Avec Trump, vieux slogans, vieux réflexes, vieilles recettes

«Ce qui est plus dramatique aujourd’hui, c’est que les États-Unis exercent une direction politique, technologique et culturelle incompatible avec l’isolationnisme, le protectionnisme et la xénophobie», selon l'auteur.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse «Ce qui est plus dramatique aujourd’hui, c’est que les États-Unis exercent une direction politique, technologique et culturelle incompatible avec l’isolationnisme, le protectionnisme et la xénophobie», selon l'auteur.

Il suffit de revenir aux années 1920, marquées par trois présidences républicaines, pour nous rendre compte que Donald Trump nous sert du réchauffé. En 1920, le candidat Warren Harding avait lancé sa campagne avec les slogans « Sauvegarder l’Amérique d’abord », « Penser à l’Amérique d’abord », « Exalter l’Amérique d’abord ». Toute la décennie en fut la démonstration : repli sur soi avec le refus de ratifier le Traité de Versailles et le refus d’adhérer à la Société des Nations (ancêtre de l’ONU), pourtant des projets inspirés des Quatorze points du président Wilson, retour au protectionnisme et à l’isolationnisme qui n’empêcha pas, du reste, l’interventionnisme en Amérique latine, chasse gardée des intérêts économiques des États-Unis, méfiance à l’égard de l’immigration d’origine slave et méditerranéenne assortie de quotas et de restrictions diverses.

Au sein même des États-Unis, on assiste à une résurgence du racisme à l’égard des Noirs, le Ku Klux Klan reprenant de la vigueur et recrutant des milliers de nouveaux adhérents, paradant sans vergogne avec leurs sinistres uniformes. Le mouvement nativiste prétend défendre les « vrais Américains » contre les éléments mal assimilables de la population, et l’exaltation de la culture WASP se traduit par la méfiance à l’égard des catholiques, des orthodoxes et des juifs.

Les gouvernements républicains sont formés par les patrons des grandes industries et privilégient la réduction des impôts sur les entreprises. Certes, la décennie a connu une grande prospérité (les Roaring Twenties qui finiront mal, avec la chute de Wall Street et la Dépression des années 1930), mais au prix de graves inégalités sociales : 5 % de la population reçoit le tiers des revenus perçus par les personnes physiques. Le patron de GMC aurait pu dire, dans les années 1920, ce qu’il a claironné en 1953 : « Ce qui est bon pour GM est bon pour les États-Unis. »

Un monde façonné par les États-Unis

Ce qui est plus dramatique aujourd’hui, c’est que les États-Unis exercent une direction politique, technologique et culturelle incompatible avec l’isolationnisme, le protectionnisme et la xénophobie. Notre monde a été façonné, en grande partie, par les États-Unis à la fin de la guerre de 1939-1945. Ce pays dispose d’une telle puissance et d’un tel rayonnement scientifique et culturel (les chercheurs américains ramassent les prix Nobel par grappes) qu’un éventuel repli sur ses intérêts propres laisserait un vide qu’occuperaient des puissances peu favorables aux intérêts et aux valeurs de l’Occident (Russie et Iran au Moyen-Orient, Chine dans le Pacifique).

Les intérêts des États-Unis sont si imbriqués avec ceux des autres continents que le « Make America great again » implique un engagement plus maîtrisé de ce pays dans les affaires du monde. À ce sujet, les présidents républicains Eisenhower, Nixon, Reagan et Bush père ont su, de façon pragmatique, concilier les intérêts de leur pays avec ceux de leurs alliés, alors que Trump tance l’Europe, malmène le Canada et le Mexique, compare son bouton nucléaire et celui du dictateur nord-coréen (querelle d’enfants mal élevés), en veut à Cuba et à l’Iran pour leurs manquements aux droits de la personne mais signe entre-temps un contrat de fournitures d’armements de plus de 100 milliards avec l’Arabie saoudite, peu susceptible d’être cité en exemple pour son respect des droits et des libertés. Que Donald Trump veuille défendre les intérêts de son pays est tout à fait normal, il a été élu pour cela, mais ses foucades risquent de mettre à mal les relations internationales.

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 18 janvier 2018 17 h 36

    La xénophobie des bien-pensants et donneurs de leçons

    Bon. Les présidents républicains Eisenhower, Nixon, Reagan et Bush père et fils, ont commencé ou continué des guerres partout dans le monde qui ont toutes mal finies. Dois-je toutes les citer ces guerres?

    À l’exception d’Eisenhower, tous ces présidents étaient des mondialistes, des libre-échangistes et des néolibéralistes, tout le contraire de l’isolationnisme et le protectionnisme. On pourrait aussi inclure Bill Clinton, le père de l’ALENA des fermetures d’usines et des mises à pied. Que dire d’Obama, le prix Nobel de la paix aux accents de drones, qui a détruit le gouvernement de la Libye pour ensuite créé cette vague de millions de migrants illégaux de la Méditerranée? Et pourrait poursuivre avec sa ligne tracée dans le sable en Syrie.

    Pour la xénophobie, on repassera. Je ne crois pas qu’il y ait un pays du tiers monde, excusez-moi, des pays en voie de développement, qui pourrait donner des leçons de démocratie aux autres. Encore une fois, dois-je tous les citer?

    Nous sommes pas mal « tannés » d’entendre que lorsque quelqu’un s’objecte à la libre circulation des personnes, biens et services qui ne fait qu’appauvrir le monde ordinaire qui a créé cette richesse que tous envient sur la planète, celui-ci est crucifié à l’autel de la Sainte rectitude politique. Évidemment, on le comparera à tous les diables parce qu’il se veut un président des Américains, par les Américains et pour les Américains. Comme disait l’autre, « It’s the economy stupid ».

    N’en déplaise à nos mondialistes de tout crin, les pays occidentaux ont besoin d’une immigration très sélective puisqu’ils sont déjà construits. Et ici, je ne parle même pas de la 4e révolution industrielle qui se met en place et que les emplois dans les pays dit « riches » seront aussi rares que des djihadistes réformés. C’est « ben » pour dire.