Stagiaires en enseignement tout le temps

«Le travail ne s’arrête pas lorsque la cloche sonne», écrit l'auteure.
Photo: Xavier Arnau Getty Images «Le travail ne s’arrête pas lorsque la cloche sonne», écrit l'auteure.

Au cours des dernières semaines, on a pu voir se multiplier les demandes des étudiantes et des étudiants en enseignement pour que leur stage final soit rémunéré. En tant que fière détentrice d’un brevet d’enseignement et jeune enseignante au secondaire, je me souviens encore très bien de mes quatre stages, effectués entre 2011 et 2015. La semaine de relâche est arrivée, le blitz des bulletins est maintenant terminé, et j’ai le temps de dire pourquoi je comprends et j’appuie la demande de la communauté étudiante en enseignement.

J’ai été quatre fois stagiaire et j’ai expérimenté la précarité financière que dénoncent les regroupements étudiants qui réclament une compensation financière. J’ai dû, trois fois, quitter mon emploi pour me concentrer sur l’essentiel : mes stages, qui me demandaient d’être présente à l’école de 8 h 30 à 16 h environ, du lundi au vendredi, pour un nombre de semaines variable. J’ai eu la chance d’avoir un employeur compréhensif qui m’a laissé revenir travailler pour lui à chaque fin de stage, limitant mon endettement. Je crois cependant être davantage l’exception que la règle.

Outre l’argument de la précarité financière, c’est l’argument de la prise en charge complète de l’enseignement qui revient le plus souvent à la bouche et à la plume des étudiants et des étudiantes qui demandent une bourse d’études pour rétribuer le travail accompli. Pour comprendre exactement pourquoi les stagiaires en enseignement doivent obtenir ces bourses, c’est exactement cette charge de travail qu’il faut regarder. L’enseignement n’a rien d’une tâche comme les autres ! Les heures passées en classe avec les élèves représentent la partie la plus plaisante et la plus facile de notre travail. Oui oui, malgré la gestion de classe souvent difficile et les autres défis présents dans les classes québécoises (qui font d’ailleurs l’objet de nombreux autres débats et demandes) ! Enseigner, guider, questionner, motiver… c’est pour ces moments précieux que les enseignants, les enseignantes et les stagiaires font ce qu’ils et elles font.

Sauf que le travail ne s’arrête pas lorsque la cloche sonne. Pas de punch out ! Le gros du travail, c’est le soir qu’il s’accomplit. C’est la correction des examens et des projets. C’est le suivi à faire avec les collègues et les parents. C’est la construction, chaque semaine, des cours et des activités toutes plus motivantes les unes que les autres. Peu de gens réalisent le nombre d’heures que peut passer un enseignant ou une enseignante à créer une situation d’apprentissage pertinente et significative pour les jeunes. Les stagiaires qui font une prise en charge complète en stage 4 font précisément ce travail. Les stagiaires sont stagiaires 24 heures sur 24. C’est leur dernière chance de construire et d’expérimenter des activités d’apprentissages. Certes, les maîtres de stage partagent leur matériel et leurs conseils avec leurs stagiaires : mais ceux-ci et celles-ci apprennent le plus en volant de leurs propres ailes, et c’est précisément ce qui est encouragé lors du stage 4.

J’aspire profondément à prendre des stagiaires dans quelques années. Je souhaite que ces étudiantes et ces étudiants puissent tirer le maximum de ces semaines de stage. Je veux qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes en classe parce que mes élèves ne méritent rien de moins. Je veux les voir tester leurs stratégies de gestion de classe et s’améliorer avec chaque semaine qui passe. Je veux être tellement impressionnée par les projets qu’ils et elles auront construits que je vais les intégrer à ma planification des années suivantes.

Je ne veux pas que mes stagiaires se couchent au petit matin parce qu’elles et ils étaient débordés par la planification, les suivis et la correction, parce que c’est ce que leur horaire de la semaine leur exige puisqu’ils doivent travailler la fin de semaine.
 

J’en ai assez de voir des collègues ayant fraîchement obtenu leur brevet se surcharger avec plusieurs tâches d’enseignement différentes, en plus de la suppléance, parce qu’ils ne pourraient autrement rembourser les paiements exigés sur une dette étudiante qu’ils ou elles n’auraient pas accumulée s’ils ou elles avaient fait un choix de carrière différent. J’aimerais que l’enseignement attire plus de personnes en réorientation de carrière. Ces personnes, une fois devenues profs, ont souvent de grandes expériences de vie à partager avec les élèves, mais qui peut en vouloir à un parent d’éviter les programmes universitaires qui exigent chaque année un stage à temps plein non rémunéré ?

Rémunérer les stages finaux en enseignement, c’est reconnaître le travail que les stagiaires effectuent du matin souvent jusqu’à tard le soir, et c’est permettre aux élèves de compter sur (l’apprenti) enseignant ou enseignante dévouée qu’ils et elles méritent.

3 commentaires
  • Pierre Pelletier - Abonné 9 mars 2018 08 h 22

    Temps et argent

    Je suggère que l'argent versé aux commissions scolaires qui accueillent les stagiaires et les frais de scolarité du quatrième stage soient donnés aux stagiaires finissants. Ce serait un bon commencement.

    Pi-R

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 mars 2018 14 h 37

    Voir ce qu'on donne

    aux professeurs versus ce que recoivent les médecins,il y de quoi avoir honte de nos actuels gouvernants élus.
    Élus par nous au Québec.Cela mérite une énorme réflexion du CPE à l'Université.Peut-on etre aussi mal servi ?

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 9 mars 2018 21 h 11

    Il y a toujours quelque chose qui m'étonne à chaque fois que quelqu'un en parle: le fait de ne pas être payé pour du travail effectué dont d'autres peuvent profiter. Je connais des endroits où on trouve normal de payer des stagiaires pour leur travail. Donc, en ce qui me concerne, ce ne sera jamais une ''bonne'' raison de ne pas rémunérer une personnes sous prétexte qu'elle est ''stagiaire''. Cette personne fournit des services, alors qu'on la paye car elle a pleinement droit à un salaire. C'est pourtant bien simple à comprendre.