La maladie mentale, ce bouc émissaire

Pour les événements de Parkland, en Floride, l’argument prétend que, si nous avions su dépister et traiter la «maladie mentale», il n’y aurait pas eu de victimes, estime l'auteur. 
Photo: Mark Wilson Getty images Agence France-Presse Pour les événements de Parkland, en Floride, l’argument prétend que, si nous avions su dépister et traiter la «maladie mentale», il n’y aurait pas eu de victimes, estime l'auteur. 

Chaque fois que survient une fusillade, les mêmes questions se posent : Quand ? Où ? Combien de victimes ? Quelle est l’identité du tireur ?

Sur ce dernier point, il y a souvent une question supplémentaire qui revient désormais systématiquement : le tireur avait-il une maladie mentale ?

Cette question n’est pas innocente. Qu’elle soit posée par l’actuel président américain ou par le lobby pro-armes, celui du Québec inclus, elle ouvre la porte à cette réponse devenue un refrain : il faut s’attaquer à la maladie mentale.

Quand il y a une confirmation que le tireur en est atteint, l’argument est conforté. Quand il n’y en a pas, la tactique est de poser la question suffisamment pour faire porter à la maladie mentale la cruauté des morts le temps de la couverture médiatique.

Passons outre d’abord à la stigmatisation indue des personnes souffrant de problèmes de santé mentale : l’écrasante majorité n’a ni antécédent ni risque augmenté de perpétrer des crimes violents. Faisons fi aussi du fait que le plus grand danger des armes pour cette population n’est pas l’homicide, encore moins de masse, mais le suicide.

Car il y a ici un point plus critique, un point dont tentent de profiter ceux qui tiennent mordicus à leurs armes. C’est l’argument de la cause unique, qui réduit tout problème complexe à une seule cause et ses seules solutions.

Pas de solution unique

Pour les événements de Parkland, en Floride, l’argument prétend que, si nous avions su dépister et traiter la « maladie mentale », il n’y aurait pas eu de victimes. Ce sont uniquement le tueur et surtout son « état mental perturbé » qui sont responsables, car après tout un fusil sans humain pour l’actionner ne tue pas. Entre l’humain et l’arme, nous sommes invités à mettre en cause l’humain. Et à cette seule cause humaine, les solutions : une meilleure prise en charge de la santé mentale et des vérifications plus serrées avant l’achat d’armes à feu. Qui peut être contre ? Pas moi.

Sauf que malheureusement pour le lobby pro-armes, je ne connais aucun problème encore non résolu qui appelle à une cause et à une réponse unique.

En épidémiologie, il est bien établi que deux causes (ex. cigarette et amiante) distinctes peuvent mener à une même conséquence (cancer du poumon). Ces deux causes peuvent en plus interagir pour être ensemble nettement pires que la somme de chacune. Quelle que soit la situation, traiter une cause ne nous donne pas le luxe de négliger l’autre !

Dans une fusillade, il est clair que l’arme et l’état mental de la personne qui l’actionne sont tous deux responsables du lourd bilan de victimes. Un ne peut faire autant de tort sans l’autre et la solution pour y faire face ne peut donc pas être unique. En d’autres mots, prévenir et traiter la maladie mentale, c’est bien, mais il est capital de réglementer aussi les armes à feu. La maladie mentale ne saurait devenir le bouc émissaire.

Les bienfaits des traitements en santé mentale ne sont plus à démontrer. Mais pour les armes à feu, rappelons le cas de l’Australie : l’éradication complète des fusillades et une réduction d’environ 60 % des morts par armes à feu grâce à des changements législatifs adoptés en réponse à une fusillade en 1996.

Et puisqu’il a été question de « maladie mentale » : Einstein disait que la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.

Rejouer la cassette de la maladie mentale à chaque fusillade et ne s’attarder qu’à elle, il faut bien se demander ce que c’est.

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7 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 février 2018 05 h 23

    … à suivre !

    « Rejouer la cassette de la maladie mentale à chaque fusillade et ne s’attarder qu’à elle, il faut bien se demander ce que c’est . » (Quoc Dinh Nguyen)

    De cette citation, une douceur :

    La « cassette » de la « maladie mentale » (celle dont on aime fredonner ?!?) semble faire l’affaire de plusieurs qui, l’utilisant, cherchent à dire ou crayonner quelque chose difficile à crayonner et dire !

    Dans le présent cas de cette fusillade dans une « High School » (Parkland, Floride), il est écrit du présumé meurtrier qu’il savait ce qu’il allait faire, à plus forte raison qu’il fréquentait un groupe dit suprématiste blanc, un groupe qui déteste tout autant les gens de couleurs que les blancs, notamment d’origines musulmanne et juive (A).

    « Maladie mentale » ?!?

    Bref, une histoire …

    … à suivre ! - 19 fév 2018 -

    A : https://medium.com/@natalielifson/the-florida-douglas-high-school-shooting-was-an-anti-semitic-hate-crime-e1977d46bcef .

  • Guy Morin - Inscrit 19 février 2018 06 h 49

    L'arme à feu ce bouc émissaire

    Remplacer les mot maladie mentale par arme à feu, vous aurex la meme agument ;)

    Voici le résumer de la tuerie de la floride

    Enfance difficile, addoté et orphelin

    un élève à problèmes. Il avait menacé une étudiante l'an dernier,.

    Cruz ne pouvait pas porte un sac à dos en raison de ces menaces proférées et ils ont fini par le mettre à la porte en évoquant un problème disciplinaire. Quand tu as peur de ce qu'une personne peut cacher dans son sac, c'est qu'il y a un risque élevé de dérapage.

    Il était suivi en soins psychiatriques, mais il avait interrompu son traitement depuis un an. Tient donc…

    Cruz avait déjà fait allusion à son geste futur dans les mois précédents. Le FBI a reconnu avoir été alertée en septembre 2017 à propos d'un commentaire laissé sur youtube : « je vais devenir le tireur professionnel dans les écoles. » des vérifications ont été faites sans succès.

    Le FBI a reconnu hier, qu'ils n'avaient pas agi à temps. Ils avaient été avertis de la dangerosité potentielle de Cruz en début janvier par l'appel d'un proche. Ce proche a décrit le comportement déviant du jeune homme et son intention de tuer des personnes dans un établissement scolaire. L'informateur avait également dit que Cruz était armé et qu'il publiait des messages menaçants sur les médias sociaux.

    Plusieurs personnes interrogées sur les lieux de la fusillade a déclaré que le passage à l'acte de Cruz était prévisible et qui serait celui qui le ferait. Un autre élève qui le côtoyait l'an passé, a confié :

    « il y avait quelque chose de bizarre chez lui. Il était silencieux, les gens le harcelaient parfois et il y avait des rumeurs sur lui, comme quoi il prévoyait une fusillade dans une école. Mais personne ne le croyait. On pensait que c'était juste des rumeurs jusqu'à ce que, malheureusement, ça arrive. »

    Donc en résumé c'est évidemment un problème de contrôle d'armes à feu… ;)

    • Luc Fortin - Inscrit 19 février 2018 12 h 26

      « Donc en résumé c'est évidemment un problème de contrôle d'armes à feu… ;) »

      M. Morin

      Que vous arriviez à conclure votre commentaire de cette façon après avoir lu que l'auteur écrit « dans une fusillade, il est clair que l’arme et l’état mental de la personne qui l’actionne sont tous deux responsables du lourd bilan de victimes » démontre une fois de plus votre incapacité à répondre avec autre chose que des sophismes.

      Votre sens de l'humour douteux démontre une fois de plus votre compassion envers les victimes de fusillades. Après l'épisode de décembre dernier, j'espérais que vous n'alliez pas faire la même erreur en attendant un résultat différent. La première chose que m'inspire les événements de Parkland, c'est de la tristesse et non pas une occasion de moqueries.

      Vous devriez vous inspirer de Rod Giltaca, qui fait un bien meilleur travail d'ambassadeur que vous pour la communauté des propriétaires d'armes à feu.

      Pour ce qui est de votre empathie envers ceux qui souffrent de maladie mentale, je m'abstiendrai de commenter.

  • Marc Therrien - Abonné 19 février 2018 09 h 41

    La passion de la violence dans une société puritaine


    Et même si on acceptait que le problème de santé mentale soit le facteur premier, il faudrait ensuite se demander si le nombre de tueries et le nombre de victimes qu’elles font sont en en augmentation et si oui, ensuite chercher à savoir ce qui ne va pas avec la santé mentale des étatsuniens. Quand bien même on imputerait ce malheur à la folie du tueur, ce tireur fou a quand même quelque chose à dire à la société qui l’a produit. L’impuissance à dire quand personne ne vous écoute réellement peut conduire à ce genre de passage à l’acte violent.

    Il se pourrait bien que cette société étatsunienne foncièrement divisée en elle-même parce que déchirée entre son idéal puritain et son goût prononcé pour la démesure ne soit plus capable de contenir ses passions à mesure qu’elle se dérègle dans son progrès vers la décadence. Nous assistons alors à des immenses retours du refoulé témoignant d’une tension devenue insoutenable. Comme disait le psychanalyste Jacques Lacan : «Ça parle là ou Ça souffre». Et parmi les passions que la société étatsunienne ne semble pas vouloir contenir, il y a celle de la chasse aux records. Je ne serais pas surpris d'apprendre que le «Livre des records Guinness» fait partie des lectures favorites d'un grand nombre d'étatsuniens. La chasse aux records de la tuerie de masse la plus meurtrière fait donc malheureusement partie du champ des possibles des «Top ten lists» des citoyens de cette nation grandiose qui ont été exclus de la «rat race».

    Marc Therrien

    • Marie-Hellène Lemay - Abonnée 19 février 2018 13 h 31

      Quel est votre argument M. Morin? Que nous devions laisser un maximum d'armes semi-automatiques en libre circulation de sorte que des personnes souffrant de problèmes de santé mentale puissent commettre l'irréparable?

      L'argument de l'auteur est que nous avons tord d'associer la santé mentale aux tueries de masse. Les personnes souffrantes ont d'abord besoin d'être comprises et soutenues, et l'immense majorité d'entre eux n'ont pas à être redoutés car s'ils sont violents, ils sont plutôt enclins à tourner leur violence contre eux-même.

      Quant à l'association de la libre circulation des armes à feu aux tueries de masse, non seulement elle tient toujours, mais elle en constitue le critère déterminant.

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 février 2018 09 h 58

    Encore Albert Einstein

    Bizarrement, personne ne peut donnder de référence pour cette citation.

    « je n’ai pas pu m’empêcher de penser à cette définition de la folie attribuée tantôt à Benjamin Franklin, tantôt à Mark Twain, tantôt à Albert Einstein, entre autres :
    «La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.» »

    http://blogues.lapresse.ca/hetu/2014/09/12/la-defi

  • Yves Mercure - Inscrit 19 février 2018 10 h 38

    Tuer pour prouver....

    ...que mon existence est plus valable que les autres ou d'autres vies. Égotisme poussé à l'extrême. Dans ces images de massacres, malgré la folie apparente des comportements, malgré la facilité ultime de se procurer des engins de mort, une phénomène reste majeur : le refus de l'ordre établi, celui qui ne me confère pas la place que je crois mériter. De l'angoisse existentielle qui me pousse vers la destruction plutôt que la construction. Bref, du désordre dans la chambre à hères, faute de place légitime face à une misère de moyen. Une large place pour les phénomènes de délinquance commune, avec une dérive au-delà du commun. Là, comme avec les pseudo soldats de tout dieu véreux, on asse de l'œuf au bœuf pour briser plutôt que changer son futur et celui des autres. Le chasseur qui bouffe son gibier possède cette meme volonté d'enlever la vie, de maîtriser la sienne et ...contrôle generalement ce comportement. Hasard et mal fortune feront la différence. Demandez à un chasseur s'il accepterait que son gun soit garder au centre de justice entre ses pratiques de tire et sorties de chasse! Vous verrez le Morin que se déploie :"y'a pas personne qui va m'empêche d'avoir mon fusil chez moi". Posez la question, juste pour voir. Les délits de droits communs ne sont pas des troubles de santé mentals, ce sont des dérives survenant dans le " j'ai le droit et tout est permis".