En Syrie, être au plus bas ne signifie pas toucher le fond

Un couple pleure la mort de son enfant à Damas. Depuis le début de l'année, plus de 1000 enfants ont été tués ou blessés dans le conflit syrien, rappelle l'auteur.
Photo: Hamza Al-Ajweh Agence France-Presse Un couple pleure la mort de son enfant à Damas. Depuis le début de l'année, plus de 1000 enfants ont été tués ou blessés dans le conflit syrien, rappelle l'auteur.

Quand nous avons tort, nous devons avoir l’humilité de l’admettre. L’année dernière, l’UNICEF s’est trompée.

Nous vous avons dit que la Syrie avait touché le fond. Qu’avec près de 1000 enfants tués ou mutilés en 2017, le conflit avait atteint des niveaux de souffrance inégalés. Mais nous nous sommes trompés. Parce qu’au cours des deux premiers mois de 2018, les choses se sont aggravées.

Plus de 1000 enfants ont été tués ou blessés depuis le début de l’année. À ce rythme, nous n’osons imaginer à quoi pourrait ressembler le bilan de mortalité infantile à la fin de l’année.

En Syrie, le baril ne semble pas avoir de fond. La crise a pris une ampleur effrayante. Et cette tragédie a fait, après sept ans de guerre, un très grand nombre de victimes parmi les enfants. Alors que le conflit entre dans sa huitième année, les mots nous manquent pour décrire la souffrance qui grandit de jour en jour.

Plus de 13,1 millions de personnes en Syrie ont besoin d’aide humanitaire d’urgence, dont 5,3 millions d’enfants. Les dernières semaines ont été particulièrement dévastatrices. Depuis le début de l’offensive sur la Ghouta orientale le 18 février, près de 600 personnes ont perdu la vie et plus de 2000 ont été blessées. Une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée à l’unanimité prévoyant un cessez-le-feu de 30 jours et un accès de l’aide humanitaire aux régions assiégées n’a eu que peu de retombées. Les convois d’aides multi-agences ont dû se retirer rapidement en raison du pilonnage constant, et n’ont donc pu délivrer toutes les fournitures d’aide essentielles.

Cette guerre ne connaîtra ni vainqueur ni victoire ; trop d’enfants syriens sont déjà morts pour laisser transparaître un semblant de succès pour un parti ou un autre. Il ne restera que ceux qui, au pays, devront raccommoder les morceaux ensanglantés d’une terre ayant volé en éclats.

La malchance n’arrive jamais seule

La Syrie n’est pas le seul pays à marquer une année supplémentaire de morts et de destruction. Un autre anniversaire tragique sera souligné en ce mois de mars alors que le Yémen entamera une quatrième année de conflit. Là-bas, les 1000 premiers jours de combat ont fait plus de 5000 blessés et morts parmi les enfants. Lors de la dernière semaine de janvier 2018, 50 enfants ont été tués ou mutilés, et ces chiffres continuent de croître.

L’UNICEF travaille en Syrie et au Yémen afin de fournir un accès à l’eau potable et à des services de nutrition, d’éducation et de santé. Nous essayons d’offrir aux enfants des services de protection et nous nous efforçons de leur donner un semblant de normalité malgré les horreurs quotidiennes. Et bien que nous continuions de solliciter plus de soutien et un meilleur accès afin d’aider les plus affectés par la crise, nous demandons également une solution politique. Les travailleuses et travailleurs humanitaires font leur possible pour alléger les souffrances, mais ils ne peuvent pas eux-mêmes mettre fin au conflit.

Le temps d’agir

D’ici là, nous continuerons de souligner ces tristes anniversaires.

Le temps de la commémoration et du souvenir viendra. Le temps viendra de s’arrêter afin de penser à tous ces enfants qui ont perdu la vie dans des actes de violence égoïstes et inutiles, à toutes ces familles séparées trop tôt. Le temps viendra de mettre un nom et un visage sur chacun de ces chiffres. Mais maintenant, il est temps d’agir, car chaque minute que nous passons à réfléchir et à discuter, des enfants continuent de vivre et de mourir sous les bombardements.

Nous marquons ces anniversaires pour souligner notre échec collectif à ramener la paix. Trop de jeunes vies ont été perdues sur les lignes de combat et nous ne nous en portons que plus mal.

Que ces anniversaires soient un rappel à nous toutes et à nous tous du lourd tribut de la guerre, principalement pour nos enfants les plus vulnérables.

Et que ces anniversaires nous poussent une fois pour toutes à faire une action urgente et décisive afin de mettre fin à ces conflits.