Sabrer partout, sauf chez les docteurs…

«Alors, tu vois, Frédéric, tu n’es pas seul à avoir en travers de la gorge cette honte qui déprécie la profession médicale…», répond l'auteur.
Photo: iStock «Alors, tu vois, Frédéric, tu n’es pas seul à avoir en travers de la gorge cette honte qui déprécie la profession médicale…», répond l'auteur.

Dans l’édition des 17 et 18 février du Devoir, je lisais avec grande satisfaction l’opinion de Frédéric Cloutier, étudiant en médecine à l’Université Laval, à propos du salaire des médecins. Je suis d’une autre génération de médecins spécialistes et, pour te rassurer, Frédéric, je t’informe que je partage ton avis. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds fièrement que je suis un heureux retraité… mais je crains toujours la suite : « Oui mais, avant la retraite ? » Je rougis alors, car j’ai honte. Je déteste cette question car je dois répondre que j’étais un médecin spécialiste !

Quel scandale que ces « revenus » faramineux sous le prétexte de la parité avec les « copains » hors Québec… alors que l’entente a nettement dépassé la prévision. Résultat : les médecins d’ici sont désormais parmi les mieux payés au pays ! Bon, ça respecte l’entente, nous dit le ministre Arcand. De plus, les finances de la province vont bien. Mais si le but de l’entente est dépassé, peut-on revenir auprès de la FMSQ (Fédération des médecins spécialistes) et tronçonner les sommes ? Bien non, car il semble que ce soit à sens unique : on graisse les docteurs si le coût de la vie augmente, mais pas le contraire ! D’autre part, pas bête, la FMSQ, sentant la grogne populaire, a été magnanime : on concède la clause remorque ! Quelle grandeur d’âme de leur part ! Si j’étais Justin Trudeau, je verserais une larme…

Pendant que le gouvernement du Québec nage dans l’abondance, on n’en a que pour les « docteurs », avec peu de résultats sur le terrain pour les patients. Effrontément, on sabre ailleurs : les cadres retraités du milieu de la santé ont reçu une lettre laconique il y a quelques semaines : « Pour les six prochaines années, on vous coupe l’indexation ! » Tout ça pour maintenir la CARA à flot ! Et après ce purgatoire de six ans, le gouvernement offre des indexations ridicules, voire nulles.

Y a-t-il quelque chose que je n’ai pas compris ? On a du pognon plein les poches et on coupe, sauf pour ce qui est des « docteurs » ! Sans parler des optométristes, qui doivent ronger leur frein avec les tarifs de la RAMQ qui ne bougent pas depuis longtemps et les coupes scandaleuses en éducation !

Je connais quelques (rares) confrères actifs qui sont également en désaccord avec les demandes excessives de la FMSQ, tandis que la majorité prétend mériter cette bonification, sous prétexte qu’ils travaillent « fort ». J’ai également travaillé « fort », moi aussi, mais sans la couche épaisse de beurre sur mon pain, comme les « FMSQuistes » de maintenant. J’entends également dans mon entourage des spécialistes retraités qui hurlent au scandale, à l’injustice ! D’ailleurs, je me demande si je ne pourrais pas lancer une action collective au nom de mes collègues médecins-spécialistes-retraités qui ont vécu avec les salaires de « crève-faim » d’avant l’ère Barrette (autant à la FMSQ qu’au ministère) afin d’obtenir une compensation financière rétroactive pour nous sortir du marasme. Étant donné que le gouvernement nage dans les surplus, une telle demande me semble trèèèès raisonnable !

Alors, tu vois, Frédéric, tu n’es pas seul à avoir en travers de la gorge cette honte qui déprécie la profession médicale… Ça prend des couilles pour régler le problème ! Bonne chance dans tes études.

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