Les manoeuvres de Boeing ne peuvent que porter préjudice aux consommateurs

Lorsqu’une multinationale américaine de plusieurs milliards de dollars tente d’étouffer la concurrence par un usage cynique des lois commerciales, les consommateurs sont malheureusement perdants, déplore l'auteur.
Photo: Nelson Almeida Agence France-Presse Lorsqu’une multinationale américaine de plusieurs milliards de dollars tente d’étouffer la concurrence par un usage cynique des lois commerciales, les consommateurs sont malheureusement perdants, déplore l'auteur.

Les démarches du géant américain Boeing pour acquérir la brésilienne Embraer sont la plus récente preuve, et peut-être la plus révélatrice, que Boeing se soucie peu des voyageurs. Si la Commission du commerce international des États-Unis (ITC) ne s’oppose pas aux manigances de Boeing, cela aura des effets néfastes sur les innovations et les améliorations futures du secteur aéronautique commercial.

La tactique de Boeing est maintenant claire. Premièrement : empêcher les biréacteurs C Series de Bombardier d’accéder au marché américain avec une plainte sans fondement alléguant que le programme C Series nuira injustement aux ventes de Boeing 737. Deuxièmement : acquérir Embraer, qui produit effectivement un avion rivalisant avec les avions C Series. Et troisièmement : profiter d’un monopole de la vente des monocouloirs de plus petite taille.

Si le plan de Boeing réussit, ce sera un désastre pour les consommateurs, y compris les consommateurs américains.

Rappelons les faits : au printemps dernier, Boeing avait demandé à l’ITC d’enquêter pour savoir si Bombardier a vendu 75 avions C Series à Delta à un prix si bas que cela lui aurait été impossible sans soutien gouvernemental. Comme c’est généralement le cas lorsque les entreprises américaines présentent une pétition au gouvernement américain, l’ITC s’est d’abord rangée du côté de Boeing.

Ensuite, le département américain du Commerce a recommandé des droits d’importation de près de 300 % sur les avions C Series, des droits assez élevés pour saborder l’accord avec Delta et mettre fin à l’émergence de Bombardier comme producteur d’avions de nouvelle génération sur un segment abandonné par Boeing il y a des années. L’ITC rendra sa décision finale ce mois-ci quant à savoir si Boeing a réellement subi un préjudice (perdu des ventes) à cause des avions C Series.

Pendant des mois, de nombreux acteurs de l’industrie ont remis en question la logique de la plainte de Boeing. L’affirmation de Boeing selon laquelle il est menacé par Bombardier est sapée par le simple fait qu’il ne fabrique pas d’avion rivalisant directement avec les avions C Series.

Intérêts commerciaux

En fait, Boeing a abandonné ce marché il y a des années. Boeing n’a pas proposé un de ses avions à Delta simplement parce qu’il n’en avait pas à lui offrir ; et même si cela avait été le cas, son carnet de commandes étant survendu, il n’aurait pas pu respecter le calendrier souhaité par Delta.

Il est devenu évident que Boeing essaie de protéger ses propres intérêts commerciaux sans égard pour les voyageurs. Limiter le choix des transporteurs aériens, c’est les obliger à exploiter des appareils trop gros et moins efficaces sur certaines liaisons.

Les coûts seraient transférés aux consommateurs sur le prix du billet, ou pis encore, aux transporteurs qui risquent d’offrir moins de courts vols directs.

Les actions de Boeing sont hostiles à l’innovation et aux principes de la concurrence bénéficiant à tous les consommateurs. Les avions C Series de Bombardier sont idéalement dimensionnés pour maximiser l’efficacité sur des liaisons régionales de nombreux transporteurs. Ils sont plus économes en carburant, plus silencieux et plus spacieux que les avions comparables. Ils offrent aussi plus de place pour les bagages. Toutefois, une expérience de vol plus agréable, plus de liaisons offertes et des billets moins chers pour les voyageurs ne pèsent pas lourd face à l’obsession de Boeing, qui veut garder le marché américain pour lui seul.

En bref, Boeing courtisait tranquillement Embraer tout en demandant au gouvernement américain d’imposer des droits exorbitants… sur le seul concurrent d’Embraer.

Lorsqu’une multinationale américaine de plusieurs milliards de dollars tente d’étouffer la concurrence par un usage cynique des lois commerciales et l’acquisition de rivaux potentiels pour conserver sa part du marché américain et maximiser ses profits, les consommateurs des États-Unis et d’ailleurs sont malheureusement perdants. Il est temps de dire à Boeing de respecter les règles au lieu d’essayer de les manipuler.

Ce texte a d’abord été publié le 12 janvier 2018 en version anglaise par Morning Consult.

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