La formation des infirmières, un aspect évacué dans le débat

«Un élément d’importance est peu mentionné, voire non considéré dans ce débat, celui de la formation de la relève des infirmières», selon les auteurs.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Un élément d’importance est peu mentionné, voire non considéré dans ce débat, celui de la formation de la relève des infirmières», selon les auteurs.

Depuis quelques semaines, l’organisation des soins est questionnée en raison de son impact négatif sur le personnel infirmier et les patients. En tant que témoins de cet impact, nous reconnaissons que nos collègues infirmières et infirmiers se trouvent dans un contexte limitant la dispensation de soins sécuritaires et de qualité, notamment en raison des heures supplémentaires obligatoires. Le discours entendu dans les médias pointe, outre l’organisation des soins, l’absence de ratios infirmières-patients comme élément explicatif de la situation d’épuisement vécue actuellement. Les études tendent à démontrer qu’un ratio minimal peut favoriser non seulement la qualité et la sécurité des soins, mais aussi la santé des soignants.

Or, un élément d’importance est peu mentionné, voire non considéré dans ce débat, celui de la formation de la relève des infirmières. Il n’est ici nullement question de dénigrer quelque niveau de formation que ce soit, mais bien de rappeler l’importance de la qualification en fonction des besoins de santé accrus et de plus en plus complexes de la population du Québec. Les soins sont dispensés en fonction des compétences acquises, et l’étendue de ces compétences varie en fonction de la formation reçue.

Précisons d’emblée que la grande majorité des pays occidentaux ont vu la formation requise pour exercer comme infirmière rehaussée à un niveau universitaire. Le Québec fait bande à part, et ce, bien qu’en 2012, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) ait, dans le mémoire intitulé « La relève infirmière du Québec : une profession, une formation », réitéré que le baccalauréat s’avère le niveau de formation optimal pour assurer la sécurité du public. Des études ont démontré qu’un nombre plus élevé de bachelières dans les équipes de soins est associé à une réduction des taux de morbidité et de mortalité des patients. Nos collègues de l’Ontario ont fait cette transition vers le baccalauréat, données à l’appui, il y a déjà plus d’une décennie, alors que les États-Unis visent un taux de 80 % de bachelières. Le Québec n’atteint que 42,1 % de bachelières, même si depuis le début des années 2000, certains milieux de soins exigent une formation universitaire pour y pratiquer. Pensons notamment aux soins communautaires et aux soins critiques.

Deux voies d’accès

Par ailleurs, en vue de favoriser l’accès aux soins de santé, les ministères de la Santé et des services sociaux et de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ont récemment uni leurs efforts afin de permettre, d’ici 2024-2025, la formation de 2000 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) détenant une formation supérieure. Pour arriver à cette cible, davantage d’infirmières bachelières sont inévitablement nécessaires.

Deux voies d’accès à la profession infirmière, d’une durée équivalente de cinq ans, sont privilégiées afin de rehausser la formation et l’étendue de la pratique au même niveau que d’autres provinces et pays : le programme de formation intégrée appelé DEC-BAC et le programme de baccalauréat initial à l’université comme celui qui est exigé pour plusieurs autres professionnels de la santé avec lesquels collaborent les infirmières. En dépit de ces possibles voies d’accès, l’appui à un rehaussement de la formation des infirmières tarde à venir. Plus largement, le rehaussement du niveau de formation de l’ensemble du personnel infirmier, qu’il s’agisse des infirmières, des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires, doit faire partie de la solution si l’on aspire à une organisation optimale des soins.

À titre de responsables de la formation de la relève, il nous apparaît essentiel que dans les discussions et les actions qui suivront, le Québec s’engage vers ce rehaussement. Les universités seront au rendez-vous et sont prêtes à collaborer avec les autres paliers de formation, secondaire ou collégial, pour concrétiser ce changement qui contribuera à la santé de nos patients, à celle de nos infirmières et à l’amélioration de notre système de soins et services au Québec.

* Lettre signée également par Sylvain Brousseau, inf., Université du Québec en Outaouais ; Sylvie Cardinal, inf., Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ; France Cloutier, inf., Université du Québec à Trois-Rivières ; Anita Gagnon, inf., Université McGill ; Mireille Lavoie, inf., Université Laval ; Daniel Milhomme, inf., Université du Québec à Rimouski ; Marie Tremblay, inf., Université du Québec à Chicoutimi.

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2 commentaires
  • Marguerite Paradis - Inscrite 28 février 2018 08 h 15

    UNE FORMATION TECHNIQUE DE QUALITÉ

    Encore une autre fois, on multiplie l'offre de formations sans se poser la question de sa pertinence.
    Continuons à donner au cégep les moyens de faire son bon travail de formation en technique infirmière.

    L'université devrait être le lieu de formation conttnue ou de spécialisation.

  • Jean-François Trottier - Abonné 28 février 2018 15 h 34

    Il faut mettre les boeufs devant la charrue, que je sache

    Tant que les infirmières formées à l'université recevront aussi peu en salaire, je ne vois pas pourquoi leur nombre pourrait augmenter... et c'est encore plus vrai pour les IPS.
    Pourquoi perdre trois, voire cinq ans en études, pour une différence minime ?

    Et par la suite, quand les IPL arrivent dans un hôpital, comment sont-elles reçues par les médecins ?

    Combien de temps encore devront-elles se battre pour avoir des responsabilités correspondant à leurs capacités ?

    C'est bien gentil de vouloir imposer une norme, mais encore faudrait-il qu'elle corresponde à une certaine réalité.