Bloc québécois: redevenons contagieux

Lundi dernier, une crise entre une majorité de l’aile parlementaire du Bloc québécois et le camp de la chef Martine Ouellet a éclaté.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Lundi dernier, une crise entre une majorité de l’aile parlementaire du Bloc québécois et le camp de la chef Martine Ouellet a éclaté.

Le Bloc Québécois est un grand parti, au service d'une grande cause. L'indépendance du Québec n'est pas seulement un «projet» intéressant, c'est une réponse concrète, pragmatique, pérenne, réaliste et urgente à différents problèmes que vit le Québec depuis toujours.

Depuis trop longtemps, les hésitations, indécisions et  reports envoient un message dévastateur à la population du Québec : l'indépendance est un projet comme un autre !  Si, même les indépendantistes n'en parlent qu'entre eux, ou, comme une chose qui arrivera peut-être  un jour, si les astres s'alignent, il est bien évident que personne n'embarquera. Nous devons lui donner l'élan qu'il mérite. La fougue et la passion qui conviennent. Et surtout mettre de l'avant, en tout temps et en tout lieu, les avantages uniques qui viennent avec le fait d'être maître de sa destinée. Il est plus qu'urgent que notre projet devienne contagieux.

Le français recule, le Canada n'atteindra jamais ses cibles de réduction de GES tel que promis par sa signature au bas de l'accord de Paris, nos sièges sociaux déménagent, le Québec-province ne parvient pas à soigner convenablement sa population, le Canada donne des congés de taxes à des multinationales omnipuissantes, des travailleurs de l'industrie de la navigation sont constamment menacés de chômage dû à la planification arbitraire du gouvernement fédéral, etc. Bref, la pertinence d’élire des indépendantistes à Ottawa n’est plus à démontrer.

Hélas, lundi dernier, une crise entre une majorité de l’aile parlementaire du Bloc québécois et le camp de la cheffe Martine Ouellet a éclaté. Une fois de plus, un parti indépendantiste fait parler de lui dans l’actualité pour les mauvaises raisons et une fois de plus, notre lien de confiance envers la population se trouve ébranlé.

Appel au dialogue

Cette situation doit cesser. Il ne s’agit pas ici de distribuer les blâmes, mais plutôt d’appeler à un dialogue qui réglerait définitivement la situation et qui permettrait au parti de respirer de nouveau ainsi que de se préparer à l’élection de 2019. Travaillons une bonne fois pour toute à trouver l’équilibre entre la promotion de l’indépendance et la défense des intérêts du Québec, entre les besoins des instances nationales et locales, entre les ressources dévolues aux députés et à la cheffe.

Si comme militants, nous n’apprenons pas à travailler ensemble dès maintenant, le Bloc risque fort de ne pas survivre à la prochaine échéance électorale fédérale. Tous les députés actuels et les militants risquent de perdre un véhicule qui a tant fait pour le Québec et qui a le potentiel de continuer à offrir de grands services aux Québécois. C’est l’avenir de notre parti et l’image de notre mouvement que nous jouons en ce moment.

Par ailleurs, le Bloc est le seul parti politique qui compte dans ses rangs des militants souverainistes de tout horizon, du Parti québécois, de Québec solidaire, tout comme des gens qui ne s’identifient pas à un parti politique sur la scène provinciale. Il est normal, dans ces circonstances, que des désaccords apparaissent. Nous devons toutefois apprendre à les gérer et à appliquer des mécanismes internes de gestion de conflits sans que cela fasse constamment les manchettes. Le Bloc est une grande famille diversifiée et cela doit devenir non pas notre faiblesse mais une véritable force.

Les députés, tout comme sa Chef, sont d’abord des militants qui, grâce au travail acharné de leurs pairs ont réussi à se faire connaître, puis élire. Ainsi, ces derniers sont redevables envers leur base militante et tous ceux qui les ont porté au pouvoir.

Nous, travailleurs acharnés, citoyens, bénévoles et militants vous sommons, de vous asseoir, avec en tête une véritable ouverture d’esprit et une volonté renouvelée de régler définitivement vos différents et de cesser la guerre fratricide qui se joue présentement afin que l’on puisse continuer d’aller de l’avant.


Signataires: Vincent Francois, président du Bloc Québécois Salaberry-Suroît, André Côté, président du Bloc Québécois de Beauce, Alain Bernier, président du Bloc Québécois Longueuil Charles-Lemoyne, Olivier Pouliot-Audet, président du Bloc Québécois Bellechasse-Les Etchemins-Lévis, Jean-Pierre Émond, président du Bloc Québécois de la Pointe-de-l'Île, Gaston Carmichael, président du Bloc Québécois de Gatineau, André Parizeau, président du Bloc Québécois d'Ahuntsic-Cartierville, Marthe Lapierre, présidente du Bloc Québécois de Shefford, Christian Rivard, président du Bloc Québécois d'Abitibi-Témiscamingue, Pierre-Alain Hoh, président du Bloc Québécois Beauport-Côte-de-Beaupré-Ile-d'Orleans-Charlevoix, Sophie Stanké, Julien Bousquet, membre de l'exécutif du Bloc Québécois Longueuil St-Hubert, Philip Lapalme, Barbara Hernandez, Keven Néron, Jean Bouchard, Julie Pagé et Emmanuelle Lanctôt.
11 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 28 février 2018 07 h 08

    Je parlais hier...

    à ma belle-fille d'indépendance, et je ne sais pas comment lui expliquer que le Québec ferait mieux que le Canada en termes de baisse de production de GES, par exemple. Les Québécois sont aussi attachés à leurs chars que les Canadiens, non? Alors, aidez-moi.

  • Jacques Lamarche - Abonné 28 février 2018 07 h 48

    Il faut un microbe pour contaminer! Puis des vecteurs pour le propager!

    Le nationalisme canadien a infecté le Québec de plusieurs virus, notamment celui de l'ouverture à l'autre, voire au monde, par l'anglicisation. Les sources d'infection, dont Radio-Canada et Gesca, ne manquent pas.

    L'indépendance, le pays, les pleins pouvoirs sur nos vies, voilà un rêve contagieux autant pour les jeunes que les vieux. Mais il faut que le virus puisse circuler, frapper partout dans la société! Or le microbe a peine à bouger, de gros canaux sont bloqués!

    Le discours souverainiste semble presque muselé, ou gravement infesté! Quand les jeunes en ont-ils, en bien, entendu parler!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 mars 2018 06 h 36

      Si l'ouverture à l'autre est un mal, je ne sais pas trop ce qu'il faut penser du remède. Heureusement, le mal ne semble pas trop se répandre au sein même des forces indépendantistes où tout le monde est en passe de devenir l'autre pour les ambitions de chacun.

  • Colette Pagé - Abonnée 28 février 2018 10 h 41

    Style abrasif résultat calamiteux !

    Se pourrait-il que Martine Ouellet ne soit pas la personne de la situation face à 7 députés solidaires sur 10 opposés à son style autoritaire. Pas facile de nos jours de diriger un parti qui a beaucoup de mal à trouver ses répères et à s'imposer à la Chambre des communes.

    Et pour dénouer l'impasse le jeune candidat dans Pointe-aux-Trembles à l'invesiture ne ferait-il pas un excellent remplaçant. Un jeune de la relève !

    • Claude Bariteau - Abonné 28 février 2018 12 h 48

      Passer de Beaulieu àLaporte, c'est du pareil au même. Les deux sont des indépendantistes promoteurs d'une nation pré-existante, ce qui fait d eleur démarche une aberration démocratique.

      Le problème du BQ est ailleurs. Il n'est pas dans le style de Mme Ouellette, mais sur le fond non pas entre la défense des intérêts du QUébec versus la promotion de l'indépendance, mais entre l'indépendance et quelque chose d'autre qui a des airs du passé et renvoient à un vieux rêve « nationaliste » d'un Québec fort dans un Canada uni, ce qui était sous-jacent au projet de « souverineté-association » de Lévesque chéri par Landry et Bouchard.

      Faut pas chercher ailleurs, car là est le probléme et les 7 dissidents actuels prônent cette approche en attendant de voir ce que fera le PQ d'ici les prochaines électiosn. S'il met le cap sur l'indépendance à préciser dans un premier mandat et que ça porte fruit en 2018, ils reviendront au bercail. Actuellement, ils craignent de ne pas être réélus en 2019.

      C'est tout.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 28 février 2018 16 h 00

    Je suis d'accord avec Réjean Parent :

    Le plus grand service que Martine Ouellet pourrait rendre au Bloc québécois, au Parti québécois et à la cause indépendantiste serait de quitter la vie politique sans tambour ni trompette, en se faisant oublier le plus vite possible. Ses bourdes et son entêtement l’ont conduite à un échec retentissant, qui met en péril l’existence même du BQ et qui torpille les efforts de remontée du PQ.

    Madame Ouellet a raison de dire que la crise qui secoue son parti trouve ses origines dans un conflit qui existait avant son arrivée, mais cela n’a rien de rassurant en soi. Au contraire, sa déclaration révèle surtout son incapacité à résorber les tensions et à mobiliser ses troupes dans une même direction.

    Sa venue à la tête du Bloc est le résultat d’un coup de force de la minorité de députés qui la soutient et qui avait précipité la course à la direction pour court-circuiter d’autres candidatures éventuellement plus intéressantes. Mario Beaulieu avait fait appel à Gilles Duceppe pour sauver la mise, lors de la dernière élection fédérale, mais il vivait difficilement avec la conception de celui-ci sur le rôle du Bloc à Ottawa.

    Devenu minoritaire au sein de la députation avec les Barsalou-Duval et Gill, Beaulieu a orchestré une habile prise de contrôle des instances du parti pour imposer Martine Ouellet, une indépendantiste radicale comme lui, qui fait fi de la réalité et démontre peu de pragmatisme.

    Le BQ ne s’est jamais tout à fait remis de la dégelée de 2011 et a vu sa base de militants se diluer au point d’une fragilisation qui a permis le gâchis actuel. Le redressement passe par le groupe majoritaire de députés et le délestage des boulets que sont devenues la chef et la députation minoritaire.

    La survie du parti n’est pas assurée, mais le maintien de Martine Ouellet garantit sa disparition.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 28 février 2018 17 h 01

    Je suis aussi d'accord avec Josée Legault :

    Pauvre Bloc québécois. Dix députés seulement et ça trouve encore le moyen de se payer des crises internes. Pendant qu’à quelques mois d’une élection cruciale, le Parti québécois croupit en troisième position, sept députés bloquistes tournent le dos à leur chef Martine Ouellet. Le tout, dans la foulée de la démission de Gabriel Ste-Marie, leader parlementaire du Bloc, pour cause de bris de confiance envers Mme Ouellet. Dans cette très mauvaise piécette, il faut dire que la chef tourne aussi le dos à la majorité de ses députés.

    Depuis son atterrissage à la tête du Bloc, la greffe ne prend tout simplement pas. Le « transparlementarisme » surréaliste de Mme Ouellet entre Ottawa et l’Assemblée nationale en hérissait déjà plusieurs. S’ajoute sa demande d’un salaire annuel de 100 000 $ à un parti aux moyens limités. Sans compter l’habitude gênante qu’a prise Mme Ouellet d’admonester ses propres députés sur la place publique.

    Pour le dire crûment, 70 % du caucus bloquiste ne veulent plus de Martine Ouellet comme chef. C’est la triste réalité d’un parti qui n’a pourtant pas le luxe de se payer une situation aussi périlleuse. Dans les faits, rien ne va plus au Bloc depuis la vague orange de 2011. À l’élection de 2015, son ex-chef Gilles Duceppe a repris du service le temps de sauver quelques meubles. Le problème est que la fondation est devenue extrêmement friable sur le plan politique.

    Le dernier désaccord entre Mme Ouellet et ses troupes en est l’illustration parfaite. Selon la chef, le Bloc doit être le fer de lance de l’indépendance. Pour la majorité des députés, il doit surtout défendre les intérêts du Québec. Or, ça fait un bail qu’il n’y a pas de combat indépendantiste au Québec. Pour qu’il reprenne, il faudrait que le PQ de Jean-François Lisée remporte deux victoires majoritaires, soit en 2018 et 2022. Vaste programme, comme dirait l’autre.

    À moins d’un revirement spectaculaire, un tel scénario est peu probable. (...)