La violence du néolibéralisme à la québécoise

Donald Trump et sa clique incarnent si bien le Mal qu’on en oublie presque l’incroyable violence économique et sociale que les citoyens du Québec ont subie ces dernières années, estime l'auteur. 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Donald Trump et sa clique incarnent si bien le Mal qu’on en oublie presque l’incroyable violence économique et sociale que les citoyens du Québec ont subie ces dernières années, estime l'auteur. 

En une année seulement, Donald Trump est devenu la figure à honnir dans la sphère médiatique au Québec. Pas un jour ne passe sans que Trump soit présenté, spécialistes à l’appui, comme une forme d’antéchrist. Incarnation du Mal, parole débridée, symbole de la folie, le 45e président des États-Unis est à l’origine de tous les maux.

À l’inverse, l’ancien président, Barack Obama, est aux portes de la sainteté, tout comme Bill Clinton, son épouse, Michelle Obama, et tous ceux qui incarnent le centre et la droite du Parti démocrate, aux commandes du parti depuis le milieu des années 1980, et la défaite cuisante du libéralisme classique (intervention de l’État dans l’économie, redistribution des richesses, discrimination positive, etc.) avec la déconfiture de Walter Mondale aux élections de 1984 contre un Ronald Reagan tout-puissant.

Je ne reviendrai pas ici sur les nuances qu’il faudrait apporter pour bien prendre la mesure des présidences Clinton et Obama, dont les atermoiements et les compromissions (réformes néolibérales de l’aide sociale, mensonges et scandales sexuels, politiques économiques favorables aux multinationales, guerre en Syrie, politique de santé qui favorise le marché privé, exploitation du pétrole, par exemple) expliquent en partie le triomphe de Donald Trump et, à travers lui, du mensonge, de l’excès, et de l’Amérique d’abord. On me reprocherait probablement mes opinions d’historien de gauche.

Solutions néolibérales

J’aimerais surtout insister sur un point qui me frappe à l’aube des élections générales à venir et du triomphe annoncé du PLQ/CAQ, ce parti à deux têtes qui ne fait qu’adapter les solutions néolibérales appliquées de l’autre côté de la frontière depuis le début des années 1980. Trump et sa clique incarnent si bien le Mal qu’on en oublie presque l’incroyable violence économique et sociale que les citoyens du Québec ont subie ces dernières années. Bien sûr, quelques chaînes humaines se sont formées pour défendre les écoles publiques, mais la compétition entre ces mêmes écoles est cautionnée par le plus grand nombre d’entre nous. Nous avons accepté, ici et là, de mettre en place des fondations pour combler le manque de financement public. Nous nous indignons, bien sûr, en même temps que cette infirmière écrasée par le système, mais nous avons accepté le dogme de l’équilibre budgétaire et l’argument selon lequel il serait indigne de passer la dette à nos enfants et petits-enfants. Nous avons accepté l’affaiblissement de l’État québécois, les hausses de tarifs, les classes surchargées à l’université ; nous nous sommes résignés aux augmentations de salaire des médecins alors que les plus pauvres, bénéficiaires de l’aide sociale, ont été stigmatisés. Nous avons accepté la reddition de comptes, la course aux résultats.

Oui, Trump est un président indigne de ses fonctions, mais les contre-pouvoirs (Cour suprême, Congrès, Parti républicain divisé, États fédérés, la société civile) à sa folie politique sont réels et les résistances sont en marche. Je m’interroge, à l’inverse, sur l’absence de réels contre-pouvoirs de ce côté-ci de la frontière. Depuis le Printemps érable, dans quelle mesure nous sommes-nous collectivement levés contre la violence que nous avons subie ? Pour dénoncer les coupes aveugles, pour refuser l’épuisement psychologique, pour rappeler la corruption, pour proposer un projet de société digne de ce nom ? L’exceptionnel est devenu la norme. La suite est déjà écrite : les impôts doivent baisser, l’État n’aura d’autre choix que de revoir ses priorités. Le PLQ/CAQ peut remercier Trump pour ses dérives, car elles permettent, ici, de normaliser et de masquer la violence du néolibéralisme à la québécoise et de creuser, un peu plus chaque fois, les inégalités.

8 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 23 février 2018 09 h 13

    Néolìbéralisme et colonialisme vont de pair


    Voter pour le PLQ ou la CAQ signifie consentir au statut quo, c'est à dire pour le maintient du colonialisme.

    C'est bien de cela qu'il faut parler, discuter et bien comprendre aujourd'hui à l'heure de la modialisation.

    Les différents gouvernements de l'occident (sauf exception)? sont maintenants subordonnés aux multinationnales et autres puissants du monde financier via les différents traités de libres-échanges. Les fonds publics sont détournés aux profits du privé. D'où la diminution constante des services à la population comme la santé. l'éducation, la justice etc. C'est ce que la «Sociale démocratie» maintenant disparue, nous avait apporté au temps de René Lévesque et Jacques Parizeau.

    Le néolibéralisme où la mondialisation ne sont rien d'autre que du colonialisme à grande échelle. «Le Canada est le parfait exemple d'un projet colonial réussi»! Alain deneault

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 février 2018 11 h 23

      Effectivement. Nous sommes plus maitres chez nous. Nous avons cédé notre souveraineté aux multinationales qui nous dictent maintenant comment vivre et quoi faire. C'est ce que le célèbre Alain Deneault appelle: «le totalitarisme pervers des multinationales depuis le XXe siècle.» Ce sont les multinationales, aujourd'hui, qui soumettent nos gouvernements à leurs lois, pour s'assurer que c'est la loi du marché, la loi de la concurrence, la loi de la privatisation, devenue l'autorité souveraine.
      Avant, on s'incliné devant la loi des églises, maintenant on se conforme au nouveau dieu d'un marché débridé de tout sens moral ou éthique. C'est un gouvernement invisible de ploutocrates, non élus, qui nous imposent leurs lois.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 février 2018 10 h 32

    Plus on s'informe de Trump,meme involontairement,

    plus on réalise son inculture,son ignorance,son inaptitude,son égocentrisme,son populisme de bas-étage bref sa toxicité.
    Et sans grand effort on peut presque l'appliquer entierement aux deux niveaux de gouvernements qui nous dirigent
    actuellement et en plus au Québec nous sommes colonisés.C'est de toute beauté!!!!

  • Michel Blondin - Abonné 23 février 2018 11 h 07

    Sans âme la CAQ serait autant corrompu. Mais comment?

    Dans un monde globalisé, l’impact des politiques économiques du gouvernement du Québec est aisément contré par celles du Canada, des autres provinces et bien sûr de l’éléphant qu’est le voisin au sud.
    Il y a des multitudes de façons de concevoir l’économie. Le néolibéralisme du PLQ est centré sur l’équilibre budgétaire à tout prix. Il le fait en réduisant les dépenses à l’os tout en oubliant d’augmenter les revenus venant des entreprises et du monde de la finance. Il consent ses largesses à l’entreprise et à la classe des élites canadiennes.
    Le PLQ mise politiquement et injecte ses investissements dans l’entreprise en croyant que ce dernier créera de la richesse. Nos taxes pour la grosse part du budget servent à la mise en place d’une politique économique canadienne fondée sur la corruption et le favoritisme.
    La CAQ n’a rien fait, n’a jamais été à la gouverne. Ses intentions sont dans le sens de couper les dépenses et favoriser l’entreprise. Son néolibéralisme est plus dangereux puisqu’il semble croire que les résultats seront une meilleure gouvernance, plus performante en étant plus rigoureux. Ses annonces sont autant de clés de ses intentions qui vont dans le même sens que le PLQ.
    Dans les deux cas, il manque l’ingrédient principal, un sens politique global sur la politique économique. Couper pour couper, équilibrer les finances pour équilibrer les finances ne peut être un projet de société.
    Ce qui est à craindre, plus qu’il n’y paraît, c’est que la CAQ devienne comme le PLQ. Il tomberait dans la gestion de l’État sous gouverne des petits amis d’une autre façon. La corruption comme avantage de gouverne comme politicien remplacera le manque de sens d’émancipation du Québec dans sa gouverne. Le PLQ calque le sens d’Ottawa. Un monde de multiculture sans frontière idéologique — la tour infernale de Babel.
    La CAQ sans âme et vision pour les destinées du Québec n’a pas le choix de promettre une autre forme de corruption des élites. Mais comment ?

  • Mario Gaudette - Abonné 23 février 2018 16 h 04

    Titre trompeur

    Comparer le Québec avec ses milliers de services sociaux avec du néolibéralisme, c'est tout simplement de la malhonnêteté intellectuelle!!!!

    • Claude Poulin - Abonné 23 février 2018 17 h 32

      Vous avez raison, monsieur Gaudette, ce texte est un parfait exemple de galimatias idéologique gauchiste comme il ne s'en fait plus! Un peu gênant à observer étant donné la profession de son auteur. Mais bon! Chacun a droit d'écrire ce qu'il pense comme il le pense.

    • Michèle Cossette - Abonnée 23 février 2018 19 h 11

      Refuser de voir que le PLQ a une politique néolibérale et a ainsi tout fait pour réduire nos services sociaux et favoriser l'entreprise privée pour les remplacer -- le meilleur exemple est celui des garderies -- , si ce n'est pas de la malhonnêteté intellectuelle... Disons, pour être plus polie que vous ne l'êtes, que c'est de l'aveuglement.
      Les services sociaux que nous avons, ce n'est ni le gouvernement de Couillard, ni celui de Charest qui les a mis en place! Eux se sont acharnés à les détruire.

    • Jean Gadbois - Inscrit 24 février 2018 00 h 21

      M. Gaudette,
      Ce n'est pas parce que nous avons des services sociaux, et n'y en a pas des milliers, que nous ne vivons pas dans un système néolibéral. Le néolibéralisme économique est installé, ici, depuis près de 25 ans et fait élire des gouvernements comme le P.Q. et le Parti "libéral", ne le saviez-vous pas?
      L'ignorance ne doit pas valider votre esclandre et il n'y a, chez l'auteur, aucune malhonnêteté intellectuelle.