Faire de la transition énergétique davantage qu’un voeu pieux

Le gouvernement du Québec a tout intérêt à développer une vision plutôt que de se fier à des cibles, certes ambitieuses, mais peu soutenues, croit l'auteur. 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le gouvernement du Québec a tout intérêt à développer une vision plutôt que de se fier à des cibles, certes ambitieuses, mais peu soutenues, croit l'auteur. 

Malgré des cibles ambitieuses, le Québec semble bien mal amorcer sa transition énergétique. Si la tendance se maintient, la province réussira difficilement à atteindre les objectifs qu’elle s’est elle-même fixés pour 2030 : réduire de 40 % sa consommation de produits pétroliers et diminuer ses émissions de GES de 37,5 %.

Ce constat, c’est celui de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, rendu public dans son rapport L’état de l’énergie au Québec 2018. Ses observations sont sans équivoque : les interventions du Québec ne sont manifestement pas à la hauteur de nos ambitions. L’industrie éolienne québécoise a exprimé les mêmes craintes lors des récentes consultations de Transition énergétique Québec (TEQ), le nouvel organisme gouvernemental à la barre de cette transition.

La transition énergétique, c’est d’abord et avant tout un important effort d’électrification de plusieurs secteurs de notre économie : nous n’avons qu’à penser aux secteurs des transports et de l’industrie pour réaliser rapidement l’ampleur des progrès possibles. L’état de l’énergie au Québec 2018 démontre qu’il y a là plusieurs occasions pour progresser. Sans oublier que le Québec importe 53 % de son énergie — du pétrole, du gaz naturel et du charbon — au détriment de notre balance commerciale.

Ces efforts doivent aller de pair avec ceux liés à l’amélioration de l’efficacité énergétique.

Des actions à concrétiser

Alors que les cibles sont saluées, les actions, elles, tardent à se concrétiser. Il est particulièrement préoccupant que le gouvernement ait mandaté TEQ de réduire de seulement 5 % la consommation de produits pétroliers au Québec d’ici à 2023. Cela nous obligera à effectuer une réduction sept fois plus importante pendant la deuxième moitié de la période couverte par la Politique énergétique.

Il s’agit d’une cible intérimaire trop peu ambitieuse, qui n’augure rien de bon pour la réussite de la Politique énergétique et pour l’atteinte des objectifs de réduction d’émissions de GES du Québec. En d’autres mots, cette façon de faire donne l’impression que le gouvernement du Québec veut remettre à plus tard ses efforts les plus considérables, faisant même douter de sa volonté de respecter ses engagements.

Pendant que le Québec tarde à adopter des mesures concrètes et que d’autres évoquent des « surplus » d’énergie (rappelons-nous que nous en importons davantage que nous en produisons), le secteur continue d’évoluer à la vitesse grand V. L’Alberta vient d’annoncer l’octroi de projets éoliens à moins de 4 cents du kilowattheure. Il s’agit d’une manifestation concrète d’une tendance observée à l’échelle mondiale : le prix des énergies renouvelables est appelé à être inférieur à celui des approvisionnements « traditionnels », comme l’hydroélectricité, le nucléaire ou le gaz naturel. À ce prix, l’énergie éolienne est même appelée à concurrencer celui du fameux bloc patrimonial au Québec.

Au-delà des cibles, c’est peut-être l’approche même qu’il faut reconsidérer. Dans le secteur de l’énergie, nous avons pourtant des décennies d’expérience et de savoir-faire en tant que précurseurs. Électrifions, consommons mieux et développons nos atouts, au bénéfice de notre économie et de nos clients dans les marchés extérieurs.

C’est pourquoi le gouvernement du Québec a tout intérêt à développer une vision plutôt que de se fier à des cibles, certes ambitieuses, mais peu soutenues. Le Québec a la chance de se tourner vers une économie du XXIe siècle dans son secteur énergétique, avec toutes les retombées que cela pourrait engendrer. Il s’agit d’une occasion à saisir. L’industrie éolienne québécoise sera l’alliée de tous ceux qui voudront porter une telle vision pour que le concept de transition énergétique dépasse le statut de voeu pieux.

5 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 21 décembre 2017 10 h 07

    L'argent, le nerf de la guerre

    Se pourrait-il qu'alors qu'on a les yeux trop rivés sur l'électrification des transports individuels, on assiste à une certaine croissance du gaz naturel au niveau domestique ?

    Dans la région de Montréal, les condos poussent comme des champignons et pour nombre de ces nouveaux lieux d'habitation, les promoteurs proposent (et vendent avec succès) des éléments fonctionnant au gaz naturel, soit des foyers, des cuisinières et des chauffe-eau.

    Le gaz naturel offre plusieurs avantages sur l'électricité : il est plus rapide, plus fiable et surtout, plus économique.

    Plus rapide ? Pour qui aime cuisiner et qui a goûté au gaz, passer à l'électricité n'est pas invitant. Ensuite, dans les petits logements, le chauffe-eau à la demande, qui fait l'économie du gros réservoir qu'il faut remplacer tous les dix ans n'est possible qu'avec le gaz.

    Plus fiable ? Les gens qui sont à 100 % dépendants de l'électricité voient toujours arriver avec une certaine appréhension les tempêtes de verglas qui riment avec pannes d'électricité. Dans les immeubles en copropriété, les pannes électriques prolongées signifient gel des tuyaux et des dommages qui peuvent rapidement atteindre des sommes dans les six chiffres.

    Plus économique ? C'est là le nerf de la guerre : chauffer au gaz coûte sensiblement moins cher qu'à l'électricité car pour la majorité des logements, le seuil où le tarif du kWh augmente de 50 % est rapidement dépassé. Dans un immeuble à logements multiples, le chauffage des espaces communs est nettement plus cher s'il est produit par l'électricité.

    Une forte majorité de consommateurs se préoccupent davantage du montant au bas de la facture que de l'impact économique ou environnemental de leur choix énergétique. Aux prix actuels du pétrole et du gaz, l'industrie (pétrolière et gazière) est largement en mesure de concurrencer l'électricité au niveau domestique et en partie industriel. Et puis, si la demande devait exploser, l'électricité à 0,06 $ le kWh ne serait plus

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 21 décembre 2017 12 h 04

      Le chauffage est un moindre problème, car c'est beaucoup plus facile de reconvertir le chauffage vers l'électrique quand ça adonnera, que que faire la transition électrique du transport, qui a besoin de très gros efforts qui deviendront très payants mais seulement plus tard. Si on ne met pas le paquet maintenant, ça va nous coûter beaucoup plus de milliards de $ en importations de pétrole que ce qu'on peut éviter en s'occupant du chauffage au gaz des logements de riches.

    • Cyril Dionne - Abonné 21 décembre 2017 17 h 13

      M. Richard,

      Une panne électrique signifie que votre fournaise à gaz de fonctionne pas et donc vous aurez un « gel des tuyaux et des dommages qui peuvent rapidement atteindre des sommes dans les six chiffres ». Le gaz naturel est plus dispendieux que l’électricité au Québec. Coudonc, travaillez-vous pour « Énergir »?

    • Jean Richard - Abonné 21 décembre 2017 17 h 29

      Malheureusement, le choix que fait le Québec en matière d'électrification des transports sera payant, très payant pour... la Chine, et ruinant pour le Québec.

      Malgré les beaux bonbons qu'on fait miroiter, le choix de la voiture individuelle ne créera pas d'emplois supplémentaires au Québec en lui ouvrant la porte d'une nouvelle industrie. Il n'y a rien de plus improbable. Le coût des importations de pétrole chaque année est beaucoup moindre que celui de l'importation de 500 000 voitures, à moins que le prix du pétrole bondisse de 300 ou 400 %.

      Le Québec est urbanisé et ne le sera pas moins dans 20 ans. Si, pour employer votre expression, « on ne met pas le paquet maintenant » sur les transports collectifs, facilement électrifiables, la technologie est là, bien rodée et efficace, c'est vrai que cette négligence va nous coûter cher avant longtemps. Le transport interurbain peut aussi être électrifié, et rapidement, avec une technologie fiable et efficace.

      Et contrairement à l'industrie automobile, qui est affaire de géants, celle des transports en commun peut encore rester sous notre contrôle (même si en adoptant la solution rechargeable pour les autobus, on ouvre la porte à la Chine, qui a déjà une longueur d'avance avec ce type de véhicule moins performant que les trolleybus.

  • Cyril Dionne - Abonné 21 décembre 2017 17 h 44

    Les non-dits

    Ce sont les non-dits qui sont les plus intéressants dans cet article. 4 cents du kilowattheure pour l’éolien en Alberta? Évidemment, vous ne nous parlez pas des subventions gouvernementales qui en découlent. Les sables bitumineux albertains essaieraient-ils de se donner une bonne conscience écologique?

    L’énergie éolienne est plus dispendieuse que les énergies fossiles si vous n’incluez pas les subventions généreuses des contribuables canadiens. Ici, on ne parlera pas d’une énergie intermittente qui produit seulement de 20 à 35% du temps. Ce qui sous-entend qu’on doit recourir à des sources d’énergies alternatives afin de palier au manque d’énergie. Ceci entraîne des coûts supérieurs en fin de compte.

    Ceci étant dit, les turbines, souvent plus hautes que 10 étages, sont fabriquées à partir de matériaux qui ont une empreinte écologique. Pourquoi vous ne parlez pas de l’impact écologique que celles-ci entraînent en terre arable et sur la faune? Les vibrations dues aux pales des turbines chassent les vers de terre qui sont garants d’une terre cultivable. À moins d’aller les planter au milieu de nulle part ou dans le grand nord, celles-ci ont un impact écologique très marqué en terres cultivables. Ici, encore une fois, on ne parlera pas des coûts additionnels pour se connecter au réseau électrique.

    Pensez-y pour une seconde, si les pays tels que l’Inde, la Chine ou le Japon n’exploitent pas l’énergie éolienne en quantité industrielle, c’est que ce n’est pas véritablement rentable. Parlez-en à l’Allemagne où ses citoyens paient à la hauteur de 40 sous du kWh.

    Je préfère, et de loin, l’énergie hydroélectrique qui est basée sur la gravité naturelle de l’eau.