Le retour de l’asile à Québec?

Réaction au texte « Institut en santé mentale de Québec : des infirmières laissées à elles-mêmes ». 

« Des infirmières laissées à elles-mêmes. » Et les patients ? Des indices laissent croire qu’on est en train de laisser renaître l’asile qu’on croyait être du passé.

En 1961, à cause des effets politiques d’un livre d’un ex-patient, le gouvernement crée la Commission d’étude des hôpitaux psychiatriques (commission Bédard). Son rapport, remis en 1962, analyse la situation de chaque hôpital psychiatrique de l’époque et se termine en évoquant, avant de faire les siennes, les principales recommandations des IIIe et Ve rapports de l’OMS, dont celles-ci : traiter les malades mentaux près de leur lieu de résidence, et des hôpitaux psychiatriques plutôt petits et rattachés à des hôpitaux généraux régionaux.

La commission elle-même recommandait l’interdiction de tout agrandissement des hôpitaux psychiatriques existants, et l’obligation de tout hôpital général d’au moins 200 lits de posséder son service de psychiatrie avec cliniques interne et externe.

La fin des années 1970 amena une nouvelle vision de l’organisation des services de santé. En effet, la Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social (commission Castonguay) promeut le concept d’intégration : « Quant aux établissements pour malades mentaux, ils ont à ce point subi les assauts de l’intégration que l’on ne peut douter de la nécessité de les intégrer au régime général des services de santé. En effet, on reconnaît de plus en plus que le traitement des malades mentaux s’effectue efficacement à l’intérieur d’un centre de santé mentale normal. » Dans cette foulée, la Loi sur la protection du malade mental en 1972 annonce qu’il n’y a plus de lieux spécifiques pour soigner la maladie mentale, mais seulement, pour une minorité d’usagers qui en ont besoin, un statut possible d’internement à être alors prononcé par la cour. La révision de la Loi sur la santé et les services sociaux adoptée à l’époque crée les CLSC afin de rapprocher les services des usagers et de leurs besoins spécifiques sous-régionaux.

En 1989, la Politique de santé mentale du Gouvernement du Québec insiste sur la nécessité de trouver des solutions dans le milieu de vie de la personne en partenariat avec les organismes communautaires.

Dans cette nouvelle vision, les CLSC, en collaboration avec les organismes communautaires, sont responsables d’offrir des services de proximité en première ligne.

Disparition de services

Dans les dernières années, avant même les transformations amorcées par la réforme Barrette dans le milieu de la santé à Québec, des services complets de psychiatrie disparurent de l’Hôtel-Dieu de Québec et de l’hôpital Jefferey-Hale. Durant la même période, l’hôpital Robert-Giffard a fermé son urgence en s’associant à l’hôpital de l’Enfant-Jésus pour assurer les services d’urgence en psychiatrie, l’autre hôpital ayant une urgence semblable étant le CHUL. Puis, contre l’avis des psychiatres de la région, on créa une troisième urgence psychiatrique en annexe de l’urgence générale à l’hôpital Saint-Sacrement.

La réforme Barrette fait d’abord deux choses majeures. Elle divise le corps et l’âme : elle confie les services physiques aigus au CHUQ (Centre hospitalier universitaire de Québec), et les services physiques de long terme ou de réadaptation pour les problèmes physiques, les services de santé mentale et les services psychosociaux sont tous regroupés au sein du CIUSSSCN (Centre intégré universitaire des services sociaux et de santé de la capitale nationale). Néanmoins, des services complets de psychiatrie sont demeurés localisés au CHUL, au CH Saint-Sacrement et au CH de l’Enfant-Jésus, mais sous la responsabilité clinique et administrative du CIUSSSCN.

Cependant, très tôt a débuté la migration physique des équipes de santé mentale des CLSC dans les lieux physiques de l’ancien asile Saint-Michel-Archange, devenu Institut universitaire en santé mentale, laissant seuls les organismes communautaires hors du giron du site Robert-Giffard, produisant ainsi un bris de continuité dans l’évolution de ce qu’a été la santé mentale à Québec, en plus d’un éloignement des concepts d’intégration et de proximité évoqués plus haut.

On annonce maintenant la fermeture des lits de psychiatrie dans le futur nouvel hôpital Enfant-Jésus, vingt de ces lits devant être transférés au CIUSSSCN. Dernière nouvelle encore plus inquiétante : il n’y aura plus de services de médecine générale, le soir, la nuit et les fins de semaine sur place au site Robert-Giffard. Ce danger est bien déterminé par les infirmières, mais dénoncé depuis longtemps en interne par les psychiatres, qui l’ont anticipé. En effet, les personnes souffrant de troubles de santé mentale ont plus de troubles de santé physique que monsieur et madame Tout-le-Monde.

On revient donc à une ghettoïsation des services psychiatriques affublée d’une baisse de services médicaux. La rupture est manifeste. Situation qui rejoint la description faite des asiles par Camille Laurin : « des villes fermées auxquelles on a donné le nom d’asiles pour bien montrer que la médecine n’y avait plus droit de cité » et où, faute de pouvoir (et c’est presque redevenu vrai), « le psychiatre est un visiteur », un « simple concierge », qui se fait parfois imposer des « congés administratifs ».

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 16 février 2018 11 h 05

    Est-ce que le questionnement sur...

    la santé mentale ne se passe qu'à Québec...pas un mot sur les régions...? Pas assez proches des lieux de décision pour les journalistes ou le quidam.? J'aurais aimé savoir d'où, et de qui venait ce texte, bien fait par contre! Un retour en arrière très pertinent! Habituellement, on annonce ...les coordonnées de "l'essayiste"...(on est quand même dans la rubrique des "idées et opinions" )....J'ai fait ma recherche.
    Serait-ce un signe du "nombrilisme" du plus fort...ou plus fortuné.