Les aînés de Montréal et la consultation en ligne

La Ville de Montréal doit se doter de méthodes de consultation adaptées aux réalités des aînés, qui sont déjà aux prises avec des facteurs d’exclusion sociale et d’isolement, estiment les auteures.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La Ville de Montréal doit se doter de méthodes de consultation adaptées aux réalités des aînés, qui sont déjà aux prises avec des facteurs d’exclusion sociale et d’isolement, estiment les auteures.

La Ville de Montréal a choisi les mois de février et mars pour tenir son processus de consultation publique sur son nouveau plan d’action pour une municipalité amie des aînés (MADA). Il y a matière à se questionner quant au bien-fondé d’une consultation qui a pour objet l’avenir des aînés à Montréal et qui se déroule en hiver. Si Montréal n’est pas encore une « amie des aînés » avec ses stations de métro inaccessibles et ses HLM pour aînés infestés de punaises, elle fait encore pire figure quand ses trottoirs sont recouverts de glace.

Pourtant, la Ville laisse entendre que le numérique est à la rescousse. Les aînés montréalais qui ne seraient pas en mesure de se rendre à l’une des « rencontres d’échanges » sont invités à faire valoir leur opinion en répondant au sondage sur le site Web de la Ville.

Le problème ? Une bonne partie des personnes âgées n’est pas en ligne. Statistique Canada révèle que seulement 50 % des Canadiens de plus de 75 ans avaient utilisé l’Internet au cours du mois précédant son enquête.

Le taux d’utilisation de l’Internet n’est pas seulement lié à une question d’âge. Le niveau de connaissance numérique d’une personne âgée va souvent de pair avec son taux de scolarité et son revenu. Les aînés qui ne sont pas en ligne ont non seulement tendance à être plus âgés, mais ils représentent également des parties de la population plus démunies, moins scolarisées et avec un plus faible niveau d’alphabétisation. Bref, les aînés qui sont déjà aux prises avec des facteurs d’exclusion sociale et d’isolement se retrouvent à l’écart du monde numérique.

Ce sont pourtant les personnes âgées exclues de ce processus de consultation qui ont le plus ardemment besoin d’une « municipalité amie des aînés ». Si elles étaient consultées, elles seraient davantage portées à revendiquer des réformes propres à diminuer le fléau de la pauvreté chez les aînés montréalais.

Bonifier la consultation

La Ville signale que le sondage est offert par l’entremise d’une ligne téléphonique (le 438 320-1298). Toutefois, peu de gens connaissent ce numéro, ou même son existence. Pour profiter de l’option téléphonique, il faut d’abord accéder à l’Internet, trouver la page Web de la Ville et y repérer le numéro, puis laisser un message sur une boîte vocale.

Dans une lettre ouverte, nous avons demandé à madame Plante de bonifier la consultation publique. Depuis, plusieurs aînés et groupes communautaires ont publiquement témoigné de leur insatisfaction quant au processus de consultation. La Ville a annoncé qu’elle va prolonger la consultation jusqu’au 15 mars prochain, mais nous attendons toujours que des changements d’envergure soient apportés pour assurer l’accessibilité du sondage public.

Diverses solutions s’offrent pourtant à la Ville. Elle pourrait faire la promotion de sa consultation dans les médias privilégiés des aînés qui ne sont pas en ligne, comme la radio, les journaux et la télévision. Elle pourrait faire connaître son numéro de téléphone ou même entreprendre des sondages téléphoniques auprès de la population concernée.

D’autres villes ont pourtant su répondre à la diversité des personnes âgées dans leurs consultations MADA. Toronto s’est montrée plus astucieuse que Montréal en déposant des copies papier de son sondage dans des lieux fréquentés par les aînés comme les bibliothèques, les cliniques, les églises, les mosquées, les synagogues et les bureaux des organismes communautaires. Le sondage torontois a d’ailleurs été traduit en onze langues, et ne représentait qu’une des multiples facettes de cette consultation publique, échelonnée du printemps à l’automne. Ottawa, pour sa part, a entrepris des démarches exhaustives pour rejoindre différents groupes marginalisés, comme des minorités ethnoculturelles et linguistiques, la communauté LGBTQ, des aînés issus de Premières Nations et des aînés démunis.

La Ville doit aller plus loin dans sa démarche consultative et se doter de méthodes adaptées aux réalités des aînés. L’administration Plante nous avait pourtant assuré que la consultation publique serait l’une de ses forces. Est-ce que ce sont plutôt les questions liées aux aînés qui l’intéressent moins ?