Trump, l’éléphant dans la pièce en 2017

«Et si Donald Trump était le miroir qui nous renvoie l’image terrifiante de notre société?»
Photo: Timothy A. Clary Agence France-Presse «Et si Donald Trump était le miroir qui nous renvoie l’image terrifiante de notre société?»

La présence d’un monstre psychopathe à la tête du plus puissant pays du monde, dont nous dépendons tous, est l’éléphant dans la pièce de cette année 2017. On a beau en rire, s’en dissocier, s’y opposer, attendre le moment de sa chute ou de son assassinat, Trump a été présent tous les jours de 2017 : ses tweets insolents, incohérents, vulgaires, mensongers et irresponsables nous assaillent au réveil le matin, ses gestes grossiers et sans filtre nous troublent, le chaos qu’il provoque partout où il passe nous fait craindre le pire, y compris la guerre nucléaire.

Et s’il était le miroir qui nous renvoie l’image terrifiante de notre société ?

Trump, miroir d’une société qui accepte de voir s’accroître sans cesse les inégalités sociales, une société dirigée par les riches et organisée pour les riches. La politique des baisses d’impôt, de la privatisation, du démantèlement de l’État, des paradis fiscaux, des multinationales, du PIB : Trump en est le champion, mais Macron aussi, Couillard aussi, Legault aussi, Trudeau aussi. C’est le dogme du néolibéralisme et du libre-échange, et toutes nos petites gauches n’y changent pas grand-chose. La misère, la pauvreté, la spoliation, le déracinement et la dépendance règnent plus que jamais.

Trump, miroir d’une société qui refuse de prendre au sérieux les changements climatiques et la menace d’effondrement du système économique et des écosystèmes, d’une société qui se dirige vers le chaos. Trump ne s’en cache pas : il dénonce la COP21, ramène le charbon, autorise les oléoducs. Les autres pays ont signé la COP21, y compris le nôtre, mais ils ne font guère autrement. Le pétrole continue à couler, les autos, les poids lourds et les avions à circuler, au point d’annuler tous les gains en efficacité énergétique, jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à l’invasion des eaux et à la furie des tempêtes, jusqu’à la sécheresse et aux incendies incontrôlables, jusqu’à l’asphyxie et à la famine des mégacités. Chez nous, Trudeau répète bêtement qu’on peut en même temps réduire nos gaz à effet de serre et tripler l’exploitation des sables bitumineux. Il est pourtant clair que nos timides mesures d’économie verte, nos autos électriques et nos jardins communautaires ne nous épargneront pas le déluge.

Refuser la solidarité

Trump, miroir d’une société qui refuse la solidarité entre les peuples et les humains d’où qu’ils soient, qui érige des murs, qui ferme les yeux sur les migrants qui se noient, les persécutés qui fuient, la complicité pétrolière avec l’Arabie saoudite, les aspirations des deux milliards de Chinois et d’Indiens à un niveau de vie semblable à celui de l’Occident et le désespoir des jeunes Africains qui subissent l’empreinte écologique des pays occidentaux. Trump le dit effrontément : « America first, nous allons anéantir la Corée du Nord, l’Iran, le groupe État islamique, nous allons sortir les Palestiniens de Jérusalem, l’ONU est la maison des mensonges. » Mais nous faisons la même chose, plus poliment. Nous vendons des armes à l’Arabie saoudite et nous redoutons en secret le déferlement des hordes barbares de réfugiés climatiques, politiques et économiques. Nous sommes incapables de conjuguer identité nationale et solidarité internationale. Nous inventons des extrêmes droites et des extrêmes gauches pour nous donner bonne conscience.

Trump, miroir d’une société qui a totalement perverti l’idée même de démocratie avec l’argent, la manipulation de l’information, la collusion, la partisanerie et le clientélisme politiques. Trump a introduit les dirigeants des banques et des multinationales à la Maison-Blanche, inventé les fake news, il bafoue les institutions démocratiques et ne se préoccupe que de sa base électorale. Notre démocratie ici et ailleurs dans le monde est-elle si différente ? Les scandales qui se multiplient en sont la preuve. Le peuple ne décide pas, ne contrôle plus rien, est exploité et programmé.

Trump est l’éléphant (républicain !) dans la place. Derrière la rectitude politique et la bonne conscience écologique que nous affichons, nous tolérons le même type de société. Son omniprésence et son sans-gêne tout au long de cette année 2017 nous offrent un miroir accablant de notre déni et de notre démission collective.

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12 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 décembre 2017 01 h 15

    quel homme de pouvoir,

    et il n'a pas fini de nous surprendre, le pouvoir est aussi vaste dans l'horreur, qu'il est vaste dans le bien,reste a voir, jusqu'ou Trump est près a aller, je le soupconne de ne pas avoir beaucoup de limites

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 27 décembre 2017 04 h 56

    texte juste et déprimant.....


    Le plus déprimant est que Trump restera probablement en selle pour trois autre années, sinon sept.....

    Espérons une raclée des Républicains aux élections de mi-mandat l'année prochaine qui pourrait peut-être les convaincre à s'opposer à un deuxieme mandat pour Trump...

  • François Beaulé - Abonné 27 décembre 2017 08 h 57

    Une expression mal utilisée

    « the elephant in the room » est d'abord une expression américaine. Elle ne s'applique pas bien à Donald Trump puisque tout le monde en parle.

    « L'éléphant dans la pièce », c'est la crise de la civilisation américaine. C'est elle que la majorité des gens se refusent à admettre et à considérer.

    Les médias et la gauche ou ce qui en tient lieu ne cessent de s'indigner jour après jour des pitreries de Donald Trump. Alors que, aussi énorme soit-il, il n'est que la pointe de l'iceberg.

    L'« american way of life » n'a pas d'avenir. Il repose sur la prédation des ressources naturelles et sur un impérialisme. C'est tellement plus facile de se moquer de Trump que de reconnaître l'irrationalité de notre mode de vie et la nécessité de le modifier en profondeur.

    • Michaël Lessard - Abonné 27 décembre 2017 09 h 35

      Je suis d'accord que le titre est mal choisi, mais le fond est excellent. Trump est une caricature des États-Unis, mais aussi un peu de bien d'autres pays dans le monde.

  • Colette Pagé - Inscrite 27 décembre 2017 10 h 00

    Donald Trump le clone de Helmut Kohl.

    Dans sa biographie sur Angela Merkel, l'auteure Marion Van Renterghen interroge Lothar de Maizière qui comme dirigeant élu de l'Allemagne de l'Est devait négocier et achever le traité de réunification avec son homologue de l'Ouest le chancelier Helmut Kohl.

    Admiriez-vous Helmut Khol ? Lui demande-t-je . La réponse est franche et nette : Non !.... Mon interlocuteur ne mâche pas ses mots. " Khol était un colosse catholique, sans culture, sans sensibilité. Brutal, arrogant, méprisant, il se permettait de tutoyer tout le monde. Il y a des gens, quand ils entrent dans la pièce, la pièce est remplie. On ne pouvait pas respirer à côté de Khol. " (p.71)

    En juillet 1990 alors que Maizière rencontre François Mitterand et que durant deux heures ils parlent de littérature et de musique, le président français qui connaît bien Khol lui dit : " Enfin un politique allemand qui a de la culture".(p.72)

    Ce portrait d'Elmut Khol pourrait s'appliquer au président Trump qui n'aime ni les arts, ni la littérature, ni la musique.

    Qualifié de voyou par l'éditeur de Harper's Magazine et par l'écrivain Philip Roth. le Président américain narcissique et menteur pathologique inquiéte plus de 6 000 pyschologues sur l'état de la santé mentale.

    À relire : "Ces malades qui nous gouvernent !

  • Jean-Charles Morin - Abonné 27 décembre 2017 10 h 07

    Les États-Unis sont un mutant en mutation.

    Monsieur Lessard dit que Donald Trump est une caricature des États-Unis.

    Je dirais plutôt que ce sont les États-Unis qui sombrent peu à peu dans la caricature de ce qu'ils étaient auparavant. Certains experts diront que cette évolution était inévitable depuis la chute du Mur de Berlin et la disparition de l'URSS. Depuis ce temps l'oncle Sam règne sans partage, laissant voir de plus en plus ses penchants morbides et honteux.

    En élisant Donald Trump, les Américains ne font qu'accorder leur image avec leur nouvelle réalité. La pièce s'est transformée pour accommoder l'éléphant.

    Ce n'est pas Donald Trump qui a forgé la nouvelle Amérique; c'est la nouvelle Amérique qui a produit Donald Trump. And it's only the beginning...