Le PQ doit sortir de l’électoralisme

À l’exception du référendum de 1995, les stratégies souverainistes ont été le plus souvent axées sur l’objectif électoral.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir À l’exception du référendum de 1995, les stratégies souverainistes ont été le plus souvent axées sur l’objectif électoral.

Nombreux sont les sympathisants de l’objectif de souveraineté qui ont baissé les bras. Pourquoi ? Tout au long des 25 dernières années, en tant que militante et intellectuelle, j’ai vu se déployer des stratégies souverainistes le plus souvent axées sur l’objectif électoral (à l’exception du référendum de 1995), condition juridique évidente mais insuffisante d’une avancée véritablement nationale et politique.

Ces dernières années, l’objectif électoral a été le fer de lance de l’option souverainiste, sous-estimant le rôle de l’imaginaire, passant à côté du fait que beaucoup de citoyens attendaient des mises en perspective, une conscience mieux éclairée et avouée des obstacles capable de renforcer la détermination. Un nombre important de sympathisants de la cause souverainiste s’en sont éloignés parce qu’ils avaient des attentes plus élevées que celles qu’exige le simple calcul électoral.

Déçus du peu de continuité dans l’action, déçus de la pâleur des objectifs, ils finissent par être démotivés par le pragmatisme et le rétrécissement de ce que les technocrates de l’action appellent la clientèle cible, passant du Québécois au sens large (toute personne qui réside en sol québécois) à ladite majorité historique. De nombreux sympathisants, déçus du défaitisme avoué de ces militants ne croyant pas en leur chance d’obtenir la sympathie des Québécois de toutes origines, craignant la différenciation des communautés culturelles par peur du multiculturalisme, voient que les confusions s’additionnent, rétrécissant sans cesse l’auditoire et remplaçant les appuis perdus par la quête de la souche. S’agit-il bien de fatigue ?

Une nouvelle nation

De plus, une difficulté récente s’est insinuée : le lien entre la résistance à concevoir la nouvelle nation comme une association, une mixité, une invitation à se penser ensemble en opposition à l’obsession de gagner une majorité de votes, quelles que soient les concessions à faire sur le fond. On calculera que plus il y aura de défenseurs de la survivance, de nationalistes conservateurs, plus on aura de chances de gagner l’élection. Ce calcul, en fait, ne promet rien. S’il mise sur les votes d’une couche sociale appréhendée — les Canadiens français de souche, qui incarneraient à eux seuls la destinée de tous les Québécois —, il laisse pour compte la représentation des multiples autres citoyens devant la promesse d’un futur État ; cette méthode ne produit pas les projections imaginaires inclusives dont tous ont besoin, cette approche ne se sent concernée que par les intérêts et les droits de quelques-uns.

Pendant que des conseillers avertis élaborent des raisonnements censés garantir la réussite électorale, le citoyen ordinaire ne réussit pas à s’imaginer dans un projet qui ne concerne pas la communauté à inventer mais une soi-disant majorité qui ne pense qu’à elle-même, et il vote ailleurs. La nation tournée vers un rêve d’avenir exige une représentation de l’universel dans laquelle chacun se reconnaît. La souveraineté du Québec ne peut être autre chose qu’un appel à tous pour transformer son monde et le monde, mais il faut encore y mettre du temps. La scène électorale ne suffit pas pour parachever ce chantier.

Région du Canada

Il est facilement observable que les Québécois sont sollicités dans leurs passions à aimer aussi bien le Canada que le Québec. Il faut le voir lors des Jeux olympiques : « Nous jouons tous pour le Canada » ! Le consentement à la domination de l’État canadien par la voie fédérale est la première cheville de leur assujettissement. Toujours, le Québec est rappelé à son statut de région du Canada. On l’a bien entendu dans l’appel de Philippe Couillard lancé au printemps 2017, intitulé « Québécois, notre façon d’être Canadiens » ! Dans cet appel, la nation est moulinée dans ladite diversité canadienne. En découle la difficulté pour la nation québécoise de s’affirmer comme telle.

La nation qui est projetée dans l’imaginaire doit se situer par rapport aux deux ensembles de représentations conflictuelles qui sont mises en avant. Soit les représentations de la nation sont inscrites dans l’axe Québec/région et celle-ci reste subordonnée à l’intégration dans le Canada, définie comme simple nation culturelle ou historique, happée par le besoin de sa seule survivance. Soit les représentations de la nation sont inscrites dans l’axe Québec/nation susceptible de compenser les effets du fédéralisme ou de la double appartenance : le Québec/nation chemine alors vers une définition juridico-politique qui peut la placer au coeur d’un processus de souveraineté.

La cause de la souveraineté doit passer à une tout autre dimension du politique. L’institution légitime représentative de ce projet, le ou les partis souverainistes doivent avoir l’humilité d’aller chercher du côté de la société civile (comme le font des organisations comme le OUI QUÉBEC) une réflexion qu’à eux seuls ils ne peuvent pas mener. Fort heureusement, les dernières années ont favorisé l’émergence d’une nouvelle génération de militants pour qui il importe de ne pas penser seulement en matière de gains électoraux, mais de gains fondés sur un profond engagement sociétal. L’objectif de souveraineté doit reposer sur la confiance en soi. Sortir du calcul électoraliste de court terme pour mesurer combien la tâche est grande, subversive, à contre-courant, et combien elle a besoin de nommer ce qui est obscur afin de mieux saisir ce que l’activisme politique a occulté par de fausses évidences. C’est la perception que ce processus est en cours qui convaincra celui qui va voter.

Sur ce thème, Anne Legaré a publié récemment «Le Québec, une nation imaginaire», Presses de l'Université de Montréal, 2017

15 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 17 janvier 2018 02 h 53

    Pourtant l'approche électoraliste a failli donner un pays!

    Parce que dans le passé, l'électoralisme pratiqué par le PQ a donné l'alternace au pouvoir, on a continué d'y croire jusqu'ici. Mais ce processus serait en fin de cycle! L'imaginaire s'est perdu, le pays rêvé a presque disparu, les Lévesque qui soulevaient les foules ne sont plus, les canaux qui laissaient parler l'âme de tout un peuple et qui construisaient chaque jour sa fierté et son identité se sont tus!

    Puis, comment ce mouvement de tout un peuple aurait-il pu conserver très longtemps toute sa vigueur après deux sévères revers. Autant la victoire de l'un l'a ragaillardi, autant la défaite de l'autre l'a affaibli!

    Toutefois, l'approche électoraliste porte une part d'incohérence et Jacques Parizeau l'a bien montrée. Il ne tenait point à diriger une province et a vite démissionné. Si le pays est nécessaire, autant culturellement qu'économiquement, pourquoi alors, pour se faire élire, proposer pour quatre ans un bon gouvernement?

    Le discours de Option nationale était plus pertinent! Ce petit parti ne parlait que du pays, que d'une nouvelle nation à bâtir! Et Jean-Martin Aussant dans son comté a presque réussi!

    Le premier défi, par contre, semble résider dans la bataille à livrer sur le terrain de la circulation de l'information. Les réseaux de communication ont réussi à museler le discours indépendantiste et il est difficile d'imaginer qu'il arrive un jour à rejoindre toutes les communautés et à retrouver une vitalité qui ferait rêver et mobiliser! J'ose encore l'espérer!

  • Claude Bariteau - Abonné 17 janvier 2018 06 h 46

    Oui, ce processus est en cours.

    C'est ma lecture qu'il l'est, mais c'est aussi ma lecture qu'il est minimisé, voire impensé parce qu'il dérange les dirigeants canadiens et leurs valets locaux sur la scène politique québécoise, à la tête d'entreprises, dans des institutions diverses, en contrôle des médias ou promoteurs de prouesses sportives, artistiques ou autres.

    Et, comme vous l'écrivez, miser sur la prise du pouvoir de la province de Québec contribue à saper son dynamisme. Il faut plutôt investir ce pouvoir pour en faire celui du peuple québécois, en remplacer les assises monarchistes par celles d'une république et faire de cette province un pays indépendant.

    Faire ça passe par une mobilisation qui s'incarne dans une action menée par les Québécois et Québécoises, quelles que soient leurs origines et leurs moments d'arrivée au Québec, qui ont fait du Québec et de son territoire leur patrie et s'engagent à en faire leur pays.

    C'est une action de ce type qu'a piloté Jacques Parizeau et c'est ce type d'action que les partis qui prônent l'indépendance doivent supporter en se nourrissant de ce qui est en cours.

    • Louise Melançon - Abonnée 17 janvier 2018 10 h 13

      Il me semble qu'il manque quelque chose dans votre analyse... qu'en est-il de l'avenir du français au Québec? de la langue officielle du Québec????

    • Claude Bariteau - Abonné 17 janvier 2018 12 h 24

      Mme Melançon, elle l'est déjà.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 janvier 2018 14 h 22

      Les élection de 1994 et le référendum de 1995 sont tombés dans un moment où les planètes étaient le plus alignées qu'elles pouvaient l'être en faveur de l'indépendance. L'échec de l'accord du lac Meech a dopé le sentiment nationaliste au Québec.

      Il s'agit de circonstances où la ligne de M. Parizeau avait de meilleures chances de passer. De plus, M. Parizeau avait mis de l'eau dans son vin pour avoir l'appui de l'ADQ et de M. Bouchard - en introduisant la négociation sur le partenariat dans la question, ce qui aussi été d'imporants facteurs du succès de la campagne du OUI.

      Les circonstances d'aujourd'hui sont différentes.

      Le jour où les planètes seront alignées de façon aussi favorable à un référendum vainqueur de la souveraineté n'est pas encore arrivé.

      Même si M. Parizeau revenait parmi nous en pleine forme en proposant la même ligne, c'est-à-dire assurer la tenue d'un référendum pendant son mandat, comme il l'a fait en 1994, il serait probablement battu.

      Par contre, avec nos compétences actuelles, sans changement constitutionnel, on pourrait faire beaucoup mieux pour protéger le français, voire favoriser son épanouissement.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 janvier 2018 07 h 23

    En finir avec les regrets

    Personne n’est parfait. Mais le temps à blâmer — à tort ou à raison — le PQ à un an des élections, c’est du temps raté à convaincre les Québécois de l’opportunité de faire l’indépendance.

    Les dés sont jetés. L’automne dernier, le programme électoral du PQ a été adopté par les membres. Et la renonciation aux référendums-suicides est devenue la politique officielle du parti.

    Il y a un temps pour l’autoflagellation et ce temps est passé.

  • Jean-François Trottier - Abonné 17 janvier 2018 08 h 40

    Bravo!

    Je veux tout de même ajouter que l'élection de 1994 était carrément orientée vers un référendum, et donc se voulait un geste de prise du pouvoir pour arriver à l'indépendance. Un détail dans ce très beau texte.

    Le PQ reste malgré tout le meilleur vecteur, par défaut, de prise en main des leviers les plus déterminants pour les Québécois.
    Il doit développer son projet social-démocratie et surtout pas le prendre pour acquis, tout en veillant à en laisser une bonne part au débat public. Le mouvement de gauche ne doit s'imposer que par la compréhension de la majorité et jamais par le haut.

    Ce n'est pas en s'opposant aux manoeuvres du PLQ que le PQ deviendra le parti qu'il doit être. C'est en étant lui-même... et en attaquant comme ils le méritent les meneurs fédéralistes, tripoteurs et spécialistes de la désinformation en tout genre.

    Le PQ a, depuis le référendum, seulement tenté de s'opposer au PLQ pour éviter le pire. Ben voilà, le pire est arrivé et, hé oui, il empire encore.
    Ça partait d'un bon sentiment et aussi, malheureusement, d'un sentiment de panique qui doit passer à l'histoire comme un mauvais moment.

    Inutile (et supide!) de se battre au jour le jour sur des pièges tendus par le PLQ. Assez de stratégie à la petite semaine.

    Le PQ doit devenir lui-même en soi, et en finir avec son théâtre de parti politique.

  • Pierre Desautels - Abonné 17 janvier 2018 09 h 18

    Un changement s'impose.


    Autrement dit, ce que vous dites, c'est que le PQ ne fait plus rêver. Et le nationalisme inclusif et rassembleur qu'il incarnait a presque complètement disparu. Et vous le dites dans ces mots:

    "On calculera que plus il y aura de défenseurs de la survivance, de nationalistes conservateurs, plus on aura de chances de gagner l’élection. Ce calcul, en fait, ne promet rien."

    Voilà. Le nationalisme québécois était à son paroxysme après l'échec du lac Meech quand le PQ, l'ADQ, et même le PLQ de Robert Bourassa exprimaient chacun à leur manière leur exaspération devant cette pseudo confédération et le non du ROC aux demandes de plus de pouvoirs pour le Québec.

    Aujourd'hui, ce nationalisme québécois s'exprime plutôt à travers la lancinante question identitaire qui sert de défouloir, qui divise le Québec et le PQ, et qui nous fait oublier des revendications beaucoup plus importantes. Mais il est encore temps d'ajuster le tir.