Professionnelles en soins: pour une loi sur les ratios

Les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes veulent avoir les moyens de bien soigner les patients. Et pour y arriver, ça prend des ratios, estime l'auteure. 
Photo: iStock Les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes veulent avoir les moyens de bien soigner les patients. Et pour y arriver, ça prend des ratios, estime l'auteure. 

Partout au Québec, les professionnelles en soins l’ont dit : nous avons notre quota. Surcharge de travail, heures supplémentaires obligatoires, hausse des événements indésirables (chutes, plaies de pression, infection), hausse des congés de maladie, coupures, ratios de patient-e-s trop élevés, intention de quitter la profession, etc., les indicateurs de l’état critique du réseau de la santé s’étalent dans tous nos médias. En filigrane, un tableau inquiétant : les conditions de travail des professionnelles en soins se dégradent et mettent en danger leur sécurité et celle des patient-e-s.

Paradoxalement, le cri du coeur de ces professionnelles en soins qui témoignent de leur réalité a apporté une bouffée d’air frais, car elles brisent enfin le silence. Localement, des solutions doivent rapidement être mises en place pour mettre fin aux « heures supplémentaires obligatoires ». Il y a urgence d’agir.

Par ailleurs, la prise de parole, jamais entendue d’un si grand nombre de professionnelles en soins, doit permettre de déboucher rapidement sur des changements concrets en faveur d’une plus grande qualité des soins pour la population québécoise.

C’est dans cet esprit que la FIQ met sur la table une proposition simple qui a le potentiel d’améliorer à la fois la quantité et la qualité des services à la population et les conditions de travail des professionnelles en soins. Nous voulons que l’Assemblée nationale adopte une loi sur les ratios sécuritaires professionnelles en soins/patient-e-s. Nous avons fait part de cette proposition aux trois partis d’opposition à Québec et nous la réitérerons au ministre de la Santé.

Une équipe minimale

L’idée est simple, comme dans nos classes, nos centres de la petite enfance, dans les avions ou les camps de vacances, des ratios sont imposés. Les ratios sécuritaires signifient la présence d’une équipe minimale de professionnelles en soins pour un groupe de patient-e-s ayant des problèmes de santé similaires. Ce minimum est ensuite ajustable à la hausse selon les besoins des patient-e-s. Tant de patient-e-s = tant de professionnelles en soins.

Dans de nombreuses législations – Californie, États australiens de Victoria et du Queensland, Pays de Galle – des ratios sécuritaires ont été implantés avec succès et c’est par une loi qu’on a pu les officialiser et les faire respecter. Les « effets secondaires » de l’implantation de ratios sécuritaires sont connus et reconnus. De la diminution du taux de mortalité, en passant par les délais avant de recevoir les soins ou encore la durée d’hospitalisation, le bon nombre de professionnelles en soins en proportion des besoins des patient-e-s réduit la durée d’hospitalisation, la détresse, l’épuisement et l’absentéisme des soignant-e-s. Ce dont notre système de santé ne peut plus se passer.

Il y a une crise qui se vit dans le réseau de la santé. Les patient-e-s sont à bout et les professionnelles en soins sont à bout. La grogne ne cessera pas si rien n’est fait. Les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes veulent avoir les moyens de bien soigner. Et pour y arriver, ça prend des ratios. La FIQ y travaille depuis un bon moment : de convention en symposium, nous avons documenté cette proposition et l’avons fait avancer. C’est une question d’équité. Il faut nous assurer que de Paspébiac à Gatineau, de Chicoutimi à Sherbrooke, de Laval à La Pocatière, les patient-e-s puissent recevoir tous les soins dont ils-elles ont besoin.

1 commentaire
  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 21 février 2018 05 h 48

    L'urgence d'agir et la nécessité de s'entendre

    Il est un peu curieux d'entendre une chef syndicale réclamer la voie de la législation plutôt que celle de la négociation. On le comprendrait si les personnels soignants ne jouissaient pas de l'appui de la population. Ou encore si les conventions collectives, celle du personnel infirmier en particulier, n'offraient pas moyens efficaces d'atteindre les fins voulues.

    Or dans la présentation même des termes de la convention de 2016, la FIQ et le MESSS se félicitaient ensemble de la formation d'un comité paritaire national sur les conditions de travail (article 35) et de la lettre d'entente numéro 17, qui confiait à ce comité la mise sur pied de projets-pilotes en vue de réviser les ratios.

    C'est précisément de l'opérationalisation de ceci qu'il fut question dans les deux rencontres avec le ministre, et non d'une solution qui serait sortie dans l'urgence du chapeau de celui-ci ou de la présidente de la FIQ, quelque profit que l'un comme l'autre puisse espérer à en donner l'impression.

    À ce que l'ex-présidente disait l'an dernier, les travaux du comité ont été très fructueux jusqu'à ce que le ministre tente d'imposer les ratios résultant des travaux de Philippe Voyer de l'Université Laval au lieu des hypothèses présentées par la FIQ. Ces résistances sont-elles la cause des délais? Possible, mais il faut avoir en vue que les parties s'entendaient pour dire que les solutions, locales et nationale, prendraient toute la durée de la convention pour être opérationalisées.

    Il faut avoir l'honnêteté de le rappeler et d'agir en conséquence.