Féministe, puisqu’il le faut encore

«Les membres de ce
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «Les membres de ce "boy’s club" abonné au pouvoir, ce sont eux qui laissent les infirmières s’épuiser et se tuer à la tâche, pour des "peanuts"», écrit Manon Massé.

Depuis 30 ans, c’est la même clique qui se passe la rondelle du pouvoir. Depuis 30 ans, cette clique est majoritairement masculine. Et ces messieurs ne sont jamais trop pressés d’améliorer le sort collectif des femmes du Québec. Des chefs comme Philippe Couillard, François Legault et Jean-François Lisée font partie de cette clique depuis trop longtemps pour réussir à nous faire croire qu’ils s’engagent envers nous à d’autres moments qu’en campagne électorale. Et puis, disons-le, les plus grands gains pour la cause des femmes depuis 30 ans, ce sont les Pauline et les Louise qui nous les ont donnés, avec les CPE à tarifs réduits, l’équité salariale, le régime québécois d’assurance parentale… On est toujours mieux servi par soi-même, dit-on.

Les membres de ce boy’s club abonné au pouvoir, ce sont eux qui laissent les infirmières s’épuiser et se tuer à la tâche, pour des peanuts. Ce sont eux qui donnent des milliards aux médecins spécialistes et qui refusent d’empêcher les hauts dirigeants d’entreprises financées par l’État de se voter des hausses de salaire faramineuses. Ce sont eux qui essaient de camoufler leurs scandales sexuels tout en refusant de débloquer des budgets adéquats pour lutter contre les violences sexuelles. Ce sont eux qui sabrent les services publics et qui laissent les femmes les remplacer. Ce sont eux qui laissent nos écoles moisir et nos enfants dîner dans les couloirs.

Le temps est arrivé où nous avons choisi d’arrêter de supporter la situation. Le couvercle a sauté. Le mouvement #MoiAussi en est un exemple flagrant, tout comme les ras-le-bol des professionnelles du système de santé dans les dernières semaines. Infirmières, enseignantes, préposées, ambulancières, travailleuses sociales, comédiennes ; partout, les femmes se lèvent et refusent d’en laisser passer davantage.

Comme celles avant nous, c’est en agissant, en proposant et en prenant notre place dans les officines du pouvoir qu’on va continuer à faire bouger les choses. C’est en adoptant une approche contraignante pour favoriser l’accès des femmes aux postes de pouvoir qu’on va défaire la clique. C’est en haussant le salaire minimum à 15 $ l’heure qu’on va pouvoir agir sur notre capacité d’avancer. C’est en adoptant un système universel de garderie qu’on s’assurera que le plus de femmes possible restent sur le marché du travail. C’est en investissant dans les services publics qu’on va assurer aux femmes l’équité qui mène à une réelle égalité. C’est en agissant sur le racisme systémique qu’on va s’assurer que toutes les femmes avancent. C’est en agissant que tout changera !

En tant que seule femme qui sera au débat des chefs en octobre 2018, je m’engage à porter notre message au coeur de l’arène. Messieurs, la récréation est terminée. Mesdames, brassons la cage. Ensemble, avançons et, surtout, ne laissons personne derrière.

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