Les patients et le personnel mis à risque à l'Institut universitaire en santé mentale de Québec

Les patients de l'Institut universitaire en santé mentale de Québec se retrouveront sans couverture médicale les soirs, les nuits et les fins de semaine en cas de complications liées à leur condition psychiatrique, soulignent les auteurs. 
Photo: Marc Bélanger Les patients de l'Institut universitaire en santé mentale de Québec se retrouveront sans couverture médicale les soirs, les nuits et les fins de semaine en cas de complications liées à leur condition psychiatrique, soulignent les auteurs. 

Comme médecins généralistes, psychiatres, pharmaciens et autres professionnels soignant les patients aux prises avec une maladie psychiatrique aiguë nécessitant une hospitalisation à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, nous avons été profondément choqués et indignés par les propos provenant de l’administration de l’IUSMQ (Le Devoir, 14 février). Alors que le fléau des maladies mentales est de plus en plus pris au sérieux dans la population avec les sorties publiques d’Alexandre Taillefer ou de Samuel Archibald, des décisions administratives ne vont pas dans la bonne direction.

Le départ à la retraite de cinq médecins généralistes va laisser un vide de service médical inacceptable les soirs, les nuits et les fins de semaine à l’IUSMQ, puisqu’il ne restera que trois généralistes pour couvrir l’ensemble des soins médicaux de la clientèle de l’Institut. L’administration et son porte-parole, le directeur des services professionnels, le Dr Pierre Laliberté, prétendent que la présence sur place d’un médecin généraliste de garde n’est plus nécessaire en invoquant la possibilité de traiter les patients à l’hôpital de l’Enfant-Jésus en les ayant d’abord transférés en ambulance. Cette solution, en plus d’augmenter les risques pour les patients de l’IUSMQ, augmentera l’affluence à l’hôpital de l’Enfant-Jésus sans ressources supplémentaires pour cette dernière en plus de monopoliser inutilement des techniciens ambulanciers et des véhicules pour des transferts qui seraient évitables avec un médecin à l’IUSMQ.

La réalité sur le terrain est que les patients admis en psychiatrie à l’IUSMQ arrivent déjà en ambulance des urgences psychiatriques d’autres établissements, souvent le soir et la fin de semaine. Ajouter des allers-retours avec ces autres centres hospitaliers les soirs et la fin de semaine représente un non-sens, un gaspillage et une perte d’efficacité importante. Malheureusement, la décision de transférer un patient vers un hôpital ou un autre n’est pas basée sur l’avis de son équipe soignante ou sur la continuité des soins, mais plutôt sur la directive ministérielle de vider les urgences le plus rapidement possible pour redorer les statistiques.

Nos patients se retrouveront sans couverture médicale les soirs, les nuits et les fins de semaine en cas de complications liées à leur condition psychiatrique, dont l’abus de drogue, une tentative de suicide ou une réaction sévère à la médication. En outre, 65 % des personnes suivies en psychiatrie présentent aussi une ou plusieurs maladies physiques et leur espérance de vie est inférieure à celle de la population générale de 25 ans, surtout en raison de maladies cardiaques. Nous soignons des patients atteints de la maladie d’Alzheimer et nous avons des lits de soins palliatifs qui nécessitent des soins médicaux quotidiens.

L’administration semble considérer qu’offrir à des jeunes de 18 ans ainsi qu’à nos patients adultes et âgés des soins équivalents à ceux reçus en centre hospitalier de longue durée est tout à fait acceptable. Nous croyons, au contraire, que les mots « institut » et « hôpital » sous-entendent des soins modernes et d’excellence, qui suscitent la confiance des patients et de leur famille. Les personnes ont des droits et, surtout, dans le moment difficile que représente une hospitalisation, des espoirs qu’il faut honorer.

Nous sommes spontanément solidaires avec les infirmières, les pharmaciens et les autres professionnels de la santé qui oeuvrent en psychiatrie. Les équipes que nous formons ensemble sauront faire respecter nos points de vue et nos compétences sur des sujets qui engagent notre éthique et notre responsabilité professionnelle collective.

Notre conviction est que nous prendrons les décisions, en équipe multidisciplinaire, pour agir en permettant aux personnes qui vivent des problèmes liés à la maladie mentale d’être traitées comme tous les citoyens, avec respect et compassion, et des soins optimaux, sécuritaires et à la fine pointe des connaissances scientifiques et psychothérapeutiques. Pour ce faire, nous avons besoin de ressources et cela inclut la présence physique d’un médecin les soirs et les fins de semaine à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

* Ce texte est signé par : 
Philippe Baruch MD Psychiatre,  Marie-Josée Beauchemin, MD Psychiatre, Mathieu Bédard MD Psychiatre,  Hélène Bélanger MD Psychiatre, Dominique Belisle MD Psychiatre, Suzanne Bernier Pharmacienne, Danielle Bergeron MD Psychiatre, Isabelle Bilodeau Pharmacienne, Guylain Bouchard MD Psychiatre, Martine Bourget MD Psychiatre, Anne-Pierre Bouffard MD Psychiatre, Ann-Sophie Breault Pharmacienne, Annie Brochu-Blain MD Psychiatre, Roch-Hugo Bouchard MD Psychiatre, Julie Cantin MD Psychiatre Andrée Cardinal MD Psychiatre, Caroline Charest Pharmacienne, Jérome Charest MD, Guillaume Chalifour Pharmacien, Jean-Francois Côté MD Géronto- Psychiatre, Robert Careau Pharmacien, Isabelle Côté MD Psychiatre, Nathalie Couillard Pharmacienne, Karine Desharnais Pharmacienne, Alain Dion MD Psychiatre, Nathalie Dion Pharmacienne, Sylvain Faucher MD Psychiatre,  Pierre Duranleau-Gagnon Pharmacien, Mathieu Fournier Pharmacien, Evelyne Gagnon Pharmacienne, Monique Garant Pharmacienne, Stéphanie Gagnon MD Psychiatre, Marianne Genest MD Psychiatre, Michel Gervais MD Psychiatre, Martin Gourgues MD Psychiatre, Michèle Houde MD Géronto-Psychiatre Edith Labonté MD Psychiatre,  Geneviève Lajoie MD Psychiatre, Guy Lanctôt MD Psychiatre, Amélie Laroche-Savard MD Psychiatre,   Gérard Leblanc MD Psychiatre, Michel Larose MD Psychiatre, Stéphane Lévesque Pharmacien, Catherine Lesueur, Pharmacienne, Evelyn Keller MD Géronto-psychiatre,  Marie-Josée Filteau MD Psychiatre,  Andrée Lemay MD Psychiatre,   Diane Leblanc MD Psychiatre, Marie-Claire Leroy MD Psychiatre Sophie L’Heureux MD Psychiatre, Josée Martel Pharmacienne,  Paul Ouellet, MD Psychiatre, Ronald Ouellet MD Psychiatre, Isabelle Panneton MD Psychiatre,  Carole Parent MD Neurologue, Simon Patry MD Psychiatre, Rodrigue Paradis MD,  Emmanuelle Pourcher MD Neurologue, Sébastien Proulx MD Psychiatre, Renée Robichaud MD Psychiatre, Réjean Robitaille MD, Marc-André Roy MD Psychiatre,  Jacinthe Saindon MD Psychiatre, MD Psychiatre, Nicole Thibodeau MD Psychiatre, Dominique Tougas, Pharmacienne, Julie Tremblay MD Psychiatre, Valérie Trottier-Hébert MD Psychiatre, France Turmel MD Psychiatre, Carol Villeneuve MD, Evens Villeneuve, MD Psychiatre, Hubert Wallot MD

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