Se préoccuper des impacts sociaux de l’intelligence artificielle

Tous les secteurs d’activités seront de plus en plus bouleversés par l’intelligence artificielle, soulignent les auteurs. Sur la photo, mise à l’épreuve d’un autobus autonome à Montréal, en 2017.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Tous les secteurs d’activités seront de plus en plus bouleversés par l’intelligence artificielle, soulignent les auteurs. Sur la photo, mise à l’épreuve d’un autobus autonome à Montréal, en 2017.

Un assistant virtuel gère nos objets connectés sur simple commande vocale. Un diagnostic posé rapidement et avec précision grâce à l’analyse d’une quantité phénoménale d’images médicales. Bientôt, dans une rue près de chez vous, un véhicule circulera sans conducteur. Derrière ces avancées technologiques se trouve l’intelligence artificielle (IA).

Tous les secteurs d’activités seront de plus en plus bouleversés par l’IA. Si elle recèle un potentiel extraordinaire de développement économique et d’amélioration des conditions de vie, l’IA comporte en même temps un côté plus inquiétant en matière d’emploi, de sécurité, de démocratie, d’éthique, bref de vie professionnelle, sociale et privée.

Le Québec et la France ont mis en place diverses initiatives liées à l’IA. Dans le cadre de la 20e rencontre alternée des premiers ministres québécois et français, le 8 mars, une table ronde sur l’IA s’est tenue dans la start-up française Snips, sous la présidence du premier ministre Philippe Couillard et du secrétaire d’État français chargé du numérique, Mounir Mahjoubi. Quelques-unes des initiatives québécoises et françaises sont résumées ici.

Le Québec

Le Québec est l’un des pôles de recherche importants en IA, en apprentissage profond et sur le numérique au Canada et dans le monde. En plus de compter de nombreux experts reconnus internationalement, les chercheurs québécois ont obtenu d’importantes subventions dans de grandes compétitions canadiennes. Le gouvernement du Québec a aussi investi des sommes considérables dans ce domaine de recherche. De plus, plusieurs jeunes pousses ont récemment été créées (Element AI, DataPerformers…) et de grandes entreprises internationales se sont établies au Québec. Les investissements en IA au Québec sont certes importants, mais la compétition est très vive. Pensons seulement à la Silicon Valley, à la Corée du Sud, à la Chine, à l’Angleterre et à plusieurs autres pays qui investissent massivement dans le domaine.

Cette formidable croissance du pôle québécois s’accompagne également d’une réflexion majeure sur les impacts que l’IA aura dans la société. Cette réflexion s’est concrétisée avec la tenue de la Conférence sur le développement responsable de l’intelligence artificielle, en novembre 2017 à Montréal, de laquelle découle la Déclaration de Montréal sur les principes du développement éthique de l’IA. À ces deux initiatives s’ajoute la mise en place, sous l’impulsion du bureau du scientifique en chef du Québec, d’un observatoire mondial sur les impacts sociaux de l’IA, voire d’un organisme international comme l’a annoncé le premier ministre du Québec. Ces actions témoignent du rôle de leader que le Québec entend jouer en matière de développement responsable de ce secteur.

La France

Fière de ses mathématiciens depuis plus de 200 ans, la France peut se réjouir de la place renforcée de cette discipline au coeur des progrès de l’économie et de la technologie. Les universités, les grandes agences de recherche, les chercheurs, ingénieurs et jeunes entrepreneurs français tiennent leur rang en la matière…

Pourtant, la recherche française en IA est gravement menacée par la compétition internationale, en particulier par les laboratoires de recherche, des grands acteurs privés des États-Unis, richement dotés et intelligemment menés. Pour sauver l’attractivité de la recherche de la France et le dynamisme de son industrie, une stratégie nationale s’imposait : c’est le sens de la mission que le gouvernement a confiée à Cédric Villani, mathématicien et député, pour le compte du gouvernement, avec le concours de centaines d’experts auditionnés et les contributions spontanées de milliers de citoyens. La politique de données, la protection des citoyens et de l’environnement, la formation, l’équipement, le combat pour l’inclusion dans la société sont quelques-uns des sujets que cette mission a pu aborder.

Dans ce qui est devenu un enjeu majeur de compétitivité internationale, il importe de recenser ses alliés sur la scène mondiale. En matière d’IA, la France et le Québec seront des alliés naturels : la proximité de leurs équipes de recherche, facilitée par la langue commune, se retrouve aussi bien au niveau des entreprises qu’à celui des chercheurs. Mais aussi par le fait que le Québec, très tôt, a choisi de mettre au coeur de sa stratégie IA des valeurs d’éthique, de bien public, de collaboration constructive entre acteurs, qui résonnent bien avec les idéaux que le gouvernement français entend garder en première ligne de la stratégie française. Et l’exemple du Québec est là pour démontrer qu’en matière d’IA, l’éthique et la confiance sont absolument compatibles avec un développement économique spectaculaire !

Dans ce qui est une transition scientifique, technologique et sociale, tout le monde a sa partition à jouer. L’État doit soutenir la recherche fondamentale en IA et encourager l’innovation technologique qui en résulte, dans une visée d’amélioration des conditions de vie de la population, sans oublier l’innovation sociale. Que celle-ci prenne la forme de nouvelles pratiques, de nouvelles mesures, de nouveaux programmes ou de nouvelles politiques publiques, l’innovation sociale facilitera l’appropriation et l’adaptation des avancées de l’IA et du numérique, en atténuera les appréhensions et en fera bénéficier le plus grand nombre de citoyens. Au-delà de la science des algorithmes, les questions d’éducation et d’éthique et les impacts sociaux de l’IA seront un terreau fertile de collaborations scientifiques entre la France et le Québec.

2 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 14 mars 2018 13 h 18

    Vraiment préoccupés, dites-vous en titre?

    Vous vous dites préoccupés des impacts sociaux alors que vous ne vous contentez que de faire la promotion de l'IA.

  • Nadia Ghalem - Abonnée 14 mars 2018 14 h 13

    Sommes-nous des moutons ?

    On nous prédit tant de catastrophes qui vont hâter notre fin, qu'il ne reste plus qu'une insatiable curiosité pour conjurer la peur.
    Lorsque j'ai lu, il y a très longtemps, "Une brève histoire de temps", j'ai eu le sentiment que nous pouvons, à défaut de trouver des réponses, interroger notre environnement, la science, la nature, et quand des savants font l'effort de vulgarisation, ça nous encourage à ne plus nier nos ignorances et, accepter le fait de ne pas être de la bonne génération pour comprendre informatque, nouvelles technologies , téléphone intellegent et autre intellegence artificielle.
    J'ai adoré travailler saur ces sujets qui me semblaient "exotiques et rébarbatifs, mais, peut-être destinés à soutenir les humains dans leurs travaux i tellectuels, comme les machines les ont soutenus durant la révolution industrielle....Comme dans "Les temps modernes" de Chaplin... Mieux vaut en rire, hélas.