Le futur des droits de la personne dépend de nous

Les jeunes réfugiés syriens Jamil Haddad (à gauche) et Tony Batekh (au centre) s’amusaient en classe de français, à Montréal, en février 2016. L’an dernier, le Canada a réinstallé plus de 45 000 réfugiés syriens. Mais le nombre de réinstallations a diminué de manière importante en 2017.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les jeunes réfugiés syriens Jamil Haddad (à gauche) et Tony Batekh (au centre) s’amusaient en classe de français, à Montréal, en février 2016. L’an dernier, le Canada a réinstallé plus de 45 000 réfugiés syriens. Mais le nombre de réinstallations a diminué de manière importante en 2017.

L'année 2017 s’est avérée particulièrement difficile en matière de respect des droits de la personne. Elle a été marquée, à travers le monde, par de violents remous et des divisions remplies de haine.

La liste des pays dévastés par des conflits s’allonge de plus en plus. Des crises déjà bien ancrées se sont poursuivies en Syrie, en Irak et au Soudan du Sud. De vastes épisodes de nettoyage ethnique contre les Rohingyas ont éclaté au Myanmar, provoquant la destruction de centaines de villages, causant un nombre innombrable de morts et forçant l’exode de plus de 600 000 réfugiés vers le Bangladesh voisin.

La crise au Yémen s’est aggravée, les pertes en vies humaines étant exacerbées par le blocus imposé par l’Arabie saoudite, ce qui a nui à l’aide humanitaire. Le peuple palestinien a franchi le cap des 50 ans de violations des droits de la personne sous l’occupation militaire israélienne. Et puis, cette anarchie qui a ravagé la Libye a finalement fait la une à la suite de rapports d’atroces violations, dont l’esclavage, perpétrées contre les réfugiés et les migrants.

Les actions multilatérales efficaces sont freinées pour des motifs géopolitiques. Il n’existe aucun embargo de vente d’armes à la Syrie, au Soudan du Sud, au Yémen ou au Myanmar ; toutes tentatives en ce sens se trouvent bloquées par les menaces de veto de la part de la Russie et de la Chine.

Diabolisation grandissante

L’augmentation de la haine cette année s’est avérée particulièrement troublante. Bien que le racisme et le fanatisme ne soient d’aucune façon des phénomènes récents, il est terrifiant de constater à quel point la diabolisation est devenue partie intégrante de la politique en général. Les personnes visées — les réfugiés et les migrants, les minorités ethniques et religieuses, ainsi que la communauté LGBTQ — sont celles qui sont déjà les plus marginalisées de la société.

Cela va bien au-delà de la Maison-Blanche de Donald Trump. La diffamation, qui est devenue la politique gouvernementale en Hongrie, en Russie, en Turquie et aux Philippines pour ne nommer que ces pays-là, refait surface lors de toutes les élections tenues en Europe de l’Ouest.

Le Canada a contré ce mouvement en faisant la promotion du féminisme, de l’inclusion et de la diversité. Cette campagne aura besoin, au cours de l’année qui vient, d’une plus grande visibilité, de nouveaux alliés et de davantage d’initiatives concrètes.

Il est devenu dangereux, partout dans le monde, de défendre l’universalité des droits de la personne. Sur une base régulière, les défenseurs des droits de l’homme se voient salis, attaqués, emprisonnés et tués. Ils ont plus que jamais besoin de l’aide du Canada, incluant ces défenseurs qui mettent en lumière l’impact des minières canadiennes sur leurs communautés.

Au Canada

Toute la rhétorique entourant l’adhésion à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones pourrait bientôt obtenir un soutien législatif avec l’appui du gouvernement au projet de loi C-262 présenté par le député Romeo Saganash. Mais les gestes contredisent les intentions d’engagement envers les principes de la Déclaration lorsque le gouvernement fédéral et celui de la Colombie-Britannique vont de l’avant avec le barrage hydroélectrique du Site C, en dépit de l’opposition des Premières Nations, ou lorsque le gouvernement Trudeau ne se conforme pas aux ordonnances du Tribunal canadien des droits de la personne de mettre fin à la discrimination envers les enfants des Premières Nations.

L’enquête nationale tant attendue sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées est en cours, mais elle fait face à des problèmes internes et à la critique. Entre-temps, le gouvernement n’a pas mis en avant les mesures qui font déjà l’objet d’un large consensus, dont une augmentation du nombre de refuges dans les communautés isolées pour les femmes autochtones fuyant la violence.

Un solide respect pour le droit des femmes est un exemple à donner, tout spécialement pour ce qui est de la nouvelle politique d’aide internationale féministe. Est également bienvenue la nouvelle stratégie fédérale en matière de violence en fonction du genre, qui a maintenant besoin d’un plan d’action national qui puisse rassembler tous les ordres de gouvernement afin d’éradiquer ce grave problème.

L’an dernier, le Canada a été félicité pour avoir réinstallé plus de 45 000 réfugiés syriens et son gouvernement poursuit le travail pour défendre les droits des réfugiés à l’échelle mondiale. Par contre, le nombre de réinstallations a diminué de manière importante en 2017. De plus, le refus d’annuler l’entente sur les tiers pays sûrs conclue avec les États-Unis a forcé des réfugiés à fuir les politiques américaines de plus en plus hostiles et à traverser de manière irrégulière et dangereuse la plus longue frontière non défendue du monde afin de demander refuge au Canada.

Sommet du G7

Il y a d’autres inconsistances déconcertantes dans la position du Canada. Tout en contribuant, par exemple, à l’aide humanitaire au Yémen, le Canada poursuit la fourniture de 15 milliards de dollars de véhicules blindés légers à l’Arabie saoudite, ce pays qui est à la tête d’une coalition responsable de crimes de guerre dans le conflit au Yémen. Également, tout en se préparant à ratifier le traité de l’ONU sur le commerce des armes, le Canada met en application une législation prévoyant des exemptions pour le commerce d’armes avec les États-Unis ; ce commerce représente plus de la moitié des ventes d’armes du Canada.

En 2018, le Canada accueillera le sommet du G7, s’activera dans sa campagne pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2020 et se préparera avec le reste du monde au 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme ; cette année devra s’avérer plus lumineuse et être consacrée à la défense des droits de la personne, car il y a urgence à ce que les leaders politiques entendent enfin les courageux mouvements locaux de défense des droits de l’homme.

Au Québec, comme au Canada, comme partout dans le monde, il appartient à chacun d’entre nous de défendre nos droits : en particulier, nous devons nous intéresser aux questions de racisme systémique envers les groupes racisés comme envers les autochtones ; à la question de l’accès à la justice pour toutes les femmes subissant des violences, en mettant notamment fin à l’impunité ; et à celle des droits économiques et sociaux – l’accès aux services publics en logement, santé, éducation, assistance sociale, etc.

Le futur des droits de la personne dépend uniquement de ce que nous en ferons et de comment nous les défendrons.

10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 3 janvier 2018 02 h 37

    Les immigrants doivent faire leur part d'intégration aussi.

    Je suis d'accord avec vous sur la plupart de ce que vous déplorez, surtout les atrocités commissent par les minières et la vente d'armes à l'Arabie saoudite.
    Par contre, je ne suis pas d'accord avec l'ouverture à l'intégrisme religieux qui exclut les femmes de l'égalité qu'elles méritent.
    Les immigrants et immigrantes doivent faire leur part de s'intégrer à nos valeurs au lieu d'insister sur les pratiques misogynes qui portent atteinte à la dignité de la femme, telles que la burka ou le niqab.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 3 janvier 2018 11 h 14

      Cet article de représentants d'Amnistie internationale aurait plus de crédibilité si AI n'avait pas voté en août 2015 la défense de la dépénalisation de la prostitution, clients et proxénètes compris, malgré la controverse soulevée par cette initiative. Sachant que ce sont les femmes principalement qu'on prostitue, cette décision est scandaleuse. Sachant que la traite d'être humains est étroitement reliée à la prostitution, cette décision est scandaleuse.

      Voilà pourquoi, depuis ce temps, je ne donne plus ni temps, ni argent à cet organisme qui s'est laissé berner par les lobbys de la prostitution et refusé de rencontrer même des groupes de survivantes de la prostitution.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 janvier 2018 19 h 00

      Mme Alexan,

      Les Nations unies n'existent que dans le cadre fictif d'un gouvernement mondial. Alors pour les droits de l'homme au niveau mondial, ils deviendront une possibilité lorsque tous seront sur la même longueur d'onde en ce qui consiste ces droits fondamentaux et leur définition de la démocratie. Ce qui soulève les croyances dans les amis imaginaires et l'existence d'un être divin et extraterrestre par Surcoît. On est bien en 2018.

      Pour le reste, il ne faudrait pas mélanger les illégaux de cet été avec les vrais réfugiés de la Syrie. Les États-Unis est un pays sûr et leur statut n'était que provisoire. Ils sont des hors la loi à moins que celles-ci soient à géométrie variable.

      Personne n'est contre la vertu. Alors ceux qui se proclament les sauveurs du monde n'ont qu'à ouvrir leur portefeuille et les subventionner. C'est facile d'être généreux avec l'argent des autres. C'est cela le mondialisme à outrance.

    • Christiane Gervais - Abonnée 4 janvier 2018 12 h 03

      Et comment peut-on soutenir les filles et femmes des Premières Nations disparues ou assassinées, tout en s'affichant pour la dépénalisation de la prostitution, en préférant fermer les yeux sur l'exploitation des humains, en majorité des femmes et des enfants, contraints à se prostituer?

      Comment parler de l'avancement des femmes et préférer le respect des croyances religieuses - qui ne sont pas propres à la nature humaine, mais une création des humains, presque exclusivement des hommes - au respect de l'égalité des droits - bien fondamentaux, ceux-là - des femmes et des hommes?

  • Michel Lebel - Abonné 3 janvier 2018 07 h 14

    Drôle de titre!

    Drôle de titre; j'aurais plutôt écrit ''le présent'' des droits de la personne dépend de nous. Ces droits sont toujours actuels!

    M.L.

    • Marc Therrien - Abonné 3 janvier 2018 19 h 36

      Ce n’est pas seulement le titre, mais aussi la conclusion du texte : «Le futur des droits de la personne dépend uniquement de ce que nous en ferons et de comment nous les défendrons.»

      Et je suis bien d’accord avec vous, car il me semble que le futur, qui est somme toute bien incertain et imprévisible, s’envisage dans le présent. C’est en tout cas ce qu’en pensaient plus d’un philosophes dont Vladimir Jankélévitch par exemple: «L'urgent, c'est le pressant avenir immédiat, le futur en train de se faire au présent.»

      Car il ne faudrait pas penser que demain peut attendre.

      Marc Therrien

  • Solange Bolduc - Abonnée 3 janvier 2018 11 h 03

    Racisme systémique, racisme systémique, racisme systémique ?

    C'est quoi cette «bébitte» qui s'attaque aux personnes «racisés» ?

    Et pendant ce temps, qui défend les droits des Québécois qui aimeraient bien qu'on respecte leurs valeurs, leur langue et leus cultures ? L'Un des deux peuples fondateurs du «pluss beau pays du monde», le Canada.

    N'est-ce pas le Gouvernement de René Lévesque qui a signé : «La Paix des Braves»?

    Et depuis ce temps on ne parle que d'inclusif en voulant noyer la nation québécoise au profit des «racisés» ? Votre sens de la Justice me semble, pour le moins, assez moufleté ?

    Qui défend les Québécois constamment accusés de racistes ou de racisme systémique, quand ce n'est qu'une minorité qui l'est, et que des minorités racistes il en existe partout dans le monde ? Même chez nous, et qui refusent trop souvent de s'intégrer ?

    C'est quoi cette attaque systématique contre (indirectement) la nation québécois, pour Amnistie internationale ?

    Justice et droit biaisés? Droits et justice très biaisés ?

    Voyez-vous, moi je suis pour la Vertu de Justice , la noble , la vraie !

  • Gilles Théberge - Abonné 3 janvier 2018 12 h 29

    Nous devons nous intéresser aux droits des femmes chez nous. Entre elles, et en rapport avec ceux des hommes madame Vaugrante.

    Il est inacceptable qu’aujourdhui encore, des femmes sont obligées de se voiler pour circuler dans notre société...

    Comme vous dites, « un solide respect pour le droit des femes est un exemple à donner ».

  • Benoit Samson - Inscrit 3 janvier 2018 21 h 14

    Médaille d'or pour le photographe de cette image d'enfants

    Bravo pour la publication de cette image d’enfants heureux.

    Ces enfants immigrés au Canada vivent maintenant dans la paix, sans peur des bombes, sans peur du viol ou meurtre de membres de leurs familles. Ils ne voient pas de différence entre la couleur de leurs peaux respectives, leurs religions, leurs héritages différents les uns des autres. Ils n’ont plus peur. Ils rient.

    On voit l’image du bonheur rayonnant sur les visages et sourires de ces enfants, sans contredit.

    Ils auront peut-être trop tôt fait d’apprendre que certains ne les accepterons pas tels qu’ils sont et que nous les voyons ici. Certains leur feront sentir qu’ils sont les bienvenus chez nous à condition de renier ou cacher une partie de leur identité, et se déguiser en ‘’comme nous autres’’. Ils verront peut-être leurs parents tristes des regards désapprobateurs de ceux qui les regardent du haut de leur importance avant de sentir eux-mêmes cette condescendance tomber sur eux. On leur enseignera à avoir peur de l’autre qui est différent d’eux. Car le racisme, le rejet, la haine ne sont pas innés, il sont appris, enseignés par des adultes.

    Heureusement, et tout à notre honneur, il semble que la très grande majorité des Canadiens ne fait pas partie d’une minorité hargneuse qui leur offre un amour conditionnel, une demande d’assimilation sine-qua-non.

    Cette image rappelle les mots d’un chant folklorique québécois;’’ Petits enfants courez dans la prairie, sentez le doux parfum des fleurs, trop tôt hélas vous verserez des pleurs’’… mais dans ce cas-ci pas les pleurs que la générosité des Canadiens continue à prévenir. Espérons qu'ils n'auront pas à à s’effacer si nécessaire pour ne pas déclencher l’ire ni le rejet des des intolérants.