Le Canada doit s’engager réellement pour la paix

«On peine à comprendre comment le gouvernement canadien peut se montrer plus réservé dans ses positions que le Conseil de sécurité et la CIJ.»
Photo: Lars Hagberg La Presse canadienne «On peine à comprendre comment le gouvernement canadien peut se montrer plus réservé dans ses positions que le Conseil de sécurité et la CIJ.»

Le jeudi 21 décembre 2017, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, à forte majorité, une résolution qui dénonçait la décision des États-Unis de déménager leur ambassade à Jérusalem. Le Canada s’est abstenu de voter sur la question.

L’enjeu ne devrait pourtant pas être litigieux. Déjà, en 1980, le Conseil de sécurité (instance dans laquelle les États-Unis possèdent un droit de veto) affirmait par ses résolutions 476 et 478 que Jérusalem-Est était un territoire occupé et qu’Israël allait à l’encontre du droit international en en faisant sa capitale. La résolution 478 va même plus loin en demandant à tous les États de retirer leurs représentations diplomatiques de cette ville. S’il fallait qu’une ambiguïté demeure, rappelons qu’en 2004 la Cour internationale de justice (CIJ) concluait que Jérusalem-Est est toujours un territoire palestinien occupé et que tous les États ont l’obligation de ne pas soutenir les violations du droit international commises par Israël.

On peine à comprendre comment le gouvernement canadien peut se montrer plus réservé dans ses positions que le Conseil de sécurité et la CIJ.

Il ne faut pas se surprendre de cette réticence, car si, lors de la dernière campagne électorale, le Parti libéral du Canada s’est engagé à « promouvoir la paix et la sécurité mondiale », force est de constater que les gestes sont souvent loin de la parole.

Et les exemples sont nombreux :

Septembre 2017, le Canada a atteint un creux historique quant au nombre de soldats et policiers déployés dans des missions de maintien de la paix. Même sous Harper, nous n’avions jamais déployé aussi peu d’effectifs.

En décembre de la même année, Radio-Canada révélait que l’armée et les services d’espionnage avaient reçu une directive qui autorisait l’usage d’information obtenue sous la torture à certaines conditions. Pourtant, la Convention contre la torture, que le Canada a ratifiée il y a 30 ans, est sans ambiguïté sur la question : « Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit […] ne peut être invoquée pour justifier la torture. » La convention prévoit également que la seule utilisation légitime de déclaration obtenue par la torture est celle qui servirait à établir la culpabilité du bourreau à l’origine de cette même torture.

Armement nucléaire

Le Canada déçoit également lorsqu’il est question de prendre position sur l’armement nucléaire.

La bombe nucléaire constitue l’arme de destruction massive la plus dévastatrice qui soit. Elle est, par sa nature même, incapable de distinguer entre civils et militaires, entre enfants et soldats. Elle irradie sans discrimination chair, terre et air. Ses déchets radioactifs se répandent sans considération pour les frontières maritimes ou terrestres, et sa dévastation est telle qu’il n’est même pas contesté qu’elle a le potentiel de mettre fin au progrès (et à l’existence) de l’espèce humaine.

Les incidents aux centrales de Fukushima et de Tchernobyl sont des preuves incontestables que, lorsqu’il est question de nucléaire, les risques et dangers qui l’accompagnent ne sont ni aisément contrôlables ni facilement prévisibles. Or, en septembre dernier, lorsque l’ONU a adopté le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, le Canada s’est opposé à cette résolution.

Pourtant, l’Assemblée générale des Nations unies a maintes fois affirmé que l’utilisation de l’arme nucléaire, si elle devait se reproduire, constituerait un crime contre l’humanité. Invitée à se prononcer sur la question en 1996, la CIJ conclut que, en règle générale, faire usage d’une bombe nucléaire constituerait un crime contre l’humanité, mais elle refuse d’affirmer qu’il en serait nécessairement de même dans une « circonstance extrême de légitime défense dans laquelle la survie même d’un État serait en cause ». Il s’en est fallu de peu (c’est le vote prépondérant du président de la cour qui a rompu l’égalité) que la CIJ ne conclue que le recours à l’arme nucléaire était nécessairement un crime international, quelles que soient les circonstances.

Dans le contexte de cette résolution, il est particulièrement décevant de constater que le gouvernement Trudeau a préféré se ranger aux côtés des Trump et Poutine de ce monde plutôt que de joindre son vote aux 122 nations qui ont appuyé le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Qu’il s’agisse de prévenir une guerre atomique, de respecter le droit international humanitaire, de collaborer aux missions de maintien de la paix ou de prendre position en faveur du respect du droit international par Israël, force est de constater que, malgré ses discours vertueux, le Canada n’a pas le courage d’agir concrètement pour la paix.

À la suite de son élection, Trudeau avait promis le retour d’un Canada engagé et impliqué sur la scène internationale. Il est temps que ses votes et ses actions suivent cette promesse.

10 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 décembre 2017 01 h 45

    le curé ou les banquiers

    pour faire, quoi, pour redevenir religieux et croyants, vous ne croyez pas que les objectifs sont maintenant empiriques, enfin c'est mon opinion, l'ère des grandes grandes fresques religieuses, ne sont-elles pas terminées, nos maitres sont maintenant les banquiers, voila la force de Trump

  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 27 décembre 2017 04 h 29

    aussi l'APD à la baisse...


    Merci pour cette bonne revue.

    Vous pourriez ajouter l’aide publique au développement internationale (APD) qui est considéré comme instrument, direct ou indirect, pour efficacement créer des conditions propices au développement et au maintien de la paix. Le budget de l’APD du gouvernement Trudeau est en constant déclin, et l’APD canadienne se retrouve aujourd’hui à son niveau le plus bas de son histoire, ie. à moins de .25% du PIB (nb. l’objectif fixé pas les pays de l’OCDE se situe toujours à .7% du PIB).

  • Jacques-André Lambert - Abonné 27 décembre 2017 04 h 46

    Voyons donc.

    Vu qu'Israël ne possède pas d'armement nucléaire, l'opinion internationale n'a pas à statuer sur le sujet.

    Vu qu'Israël est un bon élève et respecte toutes les résolutions prises par l'ONU, le Canada se réserve le droit de l'encourager.

    Et vu que le Canada ne subit aucune pression de la part du lobby sioniste et qu'il sait, par lui-même, distinguer un État qui se défend d'un État qui opprime, il peut museler les voix critiques "antisémites" des tenants du BDS.

    Vu que le Canada est réputé pour défendre les opprimés de la terre et qu'il oeuvre en faveur de la paix et de la justice...

    Tout vu.

    • Hélène Paulette - Abonnée 27 décembre 2017 09 h 21

      Désolée de vous contredire mais Israel a développé l`arme nucléaire secrètement depuis des lustres. En ne signant aucun traité, cet État est libre de ne respecter aucune des résolutions de l`ONU.

    • Michaël Lessard - Abonné 27 décembre 2017 09 h 28

      J'espère que les gens qui ont aimé votre commentaire réalisent sa nature sarcastique :P

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 27 décembre 2017 09 h 48

      Sauf erreur, Israël possède un armement nucléaire sans toutefois l'avouer ouvertement. De toute façon, il est quasiment un état américain: le 52ème?

    • Gilbert Troutet - Abonné 27 décembre 2017 11 h 49

      Il fallait comprendre que Jacques-André Lambert faisait dans l'ironie. Qu'Israël possède la bombe atomique, ce n'est plus un secret. Et que «l'État hébreu» soit aussi un élève modèle en droit international, tout le monde le sait aussi.

  • Gilbert Troutet - Abonné 27 décembre 2017 09 h 27

    Excellent réquisitoire

    Bravo pour cet inventaire des couardises du gouvernement canadien, certaines passées sous silence par les grands médias à sa solde. La liste devient longue, en effet, des occasions manquées pour le Canada de se démarquer un tant soit peu sur la scène internationale. L'auteur a raison de souligner qu'à la suite de son élection, Justin Trudeau avait promis le retour d’un Canada engagé et impliqué sur la scène internationale. Il serait temps, conclut-il, que ses votes et ses actions suivent cette promesse. On a vu ainsi libéraux et conservateurs, main dans la main, voter contre le BDS (campagne internationale appelant à exercer diverses pressions économiques, académiques, culturelles et politiques sur Israël). Les dernières courbettes devant Trump ne font qu'ajouter au discrédit de ce gouvernement qui ne fait que suivre plutôt que montrer la voie.

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 27 décembre 2017 09 h 41

    Il y a plusieurs façons d'oeuvrer pour la paix.

    Vous voulez que le Canada s'engage pour la paix. Moi je veux bien.

    La première chose à faire pour établir la paix, c'est de ne pas chercher à se mettre les puissants de ce monde à dos inutilement car les représailles, notamment dans le domaine économique, peuvent faire mal, très mal. C'est ce qui est fait actuellement avec les États-Unis et la Chine, parfois avec la Russie.

    Justin Trudeau respecte les plus puissants que lui et je dois dire que là-dessus je ne puis lui en tenir rigueur. C'est son penchant pour aboyer avec la meute et son attitude parfois indifférente, parfois condescendante envers tous ceux qu'il voit comme faibles et démunis qui posent problème.