Montréal, ville sans sida d’ici 2030

C‘est en favorisant l’accès au dépistage et à la mise sous traitement rapide des patients après le diagnostic que l’on peut contribuer à éliminer le VIH.
Photo: Niranjan Shrestha Associated Press C‘est en favorisant l’accès au dépistage et à la mise sous traitement rapide des patients après le diagnostic que l’on peut contribuer à éliminer le VIH.

En ce 1er décembre 2017, nous n’avons jamais été si proches de mettre un terme à l’épidémie du VIH. Depuis le début de l’épidémie, soit il y a une trentaine d’années, le VIH a connu des avancées thérapeutiques exceptionnelles, comme aucune autre pathologie dans l’histoire médicale. À partir de 1996, avec l’arrivée des antirétroviraux, on a vu une chute spectaculaire des décès reliés au sida et une diminution des nouveaux diagnostics. Avec le temps, on associe de plus en plus le VIH à une maladie chronique. Aujourd’hui, non seulement les traitements permettent-ils aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH) d’avoir une espérance de vie semblable à celle des personnes séronégatives, mais les modes de prévention thérapeutique réduisent également de façon significative les taux de transmission du VIH.

Néanmoins, il n’y a toujours pas de vaccin, le VIH n’est pas encore curable et il demeure très préoccupant parmi les populations vulnérables, dont les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH). Depuis 2002, les HARSAH représentent plus de 60 % des nouveaux diagnostics de VIH au Québec, dont la majorité dans la région de Montréal. Ils constituent une population particulièrement vulnérable au VIH, courant 131 fois plus de risques de contracter le virus que les autres hommes. Aujourd’hui, même si la situation n’est pas stabilisée, des outils de prévention efficaces sont disponibles pour agir et il faut s’en servir.

Programme ONUSIDA

Depuis quelques années, le programme de lutte contre le sida des Nations unies (ONUSIDA) vise l’éradication du VIH d’ici 2030. La cible est ambitieuse, certes, mais on peut y arriver si on s’en donne les moyens. Une des étapes pour y parvenir est l’atteinte des objectifs 90-90-90, c’est-à-dire : a) 90 % des personnes séropositives doivent connaître leur statut sérologique ; b) 90 % des personnes qui sont séropositives doivent prendre un traitement antirétroviral ; c) 90 % des personnes qui prennent un traitement antirétroviral doivent avoir une charge virale indétectable (la charge virale correspond à la quantité de virus dans le sang).

En atteignant ces objectifs, on tend à éliminer la transmission, car indétectable = intransmissible. C‘est en favorisant l’accès au dépistage et à la mise sous traitement rapide des patients après le diagnostic que l’on peut contribuer à éliminer le VIH. Au Québec, on estime que 20 % des personnes séropositives ignorent leur statut. C’est également en appliquant les différents moyens de prévention biomédicale, par exemple en prescrivant le plus largement possible la prophylaxie pré-exposition (PrEP) à des personnes à risque de contracter le VIH, notamment les HARSAH.

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) existe depuis 2011 et consiste à donner des traitements antirétroviraux dans un but préventif. Dans le cas du VIH, il s’agit d’empêcher que le virus infecte l’organisme en bloquant son cycle de réplication. Ainsi, des personnes très vulnérables au risque d’infection par le VIH peuvent prendre un traitement antirétroviral à la demande (avant d’avoir des relations sexuelles) ou de façon continue pour éviter de contracter le virus. Les études ont montré que la PrEP diminue de 90 à 97 % le risque d’infection par le VIH, ce qui la rend aussi efficace qu’un vaccin.

La PrEP représente une avancée incroyable vers une approche globale en prévention qui permet d’éviter l’infection selon le niveau de risque. Elle est encore sous-utilisée par méconnaissance, mais aussi à cause des préjugés qu’elle révèle. D’une part, on dit que la PrEP augmenterait les comportements à risque et diminuerait l’usage du condom. C’est possible, mais mieux vaut considérer cet impact comme un défi plutôt que comme une raison de ne pas la prescrire.

Comment contrôler l’épidémie

D’autre part, on dit aussi que la PrEP serait responsable de l’épidémie d’infections transmises sexuellement (ITS). Certes, la PrEP ne protège pas contre les ITS, mais l’épidémie d’ITS a commencé avant la PrEP et affecte davantage des populations à qui la PrEP est moins prescrite (jeunes, hétérosexuels, femmes enceintes, par exemple). C’est plutôt et surtout en faisant des campagnes de prévention et en réintégrant les cours d’éducation sexuelle dans les écoles qu’on parviendra à contrôler l’épidémie d’ITS.

Ainsi, nous disposons de divers moyens qui, combinés, peuvent contribuer à éradiquer le VIH. Il faut aussi se souvenir que la vulnérabilité sociale demeure un facteur fondamental de la transmission du VIH, par la pauvreté, la discrimination, l’homophobie et le manque d’estime de soi, notamment. La criminalisation de la transmission du VIH, de l’usage de drogue et du commerce du sexe alimente l’épidémie. Ce sont précisément la discrimination et la peur d’être stigmatisé qui freinent le dépistage, réduisent l’accès au traitement et fragilisent le maintien des patients dans un corridor de soins.

Atteindre les objectifs 90-90-90 est un projet social qui doit se baser sur la santé globale et lutter contre ces préjugés et leurs impacts. Aujourd’hui, 1er décembre 2017, Montréal devient la première ville canadienne à rejoindre l’initiative des villes sans sida d’ONUSIDA engagées à vaincre l’épidémie de VIH. La volonté politique, nationale et municipale, est essentielle pour y parvenir.