciences infirmières, Université de Sherbrooke;
Diane Guay Co-directrice du programme de baccalauréat (cheminement formation intégrée), professeure adjointe, l'École des sciences infirmières, Université de Sherbrooke;
Annie Perron, professeur et directrice du module des sciences de la santé, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

 


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1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 23 mars 2018 08 h 27

    Tout cela est compatible avec l’intention de JF Lisée de faire de plus en plus de place à toutes les compétences en matière de santé. Cela implique bien évidemment une remise en question des pratiques et des responsabilités de tous les acteurs du système.

    Mais le Québec ne serait-il pas mieux servi ainsi?