Médecins, nous n’avons pas honte de notre profession

Les propos péjoratifs sur le salaire des médecins se répercutent dans la relation des médecins avec leurs patients, mais également chez l’ensemble du corps médical, touchant même les étudiants en médecine, se désole l'auteur. 
Photo: iStock Les propos péjoratifs sur le salaire des médecins se répercutent dans la relation des médecins avec leurs patients, mais également chez l’ensemble du corps médical, touchant même les étudiants en médecine, se désole l'auteur. 

Ces dernières semaines, le salaire des médecins et les hausses négociées par la FMSQ et la FMOQ font les manchettes, de manière plutôt négative. En effet, l’enjeu salarial des médecins semble indissociable de la pratique médicale en soi. On voit d’ailleurs apparaître depuis quelques années, et d’autant plus à la lumière des dernières négociations menées entre le MSSS et les fédérations médicales, le fameux «Doctor Bashing». Les propos péjoratifs se multiplient et se répercutent concrètement dans la relation des médecins avec leurs patients, mais également chez l’ensemble du corps médical, touchant même les étudiants en médecine.

Certains d’entre vous ont possiblement lu récemment une lettre publiée dans Le Devoir où un étudiant affirmait sa honte envers la communauté médicale québécoise. Plusieurs médecins sont également sortis dans les médias dans la même lancée, critiquant les ententes conclues par le gouvernement et les syndicats médicaux.

Loin de nous est l’idée de critiquer les positions défendues par ceux qui dénoncent la situation ni le travail réalisé par ces syndicats. Toutefois, la Fédération médicale étudiante du Québec, qui représente la voix des 4200 étudiants et étudiantes en médecine de la province, désire clarifier une chose: les étudiants de la province n’ont pas à avoir honte de la profession qu’ils ont choisie.

Nous n’avons pas honte de notre profession, car pour nous la médecine n’est pas un acte à facturer, mais bien une vocation. Nous n’avons pas honte de consacrer plus de 10 années d’études, d’effectuer de longues heures de stage, de sacrifier d'innombrables soirs et fins de semaine pour nos gardes et d’étudier pour nos examens avec le temps qu’il nous reste, car nous nous réalisons personnellement et professionnellement dans nos études et nos stages. Nous n’avons pas honte de pratiquer la médecine, car le contact que l’on noue avec nos patients, le fait de supporter une personne alors qu'elle se retrouve dans une situation d'extrême vulnérabilité et de lui apporter parfois juste une lueur de réconfort, c’est ce qui nous confirme que nous avons choisi le métier qui nous passionne. Nous sommes fiers d’enfiler notre sarrau blanc jour après jour, car nous désirons nous investir pour défendre la santé de la population et pour contribuer au futur de notre profession. Et ce message, il est partagé par l’ensemble de la communauté médicale.

Certains nous trouveront optimistes voir naïfs. Mais si nous devenons cyniques envers l’avenir de notre profession, nous ne pourrons consentir avec le même degré d’engagement aux sacrifices que notre formation exige. Et c’est la population qui en sera perdante. Nous désirons rappeler à tous que les étudiants en médecine ne sont pas là pour compter les billets, mais bien pour se donner corps et âme à leur vocation : vous soigner. La FMEQ est d’avis qu’il doit y avoir un débat plus ouvert concernant la rémunération des médecins, mais nous demandons à ce qu’il reste respectueux envers chacune des parties, autant au sein du corps médical que sur la place publique. Réfléchissions ensemble sur l’avenir du système de santé, plutôt que de tirer toujours plus fort chacun de notre côté. Faisons-le pour nos patients.

6 commentaires
  • Bernard Dupuis - Abonné 27 février 2018 11 h 38

    Les mythes relatifs à la profession médicale

    La profession médicale comporte ses propres mythes. En effet, les étudiants en médecine se font dire par leurs parents, leurs professeurs et les médias qu’ils sont l’élite dans une conception hiérarchique de la société.

    Premièrement, ils se voient au sommet d’une hiérarchie scolaire. L'auteur parle ici des dix ans d’études des médecins. Le problème c’est que les médecins ne sont pas les seuls à « consacrer » dix ans d’études pour pouvoir pratiquer leur profession. Toutefois, ils semblent qu’ils sont les seuls et que les autres qui le font , ingénieurs, historiens, physiciens, biologistes, philosophes, etc., font des études qui impliquent beaucoup moins de difficultés et de valeurs. Je connais quelques personnes qui ont vingt-trois ans de scolarité, mais ne sont pas médecins et ne se voient pas dans le mythe de la société hiérarchique.

    La seconde hiérarchie qui fait problème est celle des « sacrifices » dont les médecins seraient les champions. Ils croient au mythe qu’ils sont les seuls à effectuer « de nombreuses heures de stages, de sacrifier d’innombrables soirs et fins de semaine… » Ce baratin apparaît comique pour les autres étudiants qui doivent eux aussi étudier pour préparer leurs examens et leurs exigences professionnelles.
    La troisième hiérarchie qui les concerne et eux-seuls est celle de l’immortalité. Parce qu’ils sauvent potentiellement des vies, mais sans obligation de résultat, ils se croient eux-mêmes immortels. Pourtant, ce n’est pas parce qu’ils sont médecins ou étudiants en médecine qu’ils ne vont pas mourir un jour. Comment font-ils pour regarder la mort des autres avec une telle condescendance? Comment certains font-ils pour instrumentaliser la maladie et la mort pour en tirer autant de profits financiers?

    Nos sociétés démocratiques ne comptent plus autant de hiérarchies comme au temps de la monarchie. Toutefois, elle n’a pas réussi à abolir toutes les hiérarchies et celles des médecins en sont une belle illustration.

    Bernard Dupuis

  • Maxime Morin-Lavoie - Inscrit 27 février 2018 13 h 06

    Réponse directe à Bernard Dupuis

    M Bernard Dupuis,
    Ce que vous amenez dans votre commentaire est intéressant. Il fut un temps (pas si lointain) où l'éducation médicale passait par l'extrême valorisation de la profession. La conception du médecin se faisait surtout selon une idée paternaliste. Cette idée d'un « bon médecin » n'était pas seulement véhiculée par les médecins eux-mêmes, la population y adhérait à divers degrés.

    Néanmoins, depuis quelques années, on assiste à un renversement de ce paradigme et on tombe dans l'autre extrême: celui de la dévalorisation. De plus en plus, on dévalorise les médecins (je ne dis pas que ce n'est pas en partie leur faute) et on utilise l'argument de leur salaire pour leur retirer tout droit de se défendre. Je crois, M. Dupuis, que vous avez mal saisi l'intention du message de la Fédération médicale étudiante du Québec. Ils ne tentent pas d'élever la profession médicale au-dessus des autres (il n'y a aucune mention d'une autre profession dans cette lettre) ni même de justifier la hausse salariale. La lettre répond au malaise que certains étudiants en médecine éprouvent en voyant les commentaires péjoratifs et même irrespectueux qui s’affichent à profusion dans les réseaux sociaux. C’est très malheureux que vous profitiez de la tribune de cette lettre pour qualifier les étudiants en médecine de condescendants, alors que la lettre fait elle-même appel au respect et à la critique constructive dans ce débat. Tout comme les infirmières, les préposés aux bénéficiaires, les technologues de laboratoire médicales et les nombreux autres, nous avons le droit d’aimer notre profession et de nous y engager avec fierté.

    M. Dupuis, ce n’est pas en contribuant au « Dr Bashing » que nous pourrons trouver la solution à l’importante crise que vit présentement notre système de santé. Le débat sur la rémunération des médecins DOIT être fait, mais il exige que les différents partis demeurent respectueux et constructifs.

    Maxime Morin-Lavoie
    Un étudiant fier d’être en médecin

    • Bernard Dupuis - Abonné 27 février 2018 16 h 03

      M. Morin-Lavoie.

      Il est vrai que relativement à ce qui se passe dans notre société, en lien avec la politique d’austérité du gouvernement libéral suivi presque immédiatement d’un règlement en rapport avec la rémunération de la profession médicale, celle-ci est bien malmenée. Ce qui m’apparaît des plus malheureux. Toutefois, comment expliquer qu’un gouvernement se comporte de la sorte et que bien peu de médecins s’offusquent d’une telle politique?

      J’ai soulevé le problème de ce que j’appelle la « hiérarchie scolaire ». Il est évident que les médecins passent par une scolarité longue et des plus ardues. Toutefois, ce n’est pas parce que cette scolarité est exigeante qu’il faut que votre association s’en serve pour laisser entendre continuellement que les médecins seraient les seuls au sommet d’une sorte de hiérarchie scolaire. Je veux bien que la profession médicale soit valorisée, mais éviter d’utiliser l’argument des « dix ans de scolarité » comme s’il s’agissait de quelque chose de propre aux médecins. D’ailleurs, les médecins généralistes n’ont l’équivalent que d’une maîtrise qui correspond à dix-huit ans de scolarité dans les autres professions.

      Lorsque j’ai parlé de condescendance relativement au reste de la population, je ne sais pas si j’ai bien choisi mon mot et si je n’ai pas exagéré quelque peu. Toutefois, à la lecture d’une phrase comme celle-ci : « Mais si nous devenons cyniques envers l’avenir de notre profession, nous ne pourrons consentir avec le même degré d’engagement aux sacrifices que notre formation exige. Et c’est la population qui en sera perdante » mon sang n’a fait qu’un tour. On pourrait voir derrière cet énoncé quelque chose de pire que de la condescendance : une forme de chantage. Que signifie cette remarque? Que la réaction actuelle de la population est décourageante? Ou bien que si la population n’est pas plus raisonnable, elle en paiera le prix? J’espère que la deuxième interprétation n’est que virtuelle. Cependant, il faudrait

    • Bernard Dupuis - Abonné 27 février 2018 16 h 06

      M. Morin-Lavoie, (suite et fin)

      Cependant, il faudrait éviter de l’utiliser comme argument en faveur de la revalorisation de la profession médicale, car l’ambiguïté est quelque peu réelle.

      Il ne s’agit pas de dénigrer la profession médicale, mais bien d’essayer de comprendre le malaise qui l’entoure de nos jours.

      Bernard Dupuis, 27/02/2018

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 27 février 2018 16 h 19

    De la condescendance et du ressentiment

    Qu'il y ait des gens qui trouvent dans l'exercice de la profession médicale une occasion d'instaurer un rapport condescendant avec leurs semblables, cela va de soi. Cela juge ces personnes et non la profession qu'elles exercent. Comme nous avons avec nos docteurs une relation toute spéciale, nous développons naturellement une allergie à l'encontre de ce genre d'attitude. Je la salue, la partage et la pratique. Mais elle exige une part de discernement et de bienveillance qui manquent aux propos de monsieur Dupuis, qui s'accorde précisément le genre de privilège d'office (le client qui a toujours raison) qu'il conteste à ces jeunes gens en dépit qu'ils ne le réclament justement pas !

  • Monique Girard - Abonnée 27 février 2018 17 h 21

    Débat nécessaire!

    Le débat actuel sur la profession médicale est nécessaire. Il ne s'agit pas d'avoir honte d'étudier ou de pratiquer la médecine.
    Cependant, ne serait-ce pas que la statue avait besoin d'être déboulonnée?
    On ne se cachera pas que les médecins ont toujours eu un statut spécial dans notre société et il est peut-être temps qu'ils soient tout simplement considérés comme des êtres humains pratiquant une profession qu'ils ont eux-mêmes choisis en toute liberté. En plus, le Québec leur permet d'être formés selon des frais de scolarité très abordables comparativement à l'Ontario et aux États-Unis.
    Je suis tout à fait d'accord avec monsieur Dupuis à l'effet qu'ils ne sont pas les seuls à faire de longues études. Pensons aux personnes qui font des doctorats en mathématique, en physique, en chimie etc. Encore une fois, personne ne les a obligés ni maltraités pour qu'ils entrent en médecine. Il s'agit d'un libre choix. Ils font un travail certes valorisant mais un travail qu'ils se pourraient pas exercer sans l'apport d'autres professionnels tels les infirmières. Je voyais récemment certains commentaires de citoyens qui disaient que les médecins sauvent des vies. Oui, dans certains cas mais pas dans tous les cas. Encore là, ils ne sont pas les seuls. Pensons aux pompiers, policiers et aux ambulanciers quii eux aussi sauvent des vies. Bref, demeurons respectueux certes mais lucides. Nous sommes tous mortels!