Parité hommes-femmes: les bonnes intentions ne suffiront pas

Pour les quatre auteures, «les acquis sont fragiles».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Pour les quatre auteures, «les acquis sont fragiles».

Le 8 mars est jour de mémoire, de bilan et de prospective sur la condition des femmes. Chez nous comme ailleurs dans le monde, nous traçons le portrait des avancées et des reculs, des problèmes et des défis qui concernent la moitié féminine du monde. En tant qu’anciennes parlementaires, nous nous préoccupons particulièrement de la place des femmes en politique. Nous avons certes constaté des progrès au cours des dernières décennies. Depuis l’obtention du droit de vote des femmes en 1940, celles-ci ont fait leur entrée à l’Assemblée nationale du Québec, imprimé leur marque sur nos lois et nos programmes publics, occupé les plus hautes fonctions. Pourtant, les acquis sont fragiles. Entre 2012 et 2014, nous perdions 5,6 % de députées au Parlement. Comme quoi la progression n’est pas linéaire et constante. Si nous n’y prenons garde et surtout si nous pensons que la situation s’améliorera d’elle-même, par un mouvement naturel de l’histoire, nous irons au-devant de bien des déceptions.

C’est pourquoi nous défendons l’idée d’une loi sur la parité. Le 6 décembre dernier, nous présentions un mémoire à la Commission des relations avec les citoyens comportant une proposition en deux volets : le premier contiendrait l’obligation pour chaque parti politique de présenter au moins 40 % de femmes lors d’une élection. Nous nous situons dans ce qu’on appelle la « zone paritaire », fixée entre 40 % et 60 % de candidatures féminines. Le deuxième volet du projet de loi inclurait une bonification par le Directeur général des élections, du financement des partis politiques qui ont atteint l’objectif de 40 % de femmes élues à l’Assemblée nationale. Cela est d’autant plus envisageable que ce financement provient maintenant à près de 80 % de fonds publics.

Créer une norme

Notre raisonnement est le suivant : une loi sur la parité créerait une norme, elle indiquerait la voie à suivre collectivement et servirait de guide aux partis politiques, au-delà des efforts de personnes ou de groupes gagnés à la cause. Par exemple, c’est le même principe qui fut à l’origine de la Loi sur l’équité salariale, enviée par bien des pays dans le monde. Au lieu d’attendre que des femmes qui s’estiment lésées déposent une plainte au nom des droits et libertés de la personne, la loi est venue créer une obligation d’équité de la part des entreprises, renversant ainsi le fardeau de la preuve.

De la même manière, nous pensons qu’une loi sur la parité enverrait un signal clair que la société québécoise veut un Parlement paritaire et que les moyens doivent être pris pour y parvenir. Cela aurait un effet mobilisateur sur les femmes et les conforterait dans l’idée qu’un Parlement, c’est aussi leur place à elles. Car il ne faut pas se le cacher. L’un des obstacles importants à l’entrée des femmes en politique, c’est la piètre qualité de leur perception du pouvoir. Presque exclusivement exercé par les hommes pendant des siècles, le pouvoir a établi ses codes, ses règles, ses armes, son langage, sa culture. Pendant ce temps, les femmes, consacrées à l’univers domestique, ont peu développé le goût d’investir la sphère publique. Lorsqu’elles se sont mises à embrasser toutes les professions, à prouver leurs compétences dans tous les métiers, elles sont demeurées toutefois aux portes du pouvoir. Ce n’est que récemment, il y a à peine quelques décennies, qu’elles ont commencé à franchir ces portes. Si elles y ont pris leur place, fait leur marque, pourtant, le monde du pouvoir demeure pour un grand nombre associé à des valeurs souvent négatives, peu inspirantes.

La Commission des relations avec les citoyens que nous avons évoquée plus haut doit déposer sous peu son rapport sur la place des femmes en politique. Espérons que celui-ci aura un peu de mordant et ne se contentera pas de proposer des aménagements à la vie parlementaire. Ceux-ci pourront avoir un effet bénéfique une fois des députées élues, mais ils ne suffiront pas à vaincre leur résistance face au pouvoir. Ce qui peut contribuer plus profondément à rendre l’univers politique attirant pour les femmes, c’est de prendre les moyens pour qu’elles y soient à part entière, convaincues que c’est normal et que cela ne fait que refléter la composition de la société. Pour cela, il faut envisager des mesures législatives.

On le voit déjà, nous sommes en précampagne électorale, terrain propice aux déclarations de bonnes intentions qui sortent de terre comme les fleurs du printemps. Tous les chefs de parti vous diront qu’ils sont pour la parité et qu’ils font des efforts désespérés pour attirer des femmes dans leurs rangs. Tant mieux si cela porte ses fruits. Nous les invitons toutefois à doter la société québécoise d’une loi sur la parité qui s’inscrira dans la durée, transcendant les humeurs des dirigeants et les idées à la mode.

Les femmes constituent la moitié du monde. Elles doivent constituer la moitié des parlements.

1 commentaire
  • Jean-Sébastien Garceau - Abonné 8 mars 2018 10 h 52

    Le défis de représentativité ...

    ... est assez complexe merci si on le prend au sérieux.
    Les auteurs le font pour le genre.
    Mais pourquoi en rester là ?
    Le club des hommes n'est pas juste un club des hommes. C'est un club bourgeois, blanc, hétérosexuel avec aucun signe religieux visible.
    Il y a bien énormément de minorité qui sont de facto jamais représenté ou mal représenté.
    Les pauvres le sont jamais.
    Les autochtones non plus.
    Etc.
    Une parité d'homme et de femme c'est bien, mais la représentativité y seulement partielle.