Monorail à grande vitesse: une demi-mesure pour penser petit

Le projet d’un monorail à grande vitesse (comme celui à Düsseldorf, en Allemagne, sur la photo) annoncé par Philippe Couillard la semaine dernière illustre tous les travers d’une mentalité brouillonne, estime l'auteur. 
Photo: Getty Images Le projet d’un monorail à grande vitesse (comme celui à Düsseldorf, en Allemagne, sur la photo) annoncé par Philippe Couillard la semaine dernière illustre tous les travers d’une mentalité brouillonne, estime l'auteur. 

Le scepticisme à l’endroit des politiciens se portant plutôt bien, les rieurs n’ont pas manqué de matière. C’est avec un grand éclat de rire qu’a été accueillie l’annonce du premier ministre Couillard concernant l’intention de son gouvernement de lancer un projet de monorail à grande vitesse entre Montréal et Québec.

La province médiatique n’a pas manqué de scribes pour faire du bruit et défoncer une porte ouverte. À sa face même, la nouvelle improvisée dénature l’esprit et la lettre de ce projet évoqué voilà déjà cinq ans. Alors que les projets de train Québec-Windsor occupent les lobbys depuis une bonne quarantaine d’années, l’annonce du monorail a tout à coup fait basculer les savants éditorialistes et les reporters « pragmatiques » dans le camp de VIA. Comme retombée de relations publiques, on ne devait sans doute pas espérer mieux à Toronto.

La charge étant dirigée contre le projet et non contre le gouvernement, les articulets ont surtout servi à le caricaturer plutôt qu’à tenter d’en discuter les fondements. Le Québec ne dispose d’aucun réseau de transport public digne de ce nom. Le projet de monorail à grande vitesse, dans sa formulation originale, vise à relier Montréal aux grandes capitales régionales afin de doter le Québec d’une infrastructure essentielle au développement intégral de son territoire. Les scribes qui n’ont vu là qu’une manoeuvre nationaliste ne comprennent rien ni à l’intérêt national ni à l’économie.

Une vision d’État

Un tel projet ne saurait être qu’un projet de gouvernement. Les groupes qui, jusqu’ici, s’en sont faits les promoteurs n’ont agi que par substitution. C’est une affaire d’État, devant traduire une vision d’État. Une vision qui combine stratégie industrielle (le Québec dispose de la grappe complète des fabricants) politique de transport et de structuration du territoire et politique énergétique. Le projet peut donner le signal d’une grande mobilisation technologique appelant ingénieurs, fabricants et tout l’appareil de recherche à la réalisation d’une avancée majeure.

Les discoureurs qui ne peuvent écrire deux lignes sans en appeler à l’audace et à l’innovation ont trouvé la chose trop osée parce qu’ils ne lui ont pas trouvé de… précédent ! Cherchez l’erreur.

Au lieu de se perdre dans les anecdotes à propos du génie chinois ou devant la terreur que leur inspire l’effort qui n’a pas été validé par Toronto ou la Silicon Valley, ils auraient mieux fait de connaître l’histoire du Québec et de s’en inspirer. Pour développer les barrages du Nord, il fallait pouvoir transporter l’énergie sur des distances immenses. Il ne manquait pas de spécialistes pour prétendre que tenter la chose était pur délire. Les ingénieurs d’Hydro-Québec ont tellement déliré que la technologie de transport du courant 735 000 volts est désormais devenue un standard mondial !

Le projet d’un monorail à grande vitesse annoncé la semaine dernière illustre tous les travers d’une mentalité brouillonne. Voilà une demi-mesure annoncée à la va-vite, commentée sans analyse rigoureuse du concept dans son ensemble et surtout sans considération pour le seul cadre qui en rendrait la discussion fructueuse : l’intérêt national. Les « vendeurs de copies » n’en ont cure. Il leur faudrait penser en tenant les régions pour autre chose qu’un cadre touristique de consolation pour ceux qui ne peuvent se payer le Sud ou la Thaïlande.

Le gouvernement du Québec aurait pu faire de cette annonce celle d’un grand projet national. La demi-mesure électoraliste n’aura suffi qu’à révéler encore davantage les déficiences des provinciaux qui occupent trop d’espace dans le complexe médiatique. Le projet Montréal-Québec ne fera qu’aggraver l’injustice fiscale dont sont victimes les citoyens qui vivent dans les régions et qui doivent se contenter de solutions bancales définies en fonction de la rentabilité attendue par des compagnies privées.

Le transport collectif électrifié couvrant l’ensemble du territoire devrait être considéré comme un service public essentiel, conçu, organisé et financé comme tel. Le Québec mérite mieux que les radotages sur le corridor ontarien pensé dans les termes du siècle passé. La médiocrité du commentaire que nous ont livré les phares de la bourgade n’aura servi qu’à pousser d’un cran le cynisme à l’endroit de leur contribution à la vitalité démocratique.

21 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 6 décembre 2017 06 h 59

    Que vous avez raison !

    Prioriser le lien Montréal-Québec en transport collectif rapide, après avoir mis la priorité avec le REM sur les liens nord-ouest-sud-ouest, ne vise pas à lier entre eux les Québécois et les Québécoises des régions avec le triangle Montréal-Sherbrooke-Québec.

    C'est même placer l'idée d'un monorail, qu'il urge de valider par essai, dans l'axe du développement du Canada alors que le penser en fonction de ce triangle et des régions ressources incite à concevoir des liaisons avec le nord-est des États-Unis, mais aussi à y jumeler un transport de certaines marchandises.

    Du coup, une telle approche invite à concevoir un projet qui réduirait le recours à l'automobile et au transport dépassé par train, diminuerait le nombre de camions sur les autoroutes et favoriserait des activités reliées au tourisme en provenance des États-Unis ou en direction des côtes américaines du sud-est.

    Mais il y a plus, un tel projet implique aussi de brancher ce monorail au transport sur l'île de Montréal par l'aménagement des lignes présentes et envisagées, ce qui réduirait le transport automobile via les ponts.

    Ce genre d'étude s'impose. Chose certaine, elle sort des analyses est-ouest du Canada dont le raboutage du réseau est la façon de bonifier le transport ferroviaire entre Québec et Windsor. Et, comme ce l'est, ses concepteurs visent le tronçon Montréal-Toronto après avoir mis de côté un TGV jusqu'à Québec, car il ne fait pas sens pour les gens du sud-ouest de l'Ontario qui le veulent si possible en direction du centre-sud des États-Unis.

    Oui. Vous avez raison de dire qu'il faille penser Québec, ce qui implique de le faire sans avoir à quémander, mais en misant sur l'imagination plutôt que la soumission.

    Or, quémander, c'est ce que fait le PM Couillard en ciblant un tronçon canadien sur le territoire du Québec, ce qui nous renvoie à 1867 plutôt qu’à 1960-80.

  • Gilbert Turp - Abonné 6 décembre 2017 07 h 07

    Excellent texte

    Vous mettez le doigt sur ce qu'on aurait envie de nommer le Québec du néo-petit pain.

  • Daniel Beaudry - Abonné 6 décembre 2017 09 h 44

    D'abord valider par des concepts moins grands et couteux.

    Cet espèce de métro aérien qui occupe peu d'espace au sol pourrait enjamber le fleuve Saint-Laurent à plusieurs endroits et rejoindre St-Hubert, St-Bruno, Boucherville et les municipalités de l'ile de Laval. Il y a une très grande différence entre les contraintes techniques de 150 km/heure et 250, je le soupçonne. Le projet aurait un impact important sur la circulation sur les ponts et libérerait de la nécessité d'utiliser l'automobile dans l'espoir de se rendre au travail ou simplement sur l'ile en moins de temps. Imaginez un autobus autonome et rapide, jamais gêné par la circulation ni la neige et qui part aux 5 minutes !!

  • Bernard Terreault - Abonné 6 décembre 2017 10 h 07

    Pas seulement le Québec

    Il n'y a pas que le Québec qui n'a pas d'infrastructure de transport public moderne. C'est toute l'Amérique qui est dans cette situation où le transport à courte et moyenne distance se fait en auto individuelle et celui à plus longue distance en avion. Tout cela pour des raisons qui peuvent s'expliquer mais qui ne tiennent plus à cause de la densification de la population et surtout à cause de l'effet de serre. C'est donc d'abord un changement de paradigme à opérer en commençant d'abord par le problème le plus pressant et le plus irritant, celui du transport urbain. Stopper l'étalement, investir massivement dans les trains, métros, bus rapides, tramways --
    ou même monorails urbains. Pas de préjugé pour une solution technique ou une autre, juste le meilleur choix au meilleur prix pour chaque cas précis.

  • Michel Sarra-Bournet - Abonné 6 décembre 2017 10 h 36

    Décolonisons les pensées

    Conscience nationale,
    Intérêt national,
    Ambition nationale,
    Action nationale!