La croissance économique profite-t-elle aux pauvres?

Lorsque la courbe de l’économie croît, tout le monde se retrouve avec un morceau plus gros.
Photo: iStock Lorsque la courbe de l’économie croît, tout le monde se retrouve avec un morceau plus gros.

Lorsqu’on discute d’enjeux sociaux entre amis ou en famille, il n’est pas rare d’entendre que l’économie ne profite qu’à un petit groupe d’individus privilégiés, tandis que les plus démunis demeurent prisonniers de leur condition économique. Ce point de vue, notamment alimenté par le rapport annuel d’Oxfam sur les inégalités, ne peut cependant pas être plus loin de la réalité, en particulier dans le contexte canadien.

La recherche économique a maintes fois contredit cette idée, et le débat qui persiste vise principalement à déterminer dans quelle proportion les plus pauvres profitent de la croissance. Par exemple, une étude portant sur 58 pays a ainsi montré qu’une croissance du PIB de 10 % par année est associée à une augmentation de 10 % du revenu pour les moins fortunés. Autrement dit, lorsque la tarte de l’économie croît, tout le monde se retrouve avec un morceau plus gros.

Par conséquent, la croissance économique offre des possibilités qui permettent la mobilité sociale et mène ultimement à une baisse de la pauvreté. Ce n’est donc pas un hasard si l’importante croissance que le Canada a connue au cours des dernières décennies a été accompagnée d’une diminution impressionnante de la pauvreté. La part de la population en situation de faible revenu est ainsi passée de 13 % en 1985 à un peu plus de 9 % en 2015, soit une baisse de près d’un tiers en seulement 30 ans.

La diminution la plus importante a eu lieu chez les femmes, principalement celles de 65 ans et plus, avec une baisse de 74 %. Le résultat de cette diminution est que l’écart historique entre les hommes et les femmes a presque entièrement disparu.

On constate cependant des différences importantes entre les provinces. Le cas de Terre-Neuve-et-Labrador, qui a vu son taux de faible revenu baisser de près des deux tiers, est particulièrement frappant. En l’espace de 30 ans, elle est passée de la cave du classement des provinces à la seconde place. La Saskatchewan et l’Alberta, qui ont vu leur taux de faible revenu diminuer de moitié, sont passées du milieu de peloton à, respectivement, la première et la troisième place du classement.

Parallèlement à ces baisses, on observe aussi que les Canadiens sont de moins en moins nombreux à se trouver en situation de faible revenu pour une longue période de temps. Terre-Neuve-et-Labrador, la Saskatchewan et l’Alberta se distinguent encore une fois par de très nettes améliorations, alors que le Québec se situe en milieu de peloton pour ce qui est de la persistance du faible revenu.

Plus de prospérité, moins de pauvreté

Ces écarts dans la diminution de la pauvreté s’expliquent principalement par des différences dans la croissance économique qu’ont connue différentes provinces. Par exemple, Terre-Neuve-et-Labrador est à la fois la province où a eu lieu la plus importante hausse du PIB par habitant (61 %) et la plus forte baisse de la persistance du faible revenu (–66 %). À l’inverse, c’est l’Ontario qui a connu la plus faible croissance (22 %) et de loin la plus faible baisse de la pauvreté de longue durée (–14 %).

Dans l’ensemble, l’expérience des provinces canadiennes au cours des dernières décennies montre qu’en moyenne, une augmentation de 10 000 $ du PIB par habitant entraîne une baisse de la persistance du faible revenu de 1,7 point de pourcentage. Pour avoir une idée de cet effet, l’Alberta avait un PIB par habitant de 72 200 $ et un taux de persistance de la pauvreté de 3,3 % en 2015, contre 41 000 $ et 6,2 % pour le Québec. En d’autres termes, plus les provinces sont riches, moins les personnes restent pauvres longtemps.

Si l’objectif est de réduire la pauvreté, l’attention devrait être ciblée non pas sur les inégalités de revenu à un moment précis, mais sur les politiques publiques créatrices de richesse comme la réduction du fardeau fiscal, la libéralisation du marché du travail, la lutte contre la corruption et la libre circulation des biens et des services.

Toute politique allant à l’encontre de ces grands axes génère des effets pervers en permettant trop souvent à des petits groupes de s’enrichir au détriment de la grande majorité des consommateurs et des contribuables. Ce sont ces dernières inégalités qui devraient être la priorité de ceux qui plaident pour une répartition plus équitable de la richesse.

4 commentaires
  • Marc Pilon - Inscrit 21 février 2018 13 h 42

    Article tendancieux

    Votre énoncé: Par exemple, une étude portant sur 58 pays a ainsi montré qu’une croissance du PIB de 10 % par année est associée à une augmentation de 10 % du revenu pour les moins fortunés. Autrement dit, lorsque la tarte de l’économie croît, tout le monde se retrouve avec un morceau plus gros.

    Ceci est trompeur. Il faut regarder la situation pas dans son ensemble mais bien pour certains pays en particulier, comme le Canada, les Etats-Unis, certains pays d'Europe et même de l'Amérique du Sud. J aimerais bien connaître la source de votre étude. Je doute que cet étude révèle beaucoup d'autres choses. On ne peut citer une étude sans donner la référence et donner plus de détails. . Malhonnêteté intellectuelle.

  • Marc Davignon - Abonné 21 février 2018 13 h 49

    Rester pauvre et toujours proche d'être pauvre.

    Pas longtemps, mais souvent!

    Comme si, par une succion magique, les «pauvres» qui ne sont plus pauvres sont projetés dans le 1% de cette frange opulente. Ces «pauvres» comme vous dites, continues à rester dans l'orbite de la pauvreté; ce n’est pas parce qu'un chiffre change de décimal que vous vous payez un steak chez TireBouchon!

    Pauvre de vous! Ce que vous décrivez, c'est le «farfelu» principe de «ruisselance»! De plus, vous prenez le PIB comme axiome et vous «créez» un lien «causal» avec la situation de pauvreté. Pauvreté que vous ne définisse pas, en passant. Qu'est-ce qu'un pauvre, qu'est-ce que la pauvreté. Ce n'est, au plus, qu'une simple corrélation et le PIB une simple mesure synthétique qui ne décrit pas tous les enjeux d'une société (Thomas Piketty et même le père du PIB, Simon Kuznets disais que : «La mesure du revenu national peut difficilement servir à évaluer le bien-être d'une nation», 1934).

    Et non! Les «politiques de création de richesse» n'existent pas, ce sont les gens, les travailleurs qui créent cette richesse. Pas les politiques, celles-ci ne font que moduler les règles du jeu au bénéfice de ceux qui ont les moyens d'être dans la «game».

  • Raynald Blais - Abonné 21 février 2018 14 h 07

    Apparences économiques

    Si « à première vue, la richesse bourgeoise apparaît comme une immense accumulation de marchandises » (K.M., Contribution à la critique de l’économie politique, chap. 1), on pourrait rêver, comme le font MM. Moreau et Brookes, qu’une augmentation de la production nationale de marchandises fasse régresser la pauvreté dans le pays. C’est-à-dire, qu’en produisant davantage pour maintenir le taux de profit malgré la concurrence, les capitalistes lutteraient contre la pauvreté. Ainsi l’intérêt des capitalistes pour réaliser un profit maximum coïnciderait avec celui du pauvre à vouloir sortir de sa misère. Ce qui ne tient pas la route si l’on tient compte d’une autre loi de notre économie.
    En plus de la loi de l’accumulation du capital, qui, prise seule, semble lutter contre la pauvreté, il y a celle de la concentration grandissante du capital qui donne le ton à l’ensemble :
    ...de plus en plus de marchandises, pour de moins en moins de propriétaires.
    Et vlan pour la lutte à la pauvreté!

  • Jean-Marc Plante - Abonné 21 février 2018 21 h 49

    Et patati et patata...

    "une croissance du PIB de 10 % par année est associée à une augmentation..." La croissance du PIB la plus élevée au Canada en 56 ans a été de 7,12 en 1962! Nos éminents propagandsites de la foi économiste de l'IEDM parlent d'une situation qui ne s'est jamais produite. On est sur Facebook ou dans un journal sérieux?