La disparition d’Option nationale empêchera la convergence indépendantiste

La disparition d’Option nationale aura pour effet d’intensifier la rivalité entre Québec solidaire et le Parti québécois, et cette concurrence rendra impossible une convergence entre ces partis, estime l'auteur. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La disparition d’Option nationale aura pour effet d’intensifier la rivalité entre Québec solidaire et le Parti québécois, et cette concurrence rendra impossible une convergence entre ces partis, estime l'auteur. 

Lorsque nous prenons une décision politique, nous ignorons quelles en seront les conséquences, car celles-ci ne se manifesteront que dans l’avenir. On peut donc, avec les meilleures intentions, prendre de mauvaises décisions. Certains prétendent que la fusion (QS-ON) servira la cause de l’indépendance, mais ils n’en savent rien. Ils expriment un désir qui ne se concrétisera pas nécessairement.

Il y a par contre certaines prévisions qui sont attestées par la science politique et qui concernent la logique de fonctionnement des partis politiques.

Le modèle du choix rationnel prévoit que, lorsqu’un parti change de position idéologique, un autre parti, parfois nouveau, occupera l’espace politique laissé vacant. C’est ce qui s’est produit lorsque le PQ a abandonné la social-démocratie et l’indépendance ; Québec solidaire et Option nationale sont nés.

Ce modèle prévoit aussi que, lorsqu’il y a un mode de scrutin uninominal à un tour, un nouveau parti ne pourra exister que s’il fait disparaître son plus proche concurrent. C’est ce qui s’est produit lorsque le Parti québécois est apparu : il a provoqué la disparition de l’Union nationale.

Le modèle de l’acteur rationnel prévoit en plus que, lorsqu’il y a plusieurs partis sur le même créneau idéologique, les partis auront tendance à combattre plus intensément ceux qui sont les plus proches d’eux idéologiquement que les partis qui sont les plus éloignés. N’est-ce pas ce que l’on a constaté récemment lorsque Québec solidaire attaquait de façon plus virulente le Parti québécois que les partis fédéralistes ? Cette rivalité qu’on pourrait appeler de proximité est rationnelle puisque l’objectif est de conquérir des électeurs qui se trouvent dans le même segment du continuum des idéologies, soit le centre gauche nationaliste.

Enfin, le modèle soutient qu’il est rationnel pour un électeur de voter pour des partis qui n’ont pas de chance de prendre le pouvoir dans le cas des partis « tribunitiens », qui participent aux élections pour faire la promotion d’une cause ou d’une idée négligées par les autres forces politiques. Ce cas de figure correspond aussi à la situation de plusieurs partis, dont Option nationale, Québec solidaire et le Parti vert.

Intensifier la rivalité

Compte tenu de ces paramètres, je pense que la disparition d’Option nationale aura pour effet d’intensifier la rivalité entre Québec solidaire et le Parti québécois et que cette concurrence rendra impossible une convergence entre ces partis.

Il est évident que les performances électorales d’Option nationale ne sont pas à la hauteur des attentes et que le jeu politique dans notre mode de scrutin défavorise les petits partis comme le nôtre, qui sont victimes du vote stratégique. Le dépit et la déception poussent les militants à vouloir fusionner pour militer dans un plus grand parti.

Mais ils oublient que le rôle d’un parti n’est pas seulement de gagner des votes et qu’un parti exerce plusieurs fonctions dans un système politique. Malgré nos faibles résultats, notre parti a réussi à imposer l’indépendance comme un enjeu politique. Nous sommes devenus la référence sur la question de l’accession à l’indépendance et notre programme a ouvert une nouvelle perspective stratégique. Nous avons aussi joué le rôle de parti refuge pour les militants déçus des autres partis en offrant une option à ceux qui voulaient voter résolument pour l’indépendance. L’électeur déçu des positions de QS ou du PQ n’aura plus ce choix si nous disparaissons. Dès lors, la lutte entre QS et le PQ s’intensifiera, chacun de ces partis cherchant à éliminer l’autre. Ils adopteront des positions intransigeantes l’un envers l’autre pour conserver leurs clientèles. Sans un parti refuge, ils ne seront pas portés à mettre de l’eau dans leur vin, comme l’a bien démontré QS en reniant sa signature à la feuille de route et en refusant la main tendue par le PQ, décision qui, comme par hasard, a été prise après l’annonce des négociations sur la fusion.

Pour donner une chance à la convergence sur l’indépendance nationale, il faut un troisième parti qui oblige les deux autres à faire des concessions. Il faut aussi que les partis donnent la priorité à l’indépendance sur le projet de société qui les oppose, ce que se refuse à faire Québec solidaire. Ce ne sont pas les quelques rapatriés d’ON qui pourront changer l’ADN de Québec solidaire. Dire non à la fusion, c’est favoriser la convergence.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

33 commentaires
  • Xavier Camus - Abonné 1 décembre 2017 01 h 13

    Diviser le vote pour mieux l'unir?

    Donc il faut un troisième parti "divisant le vote souverainiste" (pour reprendre l'expression consacrée) afin de mieux réunir le vote souverainiste?

    En attendant un mode de scrutin proportionnel (toujours remis aux calendes grecques), il faut reconnaître qu'en étant un parti indépendantiste social-démocrate, Option nationale soutire surtout des votes au PQ et à QS. Il me semble que c'est même sur cela que repose son rapport de force.

    • Léonce Naud - Abonné 1 décembre 2017 09 h 27

      « La représentation proportionnelle est un système éminemment raisonnable et évidemment juste; seulement, partout où on l’a essayée, elle a produit des effets imprévus et tout à fait funestes, par la formation d’une poussière de partis, dont chacun est sans force pour gouverner, mais très puissant pour empêcher. C’est ainsi que la politique devient un jeu des politiques. » Émile Chartier, dit Alain, philosophe français (1868-1951) Propos, 1er septembre 1934.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 décembre 2017 12 h 58

      À Léonce Naud

      " Partout où on l’a essayée, elle (la proportionnelle) a produit des effets imprévus et tout à fait funestes.." -Léonce Naud

      Alors apprenez, M. Naud, que 58% des 183 pays dans le monde ont adopté un mode de scrutin de la famille du scrutin proportionnel.

      De toutes évidemences, il y aurait pas mal de plus de cadavres politiques s'il fallait croire votre assertion.

      Source: Mouvement pour une démocratie nouvelle:

      https://www.democratienouvelle.ca/modes-de-scrutin-a-travers-le-monde/

      .

    • Claude Bariteau - Abonné 1 décembre 2017 16 h 18

      M. Naud, les formes de scrutin proportionnel ont changé depuis 1934 et ce type de scrutin existe dans plus de 60 % des États souverains, principalement des républiques, où se pratique la démocratie représentative.

      S'il est possible que cette forme de scrutin suscite l'apparition « d'une poussière de partis » là où l'on pratique la proportionnelle absolue lors des élections des membres de l'Assemblée législatice, ce qui est le fait de quelques pays, il existe des balises pour éviter la multiplication des poussières qui renvoient aux conditions d'entrées dans le calcul, soit l'élection d'un membre d'un parti, soit un pourcentage de un à cinq pour accéder à la répartition.

      Je vous suggère de lire le document préparé par le Mouvement démocratie nouvelle sur : http://www.democratienouvelle.ca/modes-de-scrutin-

    • Léonce Naud - Abonné 1 décembre 2017 16 h 39

      « Si l’écrasement des minorités est injuste dans la circonscription, par quel miracle devient-il juste au parlement ? Car il faut bien que l’on décide enfin, et que la majorité l’emporte. (…)

      « Selon le système de la représentation proportionnelle, pris à la rigueur, un député représente des électeurs qui pensent comme lui. Au contraire, dans le système de l’arrondissement, auquel nous sommes revenus, le député représente une région et tous ceux qui y vivent, quelle que soit leur opinion. Il devrait le dire, et quelquefois il le dit; mais, quand il ne le dirait pas et quand on ne le penserait pas, la situation est plus forte que lui. (…) Au contraire, de ce partisan douteux, ou de ce douteux adversaire, il voudra se faire un ami. »

      « De plus en plus il faut être d’un parti si l’on veut être élu, et, une fois élu, se faire écouter. (…) Tel est l’effet de tous ces congrès de partis et de ces évangiles de partis. Et ce serait bien pis encore avec le scrutin de liste et la représentation proportionnelle; car je voterais alors pour une affiche, non pour un homme; et quand je demanderais compte d’un vote, ou d’une réforme mal venue, on me renverrait aux chefs du parti, à la discipline du parti, aux formules et aux décisions du parti. » Alain, philosophe français (1868-1951).

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 décembre 2017 16 h 55

      "Il faut aussi que les partis donnent la priorité à l’indépendance sur le projet de société qui les oppose, ce que se refuse à faire Québec solidaire."

      Et voilà! Comme si tous les pays présents à l'ONU avaient commencé par tirer à gauche d'abord avant de se prendre en mains. D'autant plus qu'une partie importante des membres de QS sont plutôt fédéralistes et votent NPD au fédéral; ils votent QS pour son programme économique irréaliste de type socialiste avancé. Quant à moi, QS est l'allié objectif du PLQ; je crois que la CAQ va diminuer dans les sondages dans quelque temps.

  • Christian Montmarquette - Abonné 1 décembre 2017 05 h 37

    L'intransigeance de Québec Solidaire


    Dans sa grande érudition Denis Monière fait deux affirmations fortement discutables pour tenter de nuire à Québec Solidaire:

    1) QS est toujours ouvert à retourner à la table de Oui-Québec, alors que c'est Oui-Québec qui a décidé de suspendre les négociations.

    2) QS ne met pas l'indépendance conditionnelle à son projet de société, puisqu'il propose une Assemblée constituante indépendante des partis politique. Ce que dit QS c'est que son projet de société n'est pas entièrement réalisable sans l'indépendance.

    3) Que dire de l'intransigeance d'Option nationale, qui, après avoir calqué les trois quart de son programme sur celui de QS, a refusé durant des années de se joindre Québec Solidaire; une position que Denis Monière semble toujours maintenir aujourd'hui.

    Christian Montmarquette

    • David Cormier - Abonné 1 décembre 2017 09 h 07

      QS a renié sa signature de l'entente Oui-Québec, ce qui en fait un traître de la pire espèce dont il faut se méfier comme de la peste.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 décembre 2017 10 h 29

      Pour le point deux, vous appuyez de ce que disent les souverainistes: pour QS, l'important, c'est le projet de société; l'indépendance est secondaire. Si un parti Canada solidaire prenait le pouvoir, l'indépendance n'aurait plus sa raison d'être.

    • Colette Pagé - Inscrite 1 décembre 2017 10 h 37

      Si pour un instant Monsieur Montmarquette vous mettiez de côté votre détestation viscérale du PQ portant sur des reproches au demeurant pertinents et dont la véracité ne peut être contesté et que vous tourniez votre regard vers l'avenir.

      Que vous répondiez aux interrogations suviantes :

      - Pensez-vous vraiement que seul ou avec Option nationale que QS pourra former un gouvernement majoritaire ? Dans la négative, cette division ne favorisait-elle pas l'élection du PLQ ou de la CAQ.
      Et dans ce scénario, les objectifs poursuivis par QS auraient-ils plus de chances d'être atteints ?

      - Par contre, n'est-il pas raisonnable de penser qu'avec une Convergence des partis souverainistes que cette formation pourrait former un gouvernement majoritaire ?

      Dans l'affirmative, avec des membres du Cabinet formés d'élus de ces formations, le Québec ne serait-il pas mieux servi ?

      L'histoire des démocraties a démontré que pour le bien commun il faut parfois faire des concessions et qu'il faut mieux s'unir au lieu de se diviser. Mais pour celà, l'égoïsme des décideurs publics doit être mis de côté.

      À moins d'un an du prochain rendez-vous électoral n'est-il pas encore permis d'espérer ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 décembre 2017 12 h 10

      
À David Cormier,

      « QS a renié sa signature de l'entente Oui-Québec, ce qui en fait un traître de la pire espèce.. » - David Cormier 



      Étant donné que les péquistes dénoncent sans cesse la division du vote par QS, M. Cormier.. Il faut croire qu’il y a un bon paquet de péquistes qui préfèrent encore voter pour des traitres que pour le Parti québécois.

      Christian Montmarquette



    • Christian Montmarquette - Abonné 1 décembre 2017 12 h 36

      À Sylvain Auclair,

      "Si un parti Canada solidaire prenait le pouvoir, l'indépendance n'aurait plus sa raison d'être." - Sylvain Auclair

      Difficile d'être plus hypothétique que ça.

      Mais Québec solidaire a toujours dit que l'indépendance était un moyen et non une fin en soi.

      Ceci dit, voulez-vous bien me dire à quoi servirait une indépendance qui ne changerait rien pour faire du Québec un mini-Canada?

      Paradis fiscaux.. Investissement massifs dans l'armement.. Libre-échange néolibéral.. Économie pro-pétrole.. 19% de pauvreté infantile... Bipartisme.. Etc

      Christian Montmarquette

  • Raynald Rouette - Abonné 1 décembre 2017 08 h 13

    Pierre Vadeboncoeur avait raison!


    En mai 2006 dans l'Action nationale écrivait un texte intitulé «DÉRAPAGES».

    Il était convaincu que QS avait été fondé pour nuire au PQ et par ricochet au Québec.

    Un extrait: «Les adversaires capitalistes et fédéralistes ne s'y trompent pas. Depuis 40 ans, c'est le PQ qu'ils ont dans la mire, et depuis 1990 c'est aussi le Bloc. Ils ne travaillent pas dans la marge. Ils visent juste et sans répit. La structure! Mais Françoise David ne semble pas de cet avis.

    «Quand le PQ et le Bloc tomberont, ce sera la résistance qui tombera. Un dérapage de gauche se manifeste, faisant pendant au dérapage de droite survenu aux élections. Dans l'analyse politique, comme le réalisme est difficile»! Lire l'intégral...

    J'ajouterais que OP a été fondée par erreur sous le coup de la colère, il doit se saborder pour ne pas nuire davantage au Québec.

    La situation précaire du PQ est très représentative de la faiblesse du Québec d'aujourd'hui au sein du Canada!

    • Jean-François Trottier - Abonné 1 décembre 2017 11 h 14

      Merci, M. Rouette.

      J'ignorais ce texte de M. Vadeboncoeur. Mon analyse de la situation est précisément la même.

      Ça explique en bonne partie pourquoi QS est créé en tout point pour "faire différend", ce qui est ridicule pour n'importe quel parti censé avoir des implications pratiques.

      "Faire" quelque chose est toujours "faire" malhonnête. Des games.

      Par bien des points le programme si profondément "ado" de QS est tout bêtement une copie carbone en négatif de celui du PLQ.
      Une immense farce. Il suffit de lire le programme en se demandant si on pourrait l'appliquer au iota près au Turkménistan : parfait! Ça marche! Un peu (beaucoup) comme l'horoscope, le programme de QS est une fraude faite pour être lue dans n'importe quel sens (puisqu'il n'en a pas).
      Hé! Les jeunes!

      Alors que dire de ses "preux défenseurs" ? Au moins un gâche absolument toutes les discussions auxquelles il participe, c'est dire. Ce gars est le meilleur argument que je connaisse pour s'interdire de voter QS.

      Je ne puis douter un instant que QS a reçu une aide significative au ras du terrain à toutes les élections générales de la part de "bénévoles" payés en sous-main par une certaine caisse occulte.

      Le malaise inhérent et vital au fait de vivre au Québec, terre de toutes les minorités et de tous les peuples, est balayé par des idées encore plus grossières que le multiculturalisme : du marxisme à la papa, idées fulgurantes et poing dressé en prime.

      Il est remplacé par l'inclusion politically correct pour la galerie et la culpabilisation des supposés "déviants de la pureté" : carotte et bâton, les deux bons vieux compagnons des petits manipulateurs. Inclusion pour rire et exclusion pour vrai.
      CQFD ? Pas du tout! TDC par contre...

      Ici nous parlons de pourriture.

      J'ai commencé aujourd'hui une campagne pour améliorer le climat de discussion dans les pages du Devoir.

      J'espère avoir votre appui.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 1 décembre 2017 12 h 56

      M.Trottier, si vous pouvez avoir seulement la moitié de la persévérance du perroquet solidaire qui sévit dans ces commentaires depuis 2-3 ans, je crois que vous ferez un grand bien !

    • Gaetan Ste-Marie - Inscrit 1 décembre 2017 20 h 29

      M. Trottier
      Je ne peux que dire ''BRAVO" et vous encourager à continuer car vos commentaires éclairent et rétablissent les choses . Merci

  • Bernard Terreault - Abonné 1 décembre 2017 08 h 29

    Pendant que tous ces brillants esprits discutent

    la CAQ s'apprête à prendre le pouvoir, si ce n'est pas le PLQ!

  • André Labelle - Abonné 1 décembre 2017 09 h 47

    LA QUADRATURE DU CERCLE ?

    M. Denis Monière offre une vision tout à fait rationnelle sur le sujet. J'apprécie beaucoup sa précision et sa clarté. Il démontre bien que les idéologies véhiculées par les différents protagonistes construisent des barrières et non des ponts.

    Ce qu'il manque aux défenseurs de l'indépendance du Québec c'est du pragmatisme politique. Je crois qu'une vieille expression québécoise décrit très bien le phénomène: "une chicane de clocher". On ne veut pas un pays Québec. On le veut uniquement à la condition qu'il corresponde à notre idéologie. Sinon, au diable !


    «Le critère d’une intelligence de premier plan est la faculté pour l’esprit d’envisager simultanément deux idées opposées tout en continuant d’être capable de fonctionner.
    On devrait … pouvoir reconnaître que les choses sont sans espoir et être néanmoins déterminé à faire en sorte qu’il en aille autrement.»
    [F. Scott Fitzgerald in The Crack-Up]