Remettre en question les choix fiscaux de Québec

En novembre dernier, le ministre des Finances, Carlos Leitão, annonçait des baisses d’impôt rétroactives après des années de coupes et des compressions qui ont mis à mal les services publics, soulignent les auteurs. 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne En novembre dernier, le ministre des Finances, Carlos Leitão, annonçait des baisses d’impôt rétroactives après des années de coupes et des compressions qui ont mis à mal les services publics, soulignent les auteurs. 

Dans la mise à jour économique présentée en novembre dernier, le ministre des Finances, Carlos Leitão, annonçait des baisses d’impôt rétroactives ainsi qu’un chèque de 100 $ pour aider les familles à payer les fournitures scolaires. Ces annonces à saveur électoraliste arrivent après des années de coupes et des compressions qui ont mis à mal les services publics. Elles ont fait réagir de nombreuses personnes et plusieurs groupes sociaux. Diverses initiatives ont été lancées pour retourner ces « cadeaux » dans leur communauté, pour pallier des besoins auxquels notre filet social devrait pourtant répondre. À l’occasion de la Journée mondiale pour la justice sociale (le 20 février), les conséquences des choix fiscaux de Québec devraient nous inciter collectivement à la réflexion, à l’action et à la prise de position.

Notre travail consiste, à différents degrés, à soutenir la population québécoise. Nous nous inquiétons de voir de plus en plus de gens passer à travers les mailles de notre filet social.

Malgré l’immense surplus budgétaire dont Québec dispose à la fin de l’année 2017-2018, les sommes dévolues par le gouvernement pour les services publics, les programmes sociaux et l’action communautaire autonome demeurent largement insuffisantes et ne réparent même pas les dommages créés par les politiques d’austérité des dernières années.

Les coupes sévères en santé et en éducation ont grandement affecté la population : pensons aux frais multiples à débourser pour du matériel ou des activités parascolaires et au manque de services spécialisés au primaire et au secondaire, à l’accroissement des divers frais au post-secondaire, au cri du coeur des travailleuses et des travailleurs du réseau de santé et des services sociaux qui s’inquiètent pour la sécurité et la dignité de leurs patients ou aux suppressions de postes dans la fonction publique. On pourrait aussi mentionner la modulation des tarifs des services de garde subventionnés, qui a appauvri les familles, les prestations d’aide sociale non indexées, qui couvrent à peine la moitié des besoins de base ou le petit nombre de logements sociaux construits chaque année, qui est incapable de répondre aux besoins urgents dans toutes les régions. Il y a aussi les groupes d’action communautaire autonome, essentiels pour la vitalité des communautés et qui manquent désespérément de moyens pour poursuivre leur mission.

On est bien loin du compte avec le 200 $ de baisse moyenne d’impôt promis aux contribuables, que le gouvernement ose présenter comme un juste retour à la population à quelques mois des élections. Nous pensons qu’il faut cesser de nous priver collectivement de fonds qui nous permettraient de renforcer notre filet social. Les baisses d’impôt profitent d’abord aux mieux nantis et aux grandes entreprises. Cet argent, l’État en a absolument besoin et il devrait être investi dans les écoles, dans les soins de santé, notamment en santé mentale, dans les services sociaux, dans les services pour les jeunes en difficulté, la culture, la protection de l’environnement, les services de garde éducatifs subventionnés, le logement social, l’aide sociale et les groupes d’action communautaire autonome, etc. Il y a tant de choses que nous pourrions faire collectivement pour améliorer la vie des gens !

Nous avons les moyens de faire plus pour une société plus juste ! Non seulement les surplus budgétaires sont gigantesques (4,5 milliards l’an dernier), mais ils ont été obtenus sur le dos des citoyens et des citoyennes au détriment des services auxquels ils et elles ont droit. Le gouvernement peut aller chercher des milliards de dollars avec des mesures fiscales plus équitables, comme celles proposées par la Coalition Main rouge, notamment en mettant davantage à contribution les grandes entreprises, les plus riches et ceux qui ont recours à l’évasion fiscale. Nous demandons au gouvernement du Québec de faire le choix de la justice sociale : il doit réinvestir suffisamment pour permettre aux services publics et aux programmes sociaux de répondre aux besoins de la population, assurer la réalisation de l’ensemble des droits de tous et toutes et permettre aux groupes d’action communautaire de jouer pleinement la mission que leur a confiée leur communauté.


* Le texte est signé par :

Véronique Laflamme, porte-parole, Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ;
Alexandra Pierre, responsable de dossiers et des communications, Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) ;
Alain Marois, vice-président à la vie politique, Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ;
Jean Murdock, président, Fédération nationale des enseignantes et des enseignants (FNEEQ-CSN) ;
Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) ;
Gabriel Dumas, coordonnateur à l’administration et aux luttes sociales, Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MEPACQ) ;
Dominique Daigneault, présidente, Conseil central du Montréal métropolitain — CSN ;
Carolle Dubé, présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ;
Jeff Begley, président, Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) ;
Élisabeth Gibeau, analyste, politiques sociales et fiscales, Union des consommateurs ;
Virginie Larivière, co-porte-parole, Collectif pour un Québec sans pauvreté ;
Caroline Toupin, coordonnatrice, Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) ;
Claude Vaillancourt, président, ATTAC-Québec ;
Sylvie Lévesque, directrice générale, Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) ;
Vincent Leclair, secrétaire général pour le Conseil régional FTQ Montréal métropolitain ;
Maxime Roy-Allard, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) ;
Nicole Filion, coordonnatrice, Ligue des droits et libertés
Yann Tremblay-Marcotte, porte-parole, Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ)
Nicole Frascadore, présidente de l’Association de personnes retraitées de la Fédération autonome de l’enseignement (APRFAE) ;
Mélanie Marsolais, directrice du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage (ROCLD) ;
Véronique Martineau, coordonnatrice du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE) ;
Élisabeth Garant, directrice générale, Centre justice et foi ;
Maude Chalvin, coordonnatrice du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) ;
Gabrielle Bouchard, présidente, Fédération des femmes du Québec (FFQ) ;
Rébecca Bleau, coordonnatrice, Coalition des associations de consommateurs du Québec ;
Jean-Yves Joannette, coordonnateur, TROVEP de Montréal ;
Nancy Harvey, coordonnatrice, Regroupement des organismes communautaires Famille de Montréal ;
Marie-Andrée Painchaud, coordonnatrice, RIOCM ;
Danielle Goulet, présidente, Table régionale des organismes communautaires de la Montérégie ;
Vania Wright-Larin, coordonnateur, Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12) ;
Sarah Girard, coordonnatrice, Mouvement d’éducation populaire autonome de Lanaudière ;
Annie Maisonneuve, coordonnatrice, Mouvement d’éducation populaire Autonome Saguenay–Lac-Saint-Jean-Chibougamau-Chapais (MEPAC) ;
Émilie Saint-Pierre, coordonnatrice able régionale des organismes communautaires du Bas-Saint-Laurent ;
Jimmy Forgues, coordonnateur, Solidarité populaire Estrie ;
François Lemieux, coordonnateur, Regroupement d’éducation populaire de l’Abitibi-Témiscamingue ;
Geneviève Giguère, coordonnatrice du Regroupement des organismes communautaires de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine (ROCGIM) ;
François Melançon, coordonnateur, Association des groupes d’éducation populaire autonome (AGÉPA) du Centre-du-Québec ;
Michel Savard, coordonnateur, Table des groupes populaires de la Côte-Nord ;
Marc Benoit, coordonnateur, Regroupement des organismes d’éducation populaire autonomes de la Mauricie

2 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 19 février 2018 07 h 55

    Nettement insuffisant

    Je comprends que les signataires ont des préoccupations au départ tout autres, mais il reste que la fiscalité seule ne peut pas suffire à assurer la stabilité financière nécessaire pour que le gouvernement puisse assurer au plus grnad nombre une certaine égalité des chances.

    Un si grand nombre de personnes ne peut avoir passé si loin de cette nécessité au profit de l'unique slogan "faire payer les riches"... admettons que je caricature, mais pas beaucoup.
    Bien sûr la fiscalité, les taxs et les impôts doivent jouer leur rôle. Ceci dit...

    Omettre le capitalisme d'État, essentiel à la création d'une société plus juste, est plus que désolant.
    Est-ce par ignorance, par peur du mot "capitalisme", par souci de simplification extrême ("sloganisme"), ou par opportunisme en tenant compte des derniers scandales fisaux que l'on préfère prendre un ton revendicateur plutôt que constructif, je n'en sais rien.
    Mais le fait est que l'imposition n'est qu'une partie de la réponse.

    Il est absolument nécessaire que le gouvernement soit un partenaire majeur dans la plupart des secteurs économiques, pas pour faire des cadeaux ni donner l'exemple (quoique...) mais pour assurer sa stabilité et au moins autant la stabilité économique du Québec.

    La supposément "détestable" lenteur du gouvernement est en fait un excellent moyen d'éviter les bulles spéculatives et autres magies qui aboutissent à des crises, le pire facteur de différences économiques. Les méthodes de Keynes ont fait leur preuves durant 50 ans!

    Ce cher M. Leitao a eu le front il y a deux ans de rejeter le capitalisme d'État sous prétexte que "nous ne sommes pas en Union Soviétique"!... Est-il cruche, ou il croit que nous le sommes ?

    L'impot sans base de capital est une patch.

    C'est de cela qu'il est le moins question à gauche depuis 10 ans. Je regrette de devoir le dire, mais c'est de la lâcheté intellectuelle, rien de moins.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 19 février 2018 12 h 02

    Les fameux coupures..., droit sorties d'une imagination manipulatrice !


    A la convention 2015-2020 de la FNEEQ les augmentations de salaire aux enseignants sont de quelques 13.4% de plus sur 4 ans, soit au double de l'inflation . Ainsi le salaire a maturité de la plupart des enseignants passe de 76,486$ en avril 2015 a 86,713$ en avril 2020.

    Page 347 ici.
    http://fneeq.qc.ca/wp-content/uploads/2015-2020-Co

    Cette déformation de la réalité indique que l'intention et la préoccupation ne sont pas celles prétendues quand vous écrivez que "Nous nous inquiétons de voir de plus en plus de gens passer à travers les mailles de notre filet social".

    Votre silence face l'enrichissement d'une classe sociale déjà fort confortable, bien au dessus de la moyenne, est incompatible avec un soucie pour "ceux qui passent a travers le filet sociale".


    Au passage on remarquera que les multiples organismes qui signent ici avec les centrales syndicales mammouths du Québec, FTQ CSN, ne peuvent avoir un discours indépendant de ces centrales. Les liens entre cette multitudes d'organisations et ces gros syndicats bloques toutes critiques envers le milieu syndicales et ses nombreux "avantages sociaux", exclusifs et non-partagés.