Dire «non» à la Davie

Le gouvernement fédéral a non seulement le droit, mais surtout le devoir de dire « non » à la Davie s’il juge que cette dernière est incapable de lui offrir des navires de qualité, à prix compétitif et dans un délai raisonnable.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le gouvernement fédéral a non seulement le droit, mais surtout le devoir de dire « non » à la Davie s’il juge que cette dernière est incapable de lui offrir des navires de qualité, à prix compétitif et dans un délai raisonnable.

Le maire de Lévis se demandait s’il n’y a pas, au gouvernement fédéral, « une volonté de fermer la bonbonne d’oxygène » de la Davie. Et pourquoi pas ? Pour une fois que des considérations de saine gestion publique semblent prévaloir sur les motivations électoralistes de nos politiciens…

Peu importe qu’il ait besoin d’un nouveau navire ou non, le gouvernement fédéral a non seulement le droit, mais surtout le devoir de dire « non » à la Davie s’il juge que cette dernière est incapable de lui offrir des navires de qualité, à prix compétitif et dans un délai raisonnable.

On peut comprendre qu’il soit difficile pour le gouvernement fédéral de dire « non » à une entreprise qu’elle nourrit depuis des décennies. Toutefois, comme nous le rappelait récemment l’économiste Don Boudreaux, le droit et la capacité de dire « non » sont primordiaux au fonctionnement du marché.

C’est la peur de se faire rejeter par les consommateurs qui poussent les entreprises à offrir les meilleurs biens et services au meilleur prix possible ; c’est le pouvoir de dire « non » qui a permis aux consommateurs d’améliorer leurs conditions de vie.

Il n’y a dans les faits que les entreprises qui vivent aux crochets de l’État qui peuvent ignorer cette réalité. Pourquoi les fournisseurs de l’État ne sont-ils pas contraints aux mêmes obligations que les entreprises en concurrence ? Le travailleur qui trime avec ardeur pour payer les impôts qui permettent les dépenses publiques ne mérite-t-il pas que le gouvernement fasse usage de son argent avec le même discernement que lui ?

Il nous apparaît donc normal et justifié que le gouvernement Trudeau puisse dire « no » aux entreprises qui, comme la Davie, sont incapables de démontrer qu’elles sont suffisamment efficaces et productives pour vivre sans le pactole de l’État.

L’histoire déplorable de la Davie

Soyons honnêtes, le chantier de la Rive-Sud de Québec n’a rien d’une entreprise modèle. À moins de fixer la barre du fleuron régional au ras du sol, on doit reconnaître que la Davie s’est surtout démarquée par des retards de livraisons, des dépassements de coûts et des relations de travail difficiles.

Il faut obligatoirement porter d’étroites oeillères électorales pour faire fi du passé et réclamer du gouvernement fédéral un énième contrat pour la Davie.

Le premier ministre Couillard devrait d’ailleurs s’excuser auprès des contribuables québécois pour avoir mené la récente marche de soutien à la Davie alors qu’un important contentieux oppose son gouvernement au chantier naval.

Est-il nécessaire de lui rappeler que les traversiers commandés au chantier de Lévis pour relier Tadoussac à Baie-Sainte-Catherine coûteront plus du double que prévu et seront livrés avec un minimum de trois ans de retard ?

Ce que réclame la Davie, c’est un nouveau chèque d’aide sociale déguisé en contrat. Plutôt que d’investir dans la compétitivité et la qualité de ses travaux, elle joue encore la carte du chantage politique en brandissant les menaces de fermeture et de mise à pied des travailleurs.

La bonne nouvelle, c’est que quelqu’un à Ottawa semble avoir finalement compris que l’argent du gouvernement ne tombe pas du ciel, qu’il est prélevé des poches du contribuable et que chaque nouvel emploi improductif sauvé à la Davie éliminerait un emploi productif ailleurs dans l’économie. Bref, qu’octroyer un nouveau contrat à la Davie ne ferait qu’appauvrir les Canadiens comme les Québécois.

On ne peut que saluer cette résistance gouvernementale aux abuseurs de fonds publics. Il ne reste maintenant qu’à faire comprendre à la Davie et à ses meneurs de claque que, quand c’est non, c’est non !

19 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 11 décembre 2017 05 h 32

    Le souci de vérité

    Quelle est la cause des retards de livraison et de la hausse des coûts de construction des deux traversiers? Un trop bas niveau de conformité de l'appel d'offre ou de nouvelles exigences du maître d'oeuvre? Si oui, le véritable responsable n'est pas le chantier lui-même, mais le maître d'oeuvre. Que l'on nous éclaire s.v.p.! Il existe des normes dites de processus de fabrication, par exemple certaines normes ISO. Le chantier de Lévis en dispose-t-il? Si non, qu'il les obtienne... Il paraît qu'il serait maintenant le meilleur plus gros chantier naval au Canada. L'on se base certainement sur des données objectives. Qu'on nous les fournisse s.v.p..

  • Raynald Blais - Abonné 11 décembre 2017 05 h 57

    Dogme néolibéral

    "...chaque nouvel emploi improductif sauvé à la Davie éliminerait un emploi productif ailleurs dans l’économie."
    (Pierre Simard, ENAP)

    • Yves Mercure - Abonné 11 décembre 2017 17 h 30

      PRÉVARICATEUR. Politique? Gestion? Erreur humaine? Rien de tout ça il me semble. La discussion devrait se faire à partir du domaine de la criminologie! Les doublements de coûts sont aussi usuels que les "suppléments" de modifications, imprévus et autre considérations généralement très bien cryptées. Le fric est la seule valeur en cause : le contrat en est la base, avec ou sans enveloppes brunes ou noires, la cupidité le moteur et les passes fantômes s'avèrent fort usuelles. Privatisation du profit et socialisation des factures = business as usual. Pour vous en convaincre, M. Simard, poussez plus loin votre recherche historique et observez les belles ententes avec les Bombardier et les Irving. D'un côté de la poussière, qui va aux gestionnaires déjà millionnaires, et d'autre part, des milliards qui ne reflètent que la somme des subventions passées et qui échappent a la plus sobre tentative d'imposition des héritiers. Si tu as du fric, tu échappe aux dépenses, sinon, payer l'impôt est naturel. Néolibéralisme, et sauvage avec ça...

    • Pierre Fortin - Abonné 11 décembre 2017 18 h 07

      Monsieur Simard semble ne pas comprendre qu'un chantier naval est d'abord une industrie vivante qui produit de la richesse, d'autant plus après la livraison de l'Astérix qui a montré l'excellence des équipes de travail par leur bilan de l'opération. Le chantier Seaspan de Vancouver a déjà affiché des signes probants d'inefficacité : budget et délais en inflation.

      Le Fédéral en a-t-il vraiment évalué les capacités à livrer la marchandise selon les termes des contrats avant de l'inonder d'argent ? Davie vient de démontrer que son évaluation négative d'alors, par le gouvernement Harper, ne tient plus la route. La Davie dispose d'une équipe éprouvée et bien rodée, prête à l'emploi.

      Le professeur Simard devrait savoir que les performances passées ne peuvent témoigner de son futur, surtout quand on constate l'excellence actuelle. Excellence qui se perdra sûrement si on laisse tomber l'entreprise. Et encore une fois, on devra reprendre de zéro. Misère!

      Souhaitons que ce n'est pas la culture que le professeur Simard cultive à L'ÉNAP.

  • Gérard Garnier - Abonné 11 décembre 2017 07 h 30

    bis repetita non placent

    Enfin un commentateur qui ose écrire ce qui est probablement la vérité. Je n'ai aucune compétence en construction navale et n'habite Québec que depuis 10 ans. Mais lorsque j'ai entendu parler de la Davie, cela m'a immédiatement rappellé facheusement un chantier de construction qui était spécialisé en gros bateaux, surtout militaires à la fin, que j'ai connu. Sa réputation était épouvantable : impossibilité de respecter les délais et les prix entre autres problèmes. Par contre, il était bien connu que le rythme de travail et le nombre des travailleurs imposés par un syndicat étaient en rapport inverse de la productivité. Le chantier a fini par mourir. A force de charger le mulet, on l'a tué.

  • Jean-François Trottier - Abonné 11 décembre 2017 09 h 22

    Suite à ce beau discours néolibéral....

    ...parce que M. Simard est un fer de lance de belles "écoles de pensée" qui considèrent le gouvernement comme un mal nécessaire, l'argent des contribuables comme une denrée sacrée à respecter avant même les individus (les pauvres en tout cas) et l'efficacité comme étant la preuve ultime que seule l'entreprise privée est digne de vie.

    Ooooh! Je ne veux pas prendre le contrepied de M. Simard. Pas du tout.
    Je dis seulement que ce monsieur n'a aucune crédibilité étant donné son prosélytisme débridé contre toute institution qui ralentit une économie qu'il voit comme vouée à foncer tête baissée d'une crise à l'autre... ce qu'on appelle l'autorégulation, comme quoi les mots peuvent cacher des monstruosités.

    Alors j'attendrai un avis que je pourrai considérer comme valable. Celui-ci ne l'est pas, tout simplement.

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 décembre 2017 11 h 11

      Il semble que ce monsieur Simard se base sur des données qui datent de plusieurs années. De plus il se garde bien de comparer les performances de la Davie à celles des autres chantiers maritimes canadiens.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 11 décembre 2017 12 h 31

      Ainsi le chantier SeaSpan de Vancouver devait livré le super futur brise glace J Diefenbaker pour 720 M$ en 2017 maintenant, ainsi par hasard ils se sont aperçus que la cale sèche était trop courte maintenant le brise glace sera peut-être livré en 2019 , année électorale et coutera le double dues coûts soumis .

      http://www.ledevoir.com/politique/canada/409614/la

      La davie a proposé de faire ce navire pour ce prix et livré en 2016
      mais le volet politique a refusé le volet logique économique.

      https://www.lesoleil.com/affaires/construction-du-john-g-diefenbaker-ottawa-ignore-loffre-de-chantier-davie-401f13a82f045ca212d8d9ab6bff81f0
      Vancouver Shipyards, du groupe Seaspan,
      Soumission pour la fabrication du Brise-glace polaire glace de plus de 3 m
      Le NGCC John G. Diefenbaker,
      est le plus grand brise-glace qui sera construit de l'histoire canadienne. 150 m
      • Coût initial : 720 millions $ (budget 2008)
      • Coût aujourd'hui : 1,3 milliard $ (budget 2013)
      • Mise à l'eau initiale : 2017
      • Mise à l'eau aujourd'hui : 2020 selon Seaspan.
      Certaines personnes avancent même 2025.

  • Pierre Robineault - Abonné 11 décembre 2017 11 h 01

    Les proprios de la Davie

    Grâce au journal Les Affaires, sachons de plus, ceci:

    Le gouvernement du Québec a approuvé l'an dernier la vente de Davie à ZM Industries Canada, une entreprise du groupe européen Zafiro Marine, qui se spécialise dans la construction de navires allant en haute mer.

    La personne qui vient tout juste de me le signaler a ajouté un "Tsé'veu'dire?" bien senti.