À quoi Donald Trump joue-t-il en Iran?

Un manifestant portant un costume à l’effigie de l’ayatollah Ali Khamenei lors d’un rassemblement en appui aux manifestations contre le pouvoir en Iran, devant la Maison-Blanche, le 6 janvier dernier.
Photo: Pablo Martinez Monsivais Associated Press Un manifestant portant un costume à l’effigie de l’ayatollah Ali Khamenei lors d’un rassemblement en appui aux manifestations contre le pouvoir en Iran, devant la Maison-Blanche, le 6 janvier dernier.

Comme c’est souvent le cas quand il s’agit d’événements concernant l’Iran, la presse internationale s’est passionnée pour les manifestations qui ont eu lieu un peu partout dans le pays au tournant de l’année 2018. Alors que la communauté internationale se demandait quoi attendre de ce mouvement de contestation et quelle réaction serait la plus adéquate, le président des États-Unis, Donald Trump, s’est invité dans le débat à travers ses tweets enflammés, comme à son habitude. Même s’il s’est dit solidaire des manifestants, son appui — apparent — à la contestation en Iran n’a fait probablement que creuser la tombe de ce mouvement.

On peut certainement dire que Trump reste simplement fidèle à lui-même et que ses gestes ne sont pas mûrement réfléchis ; mais peut-être qu’un autre facteur, plus sournois cette fois-ci, est également en jeu : et si le gouvernement américain jugeait opportun, pour ses intérêts à court terme, de pousser l’Iran vers davantage d’isolement, alors que le président de la République islamique, le réformateur Hassan Rohani, avait justement promis l’ouverture lors de sa campagne électorale au printemps 2017 ?

En effet, le régime iranien subit actuellement les plus fortes protestations qu’ait connues le pays depuis 2009. Un phénomène de colère qui s’exprime à travers tout le pays, et notamment dans la province. Sans leader apparent, ni mot d’ordre clair, les rassemblements se sont propagés dans tout le pays, même si on constate déjà un essoufflement du mouvement. Bien que réprimée dans le sang, la contestation se poursuivra probablement quand même, tant ses raisons profondes, telle la situation économique difficile due aux sanctions, à la corruption et au chômage, continuent de hanter le pays. À cette contestation portée par les couches populaires se greffent aussi les luttes intestines au sommet de l’État, notamment entre les conservateurs, dont le « guide suprême » Ali Khamenei est l’incarnation, et les réformateurs, rassemblés autour du président Rohani.

Soutien à l’Arabie saoudite

Le rôle croissant de l’Iran sur la scène moyen-orientale fait que, si le régime iranien vacillait, cela aurait des conséquences majeures. Il suffit de penser à cette guerre froide régionale que se livrent l’Iran et l’Arabie saoudite. Cette dernière profite du soutien inébranlable du président Trump, qui avait consacré son tout premier déplacement à l’étranger au royaume wahhabite, du jamais vu pour un président américain.

C’est aussi Donald Trump qui a promis de détricoter l’accord nucléaire conclu en juillet 2015 entre l’Iran et les Nations unies, un accord porté par le gouvernement précédent de Barack Obama, mais aussi par Hassan Rohani. D’ailleurs, ce dernier a dû défendre cet accord en interne pied à pied contre les conservateurs, estimant que l’apaisement des relations entre l’Iran et l’Occident est la seule garantie pour l’assainissement économique du pays. Rohani avait alors créé une forte attente au sein de la population iranienne, par la suite déçue par l’attitude de Trump par rapport à cet accord, et qui a, par ailleurs, mis l’Iran sur la liste des pays dont les citoyens sont interdits d’entrée sur le sol américain. Fidèle à sa ligne qui consiste à défaire tout ce qu’Obama avait accompli, Trump a alors poussé Rohani dans une position très difficile, donnant des arguments à ceux qui, en Iran, souhaitent régler leurs comptes avec celui-ci… Une mauvaise nouvelle pour les Européens aussi, car ceux-ci sont toujours frileux d’investir en Iran, malgré leur forte volonté de pénétrer dans ce marché de 80 millions d’habitants.

Incarnation de la pureté idéologique de la révolution islamique et du discours antioccidental en Iran, Khamenei n’a pas vraiment intérêt à voir son pays s’ouvrir à l’Occident, tout comme ceux qui ont profité, à travers des systèmes de détournement et de contrebande, des sanctions dont souffre la population. Conforté dans sa position par les tweets de Trump, Ali Khamenei n’a d’ailleurs pas hésité à entonner l’antienne bien connue d’ingérence extérieure afin de justifier la répression des manifestations. Il faut aussi noter que Khamenei, à travers les Gardiens de la révolution qui dépendent directement de lui, est à la tête de la politique d’influence de l’Iran à travers la région, au Liban, en Syrie, en Irak, en passant par le Yémen et le Golfe. Alors, quand certains manifestants ont exprimé leur refus de cette politique régionale ambitieuse, disant que les ressources du pays sont ainsi gaspillées à l’étranger au détriment de leurs propres besoins économiques, Khamenei est directement dans la ligne de mire.

Donald Trump étant ce qu’il est, son appui ostentatoire aux manifestations en Iran n’a fait qu’alimenter la spirale de la méfiance entre les États-Unis et ce pays, en réduisant la marge de manoeuvre de Rohani. Non seulement il n’a aidé en rien la contestation, mais au contraire, il a donné des arguments aux conservateurs, pour qui la moindre opposition est fomentée de l’extérieur, notamment par les États-Unis ou Israël. Par sa décision de suspendre l’aide financière au Pakistan et ses menaces de faire pareil avec les Palestiniens, le gouvernement américain actuel pousse en fait ces pays et peuples davantage vers la Russie et la Chine, deux grandes puissances extraoccidentales qui sont de plus en plus influentes au Moyen-Orient. On se demande si ce n’est pas exprès.

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 10 janvier 2018 10 h 13

    Inutile!


    Trump, conformément à ses habitudes, dit n'importe quoi. Inutile de l'écouter. Mieux vaut suivre son Secrétaire d'État, Rex Tillerson, qui n'est pas un moron...

    M.L.