L’Association internationale des études québécoises est menacée de disparition

L’AIEQ a fait ses preuves depuis 20 ans, et ne demande qu’une subvention stable afin de continuer sa mission essentielle de promotion de la vitalité du Québec et de sa culture, soutient l'auteure. 
Photo: Stephane de Sakutin Agence France-Presse L’AIEQ a fait ses preuves depuis 20 ans, et ne demande qu’une subvention stable afin de continuer sa mission essentielle de promotion de la vitalité du Québec et de sa culture, soutient l'auteure. 

Lettre adressée au premier ministre Philippe Couillard

Depuis vingt ans, l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) bâtit et entretient un réseau d’étudiants, de chercheurs, d’universitaires et d’amoureux du Québec partout à travers le monde. En cette année de notre 20e anniversaire, l’AIEQ célèbre avec fierté plus de 320 tournées d’auteurs et de cinéastes québécois à l’international, l’octroi de bourses d’excellence et de recherche à des centaines de lauréats, l’organisation de nombreux colloques scientifiques ainsi que des partenariats et collaborations avec maints organismes, associations et centres d’études québécoises, y compris les représentations du Québec à l’étranger.

Depuis deux décennies, notre réseau sert de levier à la politique internationale du Québec, parce que nos membres offrent des cours ou organisent des événements qui ont fait découvrir et mieux comprendre le Québec à des centaines de milliers d’étudiants et de citoyens, tant au Québec et au Canada qu’à l’international.

Au mois d’octobre dernier, le Conseil du trésor du Québec a décrété une diminution de notre subvention (déjà bien modeste) de 40 %, soit 52 000 $, ce qui aura pour effet, dès le printemps 2018, de mettre fin aux programmes de soutien à la recherche et aux onze bourses.

Nous avons déjà survécu à des efforts pour abolir l’AIEQ, et cela, aussi récemment qu’en décembre 2014. À l’époque, la mobilisation des membres de l’AIEQ ainsi que de 25 associations et organismes québécois représentant des milliers de citoyens avait fait reculer le projet de mettre fin à ses activités. Malgré une fermeture de trois mois, deux déménagements, des centaines de pages de redditions de comptes et de documents justificatifs et un resserrement important de nos frais opérationnels, l’AIEQ a su renaître avec son dynamisme de marque, en travaillant en français partout dans le monde. […] En cette seule année de notre 20e anniversaire, l’AIEQ a collaboré à la réalisation de plus de 70 événements — colloques, diffusion d’ouvrages et autres — aux quatre coins du globe. Le bilan est convaincant : l’AIEQ est un puissant outil d’éducation et de para-diplomatie qui sert à sensibiliser le monde à une meilleure compréhension du Québec et à animer l’intérêt pour les études québécoises.

Soutien de l’État

Malgré les efforts du ministère des Relations internationales et de la Francophonie pour « trouver des solutions » cet automne, cette amputation mortelle annoncée par le Conseil du trésor semble être considérée comme un fait accompli, sauf par l’AIEQ. Nous avons prouvé, pour notre part, que la logique financière, après analyse des collaborations et services rendus par les bénévoles de notre réseau et leurs institutions, est convaincante : pour un colloque de jeunes chercheurs, par exemple, le levier de la subvention de l’AIEQ a récolté sept fois sa somme. L’investissement annuel du ministère dans l’AIEQ correspond à 4,3 ¢ par habitant par année. Qu’on prenne telle autre donnée ou tel autre diviseur, le coût de l’AIEQ est infinitésimal au regard des bénéfices. Le ministère ne peut faire mieux au même prix ; il lui manquera toujours la masse critique des bénévoles et le soutien de leurs organismes. Le ministère et le gouvernement peuvent-ils se payer le luxe de ces économies ?

La saine gestion des fonds publics exige que des programmes et des organismes à but non lucratif, tel que le nôtre, qui font un travail éducatif et de relations internationales, soient soutenus par l’État, car il revient à l’État de promouvoir le modèle de société, les intérêts, la langue française et la culture du Québec à travers le monde. L’AIEQ est un outil indispensable pour le Québec : grâce à son réseau qui s’étend aux universités et aux centres d’études sur le Canada et le Québec à l’international, elle permet la diffusion d’un savoir sur le peuple québécois et ses réalisations que l’État ne pourrait jamais atteindre autrement. Sans un soutien financier approprié, comme l’a si bien dit la lettre ouverte d’il y a trois ans, « c’est tout son travail de réseautage qui s’en trouverait fortement affaibli et tout le rayonnement de la culture québécoise qui en souffrirait grandement ». Plus encore, si l’on s’en tient au communiqué de l’été 2017 de la Politique internationale du Québec, se désinvestir de l’AIEQ serait nier l’une de ses propres grandes orientations, à savoir promouvoir la créativité, la culture, le savoir et la spécificité du Québec à travers un investissement dans la recherche, l’innovation et le développement du savoir, la culture, et la langue française (Le Québec dans le monde : S’investir, agir, prospérer). Avec l’AIEQ, le MRIF dispose d’un outil capable de l’aider à mener à bien, avec retentissement, tous les éléments de cette politique.

Nous, les membres et les amis de l’AIEQ, qui formons un réseau de plus de 3000 universitaires, gens des milieux culturels, enseignants et spécialistes, tenons à assurer et à rehausser la place du Québec dans ce monde de la globalisation. Nous vous demandons donc de subventionner l’AIEQ avec un budget pérenne, adapté à ses besoins et à ses aspirations. L’AIEQ a fait ses preuves depuis 20 ans, et ne demande qu’une subvention stable afin de continuer sa mission essentielle et ses programmes indispensables qui ont tant fait pour promouvoir dans le monde la vitalité du Québec et de sa culture.

* La lettre est cosignée par le comité exécutif de l’Association internationale des études québécoises :
Martin Pâquet, Université Laval, vice-président aux affaires administratives et financières;
Pascal Brissette, Université McGill, vice-président aux affaires académiques et président du comité scientifique;
Licia Soares de Souza, Brésil,vice-présidente Amérique latine;
Françoise Sule, Université de Stockholm, vice-présidente Europe; 
Nallan Chakravarthy Mirakhamal, Université de Madras, vice-présidente Asie

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