La liberté de religion passe par la liberté de critiquer la religion

«Le chrétien ou l’athée qui critique la vieille doctrine de l’Église relative aux femmes ou à la contraception n’est pas pour autant un christianophobe», selon l'auteur.
Photo: iStock «Le chrétien ou l’athée qui critique la vieille doctrine de l’Église relative aux femmes ou à la contraception n’est pas pour autant un christianophobe», selon l'auteur.

Croire ou ne pas croire est l’acte libre d’un esprit libre. Cela veut dire deux choses : d’abord, tout individu est libre d’être athée, chrétien, juif, musulman ou hindouiste, et doit reconnaître à autrui le même droit ; ensuite, la foi religieuse et l’incroyance ne sont pas des absolus scellés dans l’infaillibilité, imperméables à toute critique. Au contraire, c’est l’honneur d’une religion de se soumettre au libre arbitre, au doute et au jugement de ses adeptes et des adeptes d’autres convictions.

Une religion figée dans ses dogmes se sclérose, elle devient fanatisme, elle se rend insupportable à l’endroit de ses adeptes et agressive à l’égard des mécréants, elle répond à la critique par l’anathème et l’excommunication : quiconque se permet, par exemple, de signaler l’incompatibilité de l’islam avec l’autonomie des individus ou avec la liberté de la femme est immédiatement, et sans appel, accusé d’islamophobie.

À ce propos, le vocable « islamophobie » est, aujourd’hui, employé à tort et à travers. Il y a islamophobie quand l’islam et les musulmans sont la cible de discours haineux et victimes d’actes criminels, non pas lorsque la doctrine coranique est sujette à des interprétations variées qui ne plaisent pas à tel ou tel fondamentaliste. En outre, toute généralisation est susceptible de crisper les rapports entre les adeptes de diverses croyances : ce n’est pas parce qu’un individu assassine des musulmans en prière que tout le Québec doit être marqué du sceau de l’infamie.

En revanche, ouverte à la critique, une religion s’enrichit d’apports divers, car tout débat est créateur d’idées, et de la contradiction surgit l’éclat de la nouveauté. Par ses critiques incisives des pratiques de la papauté, le protestantisme a beaucoup fait pour renouveler le catholicisme dans les esprits et les mentalités. Comme toute chose ici-bas, la religion est humaine quand bien même sa finalité est métaphysique : ce sont des hommes et des femmes qui la vivent, qui lui donnent fond et forme, qui l’imprègnent du caractère des siècles.

Pour les chrétiens d’aujourd’hui, la femme n’est plus subordonnée à l’homme, elle existe, pense, agit, assume sa liberté au même titre que l’homme : que certains théologiens et autres dignitaires de l’Église refusent de comprendre cette révolution ne devrait pas empêcher le croyant de fustiger leur attitude d’un autre temps et de continuer à assumer sa foi. Le chrétien ou l’athée qui critique la vieille doctrine de l’Église relative aux femmes ou à la contraception n’est pas pour autant un christianophobe : au contraire, il est d’autant plus chrétien qu’il exerce son libre arbitre, participe au débat et enrichit sa foi. Il n’y a pas de spiritualité authentique sans le doute qui interpelle, le questionnement qui dérange, le sens de la découverte, le choc des idées, le frémissement des mentalités.

Le croyant n’est pas un béni-oui-oui agenouillé devant le dogme, pas plus que l’athée n’est un mécréant enfermé dans un corset idéologique : l’un et l’autre sont des êtres libres en quête de vérité.

18 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 22 février 2018 00 h 50

    La quête de la vérité, pas la censure.

    Effectivement. Les bien pensants ne doivent pas confondre la critique de la religion avec l'intolérance ou l'islamophobie. Selon l'auteur, «tout débat est créateur d’idées, et de la contradiction surgit l’éclat de la nouveauté. » L'islam condamne toute contestation de la religion d'apostasie, punissable par la mort. Où se trouve la liberté de conscience dans le 21e siècle?

    • Cyril Dionne - Abonné 22 février 2018 18 h 00

      Mme Alexan. Les religions monothéistes sont toutes homophobes et misogynes. Les religions monothéistes sont toutes contre la liberté d’expression. Ils appellent la critique de leurs dogmes et doctrines, un blasphème. Il y en a une en particulier, qui est 100 fois plus pire que les autres.

      Croire ou ne pas croire, n’a rien d’un acte libre d’un esprit libre. La plupart des gens sont endoctrinés dès l’enfance via l’infâme concept de la filiation. Croire en des amis imaginaires extraterrestres démontre une petitesse d’esprit puisqu’on ramène tout l’univers à ce qu’on peut percevoir à partir de nos cinq sens. C’est humaniser les atomes.

      Saviez-vous qu’on ne peut même pas mesurer la dimension de l’univers parce que la vitesse de la lumière à ses limites (300.000.000 mètres par seconde ou 300 000 km par seconde). La lumière de milliards de galaxies inconnus n’est pas encore parvenue à la Terre.

      C’est « ben » pour dire.

    • Christiane Gervais - Abonnée 23 février 2018 09 h 56

      Et n'y a-t-il pas, juste en disant croire ou ne pas croire, poser comme allant de soi qu'il y a une réalité en laquelle croire ou pas, alors que les athées ne revendiquent pas le droit de ne pas croire, mais bien celui de dire qu'il n'y a rien de la sorte - dieu, divinité - en quoi croire et renvendiquent le droit de l'affirmer?

    • Cyril Dionne - Abonné 23 février 2018 19 h 01

      Mme Gervais,

      Lorsque quelqu'un pourra nous prouver hors de tout doute qu'il existe bien des êtres extraterrestres (dieux) en suivant la méthode scientifique, qui reproductible par tous et chacun, alors, nous traverserons le pont quand on sera rendus. Sinon, qu'on nous foute la paix Sainte paix avec toutes ces simagrées idiotes. S’il en reste qui sont persuadés du contraire, qu’ils arrêtent d’engorger les urgences et qu’ils s’en remettent à leurs dieux favoris au lieu de courir les hôpitaux. Il n’y a pas si longtemps, plusieurs croyaient dur comme fer, que le Soleil, notre étoile, était un dieu. L'ignorance n'est pas une vertu.

      Ce n’est pas croire ou ne pas croire, mais il s’agit tout simplement du fait qu’on doit porter un casque protecteur lorsqu’on s’adonne à une activité violente. Nous ne sommes que de la poussière d’étoile. C’est « plate », mais c’est comme ça.

  • Gaston Bourdages - Abonné 22 février 2018 05 h 10

    « Des êtres libres en quête de vérité »

    Quelle finale que la vôtre monsieur Haroum ! Merci. De votre dernière phrase, je retiens en particulier les mots « libres », « quête » et « vérité » Libre à une époque où cette phrase « je n'ai pas le choix » ( dite ou écrite au passé, au présent voire même au futur ) fuse de toutes parts. « Je n'ai pas le choix » est-il synonyme de « je suis prisonnier de... » ? Si oui, prisonnier de quoi ? Des autres, de moi-même, d'un système ? Je me sais, sans prétention, libre. Libre d'aimer, d'haïr, d'être indifférent. Libre de compassion ou de son antonyme. Oui, libre et responsable de la ou des façons que j'assumerai ce cadeau qu'est celui de la liberté. Emprisonné, Nelson Mandela, l'a découvert. Puis votre mot « quête ». Combien superbe est la quête humaine ! Quel vaste univers que cette dernière tout comme l'est le mot « vérité » Cette vérité qui, comme la vie, s'expérimente sans jamais pouvoir aller au fond d'elle-même, notre condition humaine étant.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux.

  • Jean Lapointe - Abonné 22 février 2018 08 h 54

    Il en est de même dans d'autres domaines.

    «..ensuite, la foi religieuse et l’incroyance ne sont pas des absolus scellés dans l’infaillibilité, imperméables à toute critique.» (Sam Haroun)

    Il en est de même aussi d'après moi en ce qui concerne les doctrines politiques.

    Il n' y a pas que les religions qui comportent des dogmes.

    Par exemple le multiculturalisme est devenu un dogme pour bien des Canadiens et les gens opposés à ce dogme sont considérés par ces mêmes Canadiens comme des «nonos», entre autres.

  • Bernard Dupuis - Abonné 22 février 2018 10 h 54

    La confusion de la critique dans le domaine de la religion

    Il existe plusieurs problèmes reliés à la critique de la culture religieuse. Les premiers sont relatifs à la critique de la religion en général. Les seconds sont relatifs à la critique de religions particulières.

    Au Canada, il est très difficile de critiquer la religion en elle-même. Par exemple, il est encore pratiquement très rare de trouver des écrits de militants de mouvements laïcs ou athées dans nos médias.

    À l'inverse, il est aussi très difficile de trouver de critiques de l’islamisme qui ne se feront pas accuser d’islamophobie et même de xénophobie. Toutefois, il est très facile de trouver des critiques du christianisme et spécialement du catholicisme. Ces critiques qui ne sont pas dénuées de fondements et de cohérences sont toutefois accompagnées d’un irrespect total pour les catholiques et le catholicisme. Un philosophe peut se présenter en commission parlementaire et affuble, dans l’indifférence générale, la charte des valeurs québécoises de « catho-chartre ». Imaginez si le « grand penseur » avait parlé à l’inverse d’une « islamo-chartre » ou d’une « juivo-chartre ». Mais, le mot insultant de « catho » ça passe.

    Une animatrice de radio ne se gêne pas du tout pour accuser le mouvement scout de mouvement terriblement « catho ». On peut constater que dans les médias, il est beaucoup plus facile de critiquer le catholicisme que n’importe quelle autre religion.

    Ce deux poids deux mesures a de quoi nous indigner. On ne peut pas critiquer la religion en général. Poser la question de la pertinence de la religion dans notre société relève pratiquement de la subversion. Mais, toute les religions particulières doivent être respectées, sauf le catholicisme. Autrement dit, on peut critiquer le catholicisme, mais pas le judaïme, pas liIslamisme ou l’évangélisme. De plus, on ne peut critiquer la culture religieuse comme telle.

    La critique de la religion est très mal vue dans les médias. Mais, pas celles du catholicisme. Pourquoi cette incohérence? La

    • Bernard Dupuis - Abonné 22 février 2018 10 h 57

      La confusion de la critique dans le domaine de la religion (suite et fin)

      La critique de la religion est très mal vue dans les médias. Mais, pas celles du catholicisme. Pourquoi cette incohérence? La religion catholique est-elle la seule religion qu’il faut critiquer de façon malveillante?

      Bernard Dupuis, 22/02/2018

  • François Beaulne - Abonné 22 février 2018 10 h 59

    Texte inspiré par l'ouverture et la sagesse

    Merci pour ce texte qui campe bien le lien entre religion et société et reflète, à mon avis, la conception que s'en font une majorité de Québécois déterminés à ne pas tomber dans le piège des fondamentaliste et intégristes de tout acabit qui, se camouflant derrière les protections individuelles des Chartes des droits et le dogme du multiculturalisme à la Trudesu, moussent de façon insidieuse leur prosélytisme.