Immigration et fardeau excessif: guérissons un système malade

Chaque année, des familles entières de travailleurs et travailleuses et/ou de diplômés voient malheureusement, et bien malgré elles, leurs demandes refusées sur la base de l’état de santé d’un proche.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chaque année, des familles entières de travailleurs et travailleuses et/ou de diplômés voient malheureusement, et bien malgré elles, leurs demandes refusées sur la base de l’état de santé d’un proche.

Le 15 février dernier, le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, annonçait qu’il comptait mettre en place, d’ici le 12 avril 2018, un plan visant à amender les dispositions légales et réglementaires qui touchant l’interdiction de territoire d’une personne immigrante pour fardeau excessif sur les services sociaux et médicaux canadiens, politique d’immigration qui, année après année, constitue un frein à l’immigration de centaines de familles au pays. En réponse à cette révision ministérielle plus que bienvenue, nous affirmons que la seule option possible est d’abroger cette inadmissibilité médicale afin que nos politiques d’immigration se conforment aux valeurs et à l’humanisme canadiens et que le pays cesse ainsi de se priver de milliers d’immigrants qualifiés et désireux de participer au développement de notre société.

De 2008 à 2012, ce sont plus de 5000 demandes d’immigration qui ont été rejetées sur la base d’une inadmissibilité médicale au Canada, et ce chiffre continuera certainement d’augmenter sans l’abrogation complète du régime d’inadmissibilité médicale par le gouvernement. De ce nombre, on compte des interdictions de territoire à l’encontre d’enfants autistes ou souffrant d’une déficience intellectuelle, de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de sclérose latérale amyotrophique (SLA), etc. Des personnes vivant avec le VIH se voient également interdites de territoire, et ce, alors même qu’il n’existe aucune barrière à leur participation active à l’essor humain et économique du pays. Dans la majorité des cas, ce sont des familles entières de travailleurs et travailleuses et/ou de diplômés qui voient malheureusement, et bien malgré eux, leurs demandes refusées sur la base de l’état de santé d’un proche.

Contribution à la vitalité économique

À titre d’exemple, en 2017, pour obtenir la résidence permanente, une famille avec un enfant autiste devait soit démontrer qu’elle possédait des actifs financiers d’une valeur oscillant entre 180 000 $ et 230 000 $, prouvant ainsi qu’elle pourrait subvenir aux besoins de l’enfant pour les 10 prochaines années, ou encore, elle devait soumettre un plan d’atténuation qui permettrait d’annuler l’impact qu’aurait l’enfant sur l’ensemble du système public, un exercice qui s’avère particulièrement ardu. Pour sa part, le service VIH Info-droits de la COCQ-SIDA a reçu et continue de recevoir de nombreux appels de personnes vivant avec le VIH qui désirent immigrer au Québec et contribuer à la vitalité économique de la province et du pays. Malheureusement, en raison du régime actuel, leur statut sérologique et le traitement qu’il nécessite seront considérés comme constituant un fardeau excessif et dans la majorité des cas, leur demande d’immigration sera refusée.

Nous sommes d’avis que cette restriction actuelle est incompatible avec les valeurs canadiennes, lesquelles comprennent notamment l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la société. Le régime d’interdiction de territoire actuel fondé sur la notion de fardeau excessif doit tout simplement disparaître. Une révision des modalités du régime actuel ne constituerait rien de plus qu’une simple reconfiguration des politiques d’exclusion en vigueur. L’augmentation du seuil de fardeau excessif, pour sa part, ne ferait que perpétuer la marginalisation d’une partie plus vulnérable de la société, n’amplifiant que davantage le malaise sociétal devant cette grave discrimination.

Nous rappelons que les familles et individus visés par cette interdiction de territoire ont d’abord été sélectionnés par le Canada ou l’une de ses provinces. Ainsi, ils et elles ont réussi à se qualifier suivant des critères d’admission stricts tels que la langue, l’éducation, l’expérience de travail, l’âge, les actifs financiers, etc. Ces indicateurs démontrent que ces individus et ces familles participeraient activement et rapidement à l’économie canadienne. Il est donc grand temps que le handicap ou la condition médicale ne fasse plus obstacle à leur immigration ou à celle de leurs proches au Canada. Guérissons donc rapidement notre système d’immigration devant une politique discriminatoire et manifestement malade.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 février 2018 06 h 21

    Non merci


    Notre occupation militaire passée en Afghanistan, nos bombardements des villes densément peuplées de Syrie, nos ventes de chars d’assaut à l’Arabie saoudite et notre apartheid juridique à l’égard de nos premières nations devraient nous faire réaliser que les ‘valeurs humanistes canadiennes’ sont du domaine des relations publiques. Au même titre que les égoportraits sympathiques de notre premier ministre.

    Dans un proche avenir, l’État canadien pourrait devoir réduire le fardeau fiscal des entreprises afin de suivre l’exemple américain

    De plus, les États-Unis pressent les membres de l’OTAN de consacrer 2% de leur PIB aux dépenses militaires (au lieu du 1% actuellement pour le Canada), ce qui représente 15 milliards$ de plus annuellement en dépenses militaires.

    Sur les 250 milliards$ de dépenses fédérales, la majorité de cette somme est incompressible. Pour accroitre les dépenses militaires de quinze-milliards$, le choix de l’État fédéral sera entre hausser de beaucoup la fiscalité des particuliers ou effectuer des coupures draconiennes dans les postes budgétaires autres que celui de la Défense nationale.

    En tant qu’avocats, M. Cliche-Rivard et Mme Pelletier-Marcotte font partie de ce 1% qui auront les moyens de se faire soigner dans des cliniques privées lorsque le système public sera encore plus engorgé qu’il ne l’est actuellement en raison du fait que le Canada sera devenu un refuge de tous les personnes handicapées de la terre.

    Pour toutes ces raisons, j’encourage les auteurs richissimes à parrainer toutes les personnes qu’ils jugeront appropriées. Ce faisant, ils devront assumer tous les coûts médicaux de leur prise en charge. Mais je ne vois pas pourquoi ils demandent aux autres contribuables de payer le prix de leurs nobles principes humanitaires.

    • Serge Pelletier - Abonné 23 février 2018 10 h 22

      OK pour les deux derniers paragraphes.
      De plus, ses chers avocats signataires de l'opinion vivent grassement aux crochets des tarifs qui sont versés par l'Aide juridique,,,

      Quant à vos autres paragraphes, il s'agit opinions non fondées. Le Canada n'a jamais occupé l'Afghanistan - il s'agissait d'une mission autorisée par l'ONU, le Canada n'a jamais bombardé de villes densément peuplée de Syrie (ça ce sont les russes), Ce ne sont pas des chars d'assaut canadiens en Arabie SAoudite, mais des véhicules légers blindés (droit de patente de la police en Afrique du Sud)...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 février 2018 13 h 47

      À Serge Pelletier :

      Né d’Al-Qaida en Irak (alors presque complètement décimé), l’État Islamique a été armé et financé par deux alliés de la Coalition internationale dont le Canada fait partie; l’Arabie saoudite et le Qatar. Et c’est un troisième allié du Canada, la Turquie, qui a été la plate-forme opérationnelle de cette guerre.

      À l’automne 2015, lorsque la Russie décide d’intervenir directement en Syrie, le conflit a déjà fait 350,000 morts, 7 à 12 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, en plus des 4 millions d’émigrés. Ce beau bilan est le fruit de l’intervention de l’Occident (dont le Canada) dans les affaires intérieures de la Syrie.

      Des 10,500 frappes occidentales (dont celles du Canada), seulement 2% ciblaient les installations pétrolières de l’État Islamique. Le reste (98%) participait à cette destruction minutieuse et systématique du pays auquel la ‘mission’ canadienne était complice.

      Bref, le rôle du Canada dans ce drame humanitaire (le pire depuis la Deuxième Guerre mondiale) est une honte.

      Pour terminer, voici les ‘véhicules légers blindés’ (comme vous dites) que le Canada vendra à la dictature saoudienne :
      http://jpmartel.com/blogue_2016/VBL%20III.jpg

  • Cyril Dionne - Abonné 23 février 2018 18 h 38

    Bien d'accord avec vous M. Pelletier sur les deux derniers paragraphes de M. Martel.

    Ceci étant dit, nous ne sommes pas la conscience du monde. Si des opportunistes (voir les avocats en immigration) veulent subventionner des gens qui sont un fardeau pour toute société d’accueil, bien bon leur fasse. Mais qui le fasse à leurs frais uniquement. C’est toujours plus facile d’être généreux avec l’argent des autres.

    Faudrait-il rappeler à nos biens pensants et donneurs de leçons qu’il y a plus de 29 000 enfants qui meurent à tous les jours de causes évitables (sources : UNICEF). Évidemment, ils ne sont pas là parce qu’il n’y a aucun argent à faire. Au lieu de jouer les âmes pures, ils devraient plutôt s’attabler à tout faire pour éviter la surpopulation de la planète qui est la cause de tous les maux qui accablent l’humanité, y compris le réchauffement climatique, la destruction des écosystèmes sans parler des guerres d’attrition et des famines.