Fait-il bon vieillir à Montréal?

Pour plusieurs Montréalais âgés, l’accès au mont Royal deviendrait difficile si le projet de l’administration Plante était appliqué.
Photo: Marc Bruxelle Getty images Pour plusieurs Montréalais âgés, l’accès au mont Royal deviendrait difficile si le projet de l’administration Plante était appliqué.

Lettre à la mairesse Valérie Plante

Notre administration propose dès ce printemps un projet pilote qui verra à ne plus permettre le transit automobile dans le parc du Mont-Royal en créant une « zone tampon » au centre du parc à laquelle seuls piétons et cyclistes auront accès. En somme, un automobiliste pourra accéder au parc soit par l’ouest, soit par l’est, mais ne pourra en aucun cas le traverser. Il est prévu que les transports en commun soient plus nombreux et que les places de stationnement soient limitées. Une solution moderne axée sur la mobilité active, le droit des cyclistes et celui des piétons. De nombreux citoyens se sont opposés au projet suggérant plutôt des façons de réduire la vitesse automobile sur le mont Royal et de rendre ainsi le transit moins attrayant pour gens affairés.

La position de votre administration est restée ferme. Après tout, la résistance au changement est bien connue, comme vous le rappelez si bien. Mais pour être moderne, votre projet ne doit-il pas prendre en compte la réalité démographique de notre ville ? À Montréal, près de 20 % des personnes sont âgées de plus de 65 ans, et cela ira en s’accroissant. Plusieurs aînés restent très « mobiles », mais peut-être moins « actifs » au sens où l’on peut l’entendre. Pour plusieurs Montréalais âgés, traverser à pied la « zone tampon » du parc du Mont-Royal s’avérera difficile. Pour d’autres, prendre un bus pour s’y rendre, une solution impossible. Pour d’autres, enfin, être privés du plaisir contemplatif de traverser le parc en voiture, une véritable tristesse…

Une administration municipale responsable et axée sur l’avenir doit tout mettre en oeuvre pour que les résidents aînés restent des citoyens à part entière, et le plus en forme et actifs que possible. Cela passe par le droit de fréquenter le magnifique parc du Mont-Royal à la manière qui convient le mieux à leur situation. C’est pourquoi nous plaidons pour préserver le transit automobile dans le parc. Pour éviter l’utilisation de la voie Camillien-Houde comme une autoroute urbaine, nous proposons d’interdire le transit automobile aux heures de pointe. Nous suggérons également de réduire la vitesse automobile dans le parc en modifiant l’aménagement routier. À cet égard, les célèbres lacets de Lombard Sreet de San Francisco paraissent inspirants. Et s’il fallait que le transit automobile soit carrément interdit dans le parc, il nous paraît alors indispensable que les limites des accès est et ouest se côtoient, de sorte que le lac des Castors soit facilement accessible aux automobilistes qui vivent de part et d’autre du parc. Enfin, de façon à préserver la sécurité des piétons, des limites de vitesse doivent être imposées aux cyclistes.

Entre le moment où l’on devient un aîné et celui où l’on devient candidat à une résidence en CHSLD, il y a une « zone tampon » qu’il convient de protéger. Une administration moderne et responsable comme la vôtre ne peut l’ignorer. C’est à cette condition que Montréal restera une ville où il fait bon vieillir.

À voir en vidéo