Nouvelle politique d’aide du Canada au secours des femmes réfugiées

Une femme rohingya et ses enfants dans un camp de réfugiés au Bangladesh.
Photo: Dominique Faget Agence France-Presse Une femme rohingya et ses enfants dans un camp de réfugiés au Bangladesh.

Alors que nous marquons la septième année du conflit en Syrie, le sort des femmes et des enfants pris au piège des villes assiégées ou des bombardements incessants et indiscriminés n’émeut, me semble-t-il, plus grand monde. Trop d’images de tragédies individuelles sont venues se superposer dans notre mémoire collective — images de la Syrie et des camps informels de réfugiés aux alentours, mais aussi celles des femmes rohingyas traversant un fleuve, les yeux hagards, avec juste assez de force pour nous raconter les violences subies, ou celles des femmes sud-soudanaises arrivant totalement démunies avec leurs enfants mal nourris en Ouganda. La liste est longue…

Que peut bien faire le Canada pour ces femmes et ces filles, qui au bas mot sont plus de 33 millions sur les routes de l’exil ?

C’est le défi que s’est lancé la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, en juin dernier, en décidant de mettre l’accent sur le soutien à apporter aux femmes les plus vulnérables à travers le financement de l’aide internationale.

Sur les routes de l’exil et dans les pays où elles trouvent un refuge temporaire, les femmes sont, nous le savons, particulièrement à risque d’être soumises à des violences sexuelles, prises à partie par les groupes armés, mais le champ de bataille ne s’arrête pas aux corps des femmes. La responsabilité de trouver un abri et à manger pour leurs enfants leur incombe, alors que bien des hommes manquent à l’appel, tués, emprisonnés ou ayant été forcés de se joindre aux combats. La grande majorité n’a plus accès aux soins de santé reproductive et sexuelle, avec des risques accrus de grossesses non désirées et de complications gynécologiques. Et toutes, comme les mères canadiennes, ont pour souci principal de donner la meilleure éducation possible à leurs enfants, car leur futur compte bien plus que le présent.

Agir

Il n’est donc pas surprenant que le Canada veuille agir pour aider ces millions de femmes déplacées. Il s’agit maintenant de savoir comment. Traditionnellement, l’aide humanitaire s’est souvent cantonnée à fournir de l’assistance immédiate : nourriture et eau potable, couvertures et médicaments de base. Mais nous savons qu’il est essentiel de penser à plus long terme : ces femmes et ces filles doivent avoir les moyens de se prendre en charge elles-mêmes. Au Haut-Commissariat pour les réfugiés, nous avons depuis longtemps pris en considération les besoins différenciés entre hommes et femmes, jeunes et vieux, personnes avec des handicaps et personnes avec diverses orientations sexuelles, pour adapter nos programmes. Plus de 50 % de nos réfugiés volontaires sont des femmes : elles informent leurs communautés à propos des distributions humanitaires, des risques liés au mariage des enfants ou encore elles sont formées pour aider ces enfants à faire leurs devoirs.

Des progrès immenses restent à faire : nous venons de publier des statistiques qui montrent que les adolescentes ont deux fois moins de chances d’aller à l’école secondaire que leurs frères. Des normes socioculturelles qui forcent ces filles à accomplir des tâches domestiques plutôt que de s’éduquer et des barrières liées à l’absence de toilettes distinctes ou de serviettes hygiéniques, quand il ne s’agit pas de risque d’agressions sexuelles sur le chemin de l’école ou même à l’école, les privent des moyens de se construire l’avenir qu’elles désirent et méritent.

Mais les moyens nous manquent. Quand je suis arrivé au Liban en 2013, au début de la crise syrienne, nos programmes étaient financés à 74 % de nos besoins ; l’année passée, c’était seulement à 50 %. Et cette année a mal commencé, avec seulement 7 % des fonds disponibles.

L’annonce dans le budget fédéral d’une ligne budgétaire de 2 milliards sur cinq ans pour la mise en oeuvre de la politique d’aide internationale en faveur des femmes et des filles est une bonne nouvelle. Il en est de même de la décision de réinstaller au Canada 1000 femmes réfugiées qui autrement ne pourraient survivre dans leur premier pays d’accueil. Ces décisions montrent la volonté du Canada de se donner les moyens de ses ambitions.

Le HCR est prêt à s’engager auprès du Canada pour s’assurer que les femmes et filles déplacées à travers le monde deviennent les actrices de leur propre destin. Alors que nous avons célébré cette semaine la Journée internationale des femmes, il est temps qu’elles continuent d’être le centre de nos préoccupations, et en cela, nous sommes heureux de pouvoir compter maintenant sur l’appui du Canada.

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1 commentaire
  • François Beaulne - Abonné 9 mars 2018 11 h 26

    Le souci d'efficacité

    Cet article campe très justement la problématique croissante des besoins des femmes et fille réfugiées. Au delà de la problématique fort clairement exposée, force est de se poser la question: pourquoi, d'année en année, comme le souligne l'auteur, les fonds dispobibles pour venir en aide aux réfugiés diminuent ou deviennent de plus en plus pénibles à amasser.
    La réponse à cette question est certes, complexe, mais au moins une piste d'explication peut être avancée: le souci de plus en plus présent dans la communauté internationale d'assurer une plus grande efficacité à l'aide receuillie et dispensée.
    Les ressources en aide humanitaire, et de manière générale en assistance de toute sorte, mises à la disposition de l'ONU et de ses agences spécialisées, ont considérablement baissé au fil des ans, de même que celles confiées aux orgenisations non gouvernementales (ONG). Ceci est attribuable, en grande partie, aux pressions qui s'exercent de plus en plus sur les gouvernements et autres acteurs de l'aide internationale pour une plus grande transparence et reddition de comptes dans l'utilisation des ressources qui leur sont confiées. Il fut un temps où on donnait sans trop regarder où allait l'argent et comment elle était utilisée. Ce n'est plus le cas. D'ailleurs des mécanismes de surveillance et de reddition de compte ont été mis en place au cours de la dernière décennie pour répondre à cette préoccupation. Souhaitons qu'ils contribuent à rétablir le climat de confiance qui existait jadis dans l'administration de l'aide internationale.