Libre opinion: Les gaucheries d'une certaine gauche

Tel un cheval de Troie, un sous-parti politique s'est introduit récemment au Parti québécois. En effet, une certaine gauche a décidé de prendre sa place dans ce parti considéré comme trop centriste et néo-libéral. Une centaine de personnes, sous la houlette de madame Monique Richard, ex-présidente de la CSQ, ont convenu de devenir la conscience du Parti québécois et de le ramener à l'ordre.

Quand j'ai pris connaissance de cette nouvelle, je me suis d'abord esclaffé puis ensuite inquiété. Car ce groupe, à l'évidence, sera quelquefois du côté du Parti québécois, mais plus souvent contre. Il aura son propre comité de direction, tiendra bientôt une assemblée générale, définira ses orientations, et vendra ses propres cartes de membres. Wow!

Dans les heures et les jours qui suivirent, pour bien paraître, tous les principaux ténors péquistes n'eurent que de bons mots pour cette initiative, craignant sans doute que leurs inquiétudes ne soient perçues comme un rejet de la gauche et l'exclusion de cette tendance qui a pourtant toujours été présente au Parti québécois. Me sentant libre de dire le fond de ma pensée, je vous annonce que si la tendance se maintient, ce sous-parti va en faire baver à l'autre.

Depuis sa fondation, le Parti québécois a réuni autour du projet souverainiste des militants de tous horizons: des indépendantistes du RIN, des créditistes, des unionistes et des libéraux. C'est le rêve de l'indépendance qui les a toujours tenus unis.

Mais, force est d'admettre que sur le plan du développement du Québec, de ses réformes, de sa gestion et de ses profonds changements, différents courants se confrontaient qui ont permis des débats vigoureux à chaque congrès. Mais même là, le Parti québécois a toujours garder le cap sur un discours et une action fondamentalement social-démocrate, ce qui le situait plutôt au centre-gauche sur l'échiquier politique. Il n'est qu'à regarder aller le gouvernement Charest pour bien le constater!

Je ne suis pas devin, mais je prévois qu'il va se développer un climat acrimonieux entre les deux, car le sous-parti de gauche va agir à l'intérieur et à l'extérieur du Parti québécois. Déjà, dans le ton de l'annonce de leur formation, on sentait la confrontation à venir et les déchirantes négociations entre les deux.

Bien loin de permettre au Parti québécois d'élargir son électorat, cette nouvelle dynamique sera de la dynamite. Il eut été si simple et si facile de tout simplement adhérer au Parti québécois et de participer aux débats comme tous les autres militants. Mais voilà, cette prétendue et prétentieuse gauche, en se créant ses propres institutions historiquement vouées à l'échec, mine ses chances de faire progresser sainement ses idées et de participer un jour au gouvernement.

En réagissant aussi mollement à ce qui se passe et à ce qui va se passer, le Parti québécois ne mesure pas encore le tort que cette curieuse bête va causer à sa cohésion. Pour ce qui est de la «saison des idées», tenez-vous bien, ça va brasser!

Quelques jours après l'annonce de la création de ce regroupement, on apprenait qu'avec plus de courage et de manière moins gauche, Françoise David, ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec, compte fonder un nouveau parti qui réunira la gauche et se battra dans l'authenticité et la transparence, contre des partis dans lesquels ni elle ni son groupe ne se reconnaissent. Je trouve ça bien plus honnête. Comparé aux gaucheries de la «nouvelle gauche » péquiste, je trouve que c'est aussi bien plus intègre.

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