L’image internationale du sport russe dans la tourmente

Le skieur Ilia Burov reçoit sa médaille de bronze lors des Jeux de Pyeongchang. Quand des athlètes russes obtiennent des médailles à Pyeongchang, celles-ci sont attribuées aux «athlètes olympiques de Russie», souligne l'auteur. 
Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse Le skieur Ilia Burov reçoit sa médaille de bronze lors des Jeux de Pyeongchang. Quand des athlètes russes obtiennent des médailles à Pyeongchang, celles-ci sont attribuées aux «athlètes olympiques de Russie», souligne l'auteur. 

Alors que se terminent les Jeux olympiques d’hiver en Corée, et à quelques semaines du premier tour des élections présidentielles en Russie, le 18 mars, la Coupe du monde de football paraît encore loin. Elle aura toutefois une importance cruciale pour l’image du sport russe. Accueillie par la Fédération de Russie du 14 juin au 15 juillet 2018, elle placera le pays sous les yeux des médias internationaux pour plusieurs semaines au moment même où le sport de haut niveau russe affronte une crise d’image. Le match se joue en trois manches.

1re manche : le bilan mitigé des JO de Sotchi en 2014

La 23e édition des JO d’hiver a été conçue comme une manifestation de prestige pour le sport en Russie. Elle s’est toutefois soldée par un bilan en demi-teinte. Sur le plan sportif, le succès a été éclatant : avec 33 médailles à l’issue de la compétition, la Russie s’est classée au premier rang du tableau des médailles. De même, les installations sportives et les festivités ont impressionné la planète par leur faste.

C’est après coup que le bilan des JO de Sotchi s’est terni. Sur le plan diplomatique, les Jeux olympiques ont pâti de l’absence de chefs d’État occidentaux, qui n’avaient pas fait le déplacement afin de manifester leur désaccord avec l’action de la Russie en Ukraine. En outre, les controverses sur les droits des LGBT, sur les coûts financiers et environnementaux ainsi que sur l’annulation du G8 prévu à Sotchi dans la foulée des JO ont achevé d’éclipser la fête olympique.

2e manche : Pyeongchang, les Jeux de l’isolement

Pour le sport russe, les JO d’hiver 2018 sont bien sombres. En effet, ni le drapeau ni l’hymne russes ne sont présents. Et plusieurs stars russes manquent à l’appel. Lors de la cérémonie d’ouverture des JO, la délégation russe a défilé dans le stade olympique sous la bannière du Comité international olympique (CIO) ; quand ses athlètes obtiennent des médailles, celles-ci sont attribuées aux « athlètes olympiques de Russie ».

Le CIO a frappé le mouvement olympique russe de plusieurs sanctions : en raison des conclusions de rapports sur le dopage, il a retiré aux athlètes russes et au Comité olympique russe 11 des 33 médailles remportées par la Russie aux JO de Sotchi. Et, le 5 décembre 2017, la commission exécutive du CIO a suspendu le Comité olympique russe.

On peut attribuer ces sanctions sportives à une campagne antirusse prolongeant dans le domaine sportif les sanctions dont la Russie fait l’objet sur les plans économique et diplomatique à la suite de son action en Ukraine. On peut au contraire considérer ces sanctions comme la volonté de rompre avec le dopage d’État en Russie et ailleurs. Il n’en reste pas moins que ces JO d’hiver sont désastreux pour l’image internationale du sport russe.

Non seulement ces JO ne sont pas la vitrine coutumière de l’excellence russe en matière de sport d’hiver, mais, de façon générale, le sport russe est discrédité durablement dans l’esprit des profanes comme des commentateurs sportifs avertis. La Russie est reléguée loin dans le classement des médailles. Pourtant, à l’inverse des JO de Sotchi, cet épisode douloureux peut être celui du rebond pour le sport russe, surtout s’il se double d’une Coupe du monde de football réussie en Russie.

Dernière manche : effacer les JO grâce au football ?

Pour le sport de haut niveau en Russie, les raisons d’espérer ne sont pas négligeables : d’une part, par construction, la réputation des athlètes russes ayant remporté des médailles aux JO d’hiver 2018 ne pourra pas être ternie dans la mesure où ces derniers sont soumis à des procédures antidopage extrêmement rigoureuses. D’autre part, les responsables des pratiques de dopage ont été écartés des instances dirigeantes du sport russe. Mais surtout, en matière d’exposition médiatique, la Coupe du monde de football est sensiblement plus importante que celle des JO d’hiver. En Afrique et en Amérique du Sud, au Moyen-Orient et en Asie du Sud, la Coupe du monde de football sera bien plus regardée que les Jeux d’hiver de Corée.

Quels sont donc les enjeux de la Coupe du monde de football ?

Le premier but sera de redorer la réputation de la Russie et d’attirer le plus grand nombre possible de spectateurs occidentaux. La Russie a fait des efforts en ce sens. Le pays a en effet fait construire ou rénover 11 stades et a transformé Moscou au risque de susciter des manifestations de mécontentement. Les autorités publiques ont mis en place un « passeport du supporteur » qui favorisera les déplacements en métro et en train des supporteurs durant la compétition.

Le deuxième but sera de montrer la prospérité et la confiance retrouvées d’un État en butte à des sanctions économiques et financières ayant subi une crise grave. L’économie russe, plongée dans la récession notamment en raison de la chute des prix des hydrocarbures et des sanctions, vient tout juste de se rétablir. Toute la question est aujourd’hui celle de la stratégie de la Russie au mitan de 2018, au moment où l’Union européenne examinera la possibilité de lever partiellement ou complètement les sanctions, en même temps qu’elle analysera la mise en oeuvre du cessez-le-feu en Ukraine, en vertu de l’accord dit « Minsk II ». La Russie choisira-t-elle l’apaisement et la reprise du dialogue, notamment pour attirer des délégations allemandes, françaises, américaines, etc. de haut niveau ?

La même question se pose en politique intérieure : les autorités russes mettront-elles l’accent sur la sécurité, la lutte antiterroriste et la pression sur les forces d’opposition ? Ou bien souhaiteront-elles montrer un visage avenant pour les opinions occidentales en laissant l’opposition s’exprimer ?

Apaisement ou rupture ? Les symboles et les signes seront à scruter quelques mois après la réélection, pour la quatrième fois, de Vladimir Poutine à la présidence de la Fédération de Russie, probablement au premier tour, le 18 mars 2018.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.