150 ans du PLQ: le retour à Adélard Godbout de Philippe Couillard

Pour Philippe Couillard, la primauté des libertés individuelles a pris le pas sur son identification au Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Pour Philippe Couillard, la primauté des libertés individuelles a pris le pas sur son identification au Québec.

Cette fin de semaine, le Parti libéral du Québec a célébré son 150e anniversaire. Ce n’est pas rien. Il est le seul parti représenté à l’Assemblée nationale dont les origines précèdent la création de la fédération canadienne. Au fil du temps et de schismes, le PLQ a d’ailleurs la particularité d’avoir donné naissance à ses principaux adversaires. Ce fut le cas de l’Union nationale, formée de la fusion entre le Parti conservateur et de l’Action libérale nationale de dissidents libéraux. Ce fut ensuite le cas du Parti québécois, issu de la fusion du Ralliement national et du Mouvement souveraineté–association de l’ancien ministre libéral René Lévesque. C’est aujourd’hui le cas de la Coalition avenir Québec, qui fusionna avec l’Action démocratique du Québec fondée notamment par Jean Allaire.

L’ancien chef libéral Claude Ryan a résumé ainsi les valeurs du Parti libéral du Québec à travers le temps : « la primauté des libertés individuelles, l’identification au Québec, l’accent sur le développement économique, l’engagement envers la justice sociale, le respect de la “société civile”, l’attachement envers la démocratie et l’appartenance canadienne ». Selon les chefs et les époques, certaines de ces « valeurs » ont certes pris le pas sur d’autres. Le mandat de Philippe Couillard aura cependant marqué une rupture certaine sur le plan idéologique avec l’esprit de la Révolution tranquille.

Pour Philipe Couillard, la primauté des libertés individuelles a pris le pas sur son identification au Québec. Le développement économique a également supplanté la défense de la justice sociale. Le gouvernement Couillard a aussi procédé à un plan de rigueur budgétaire sans pour autant y impliquer les acteurs de la société civile. Les structures de coordination régionale furent au contraire abolies. Enfin, contrairement aux autres chefs libéraux depuis la Révolution tranquille, il a clairement fait de son appartenance canadienne le fil conducteur de son engagement politique. Jamais depuis Adélard Godbout, qui gouverna le Québec au début des années 1940, un premier ministre du Québec ne fut aussi résolument canadien.

Des similitudes

Non sans raison, Philippe Couillard semble aimer se référer à Adélard Godbout. Même s’ils ont bien sûr évolué dans des contextes bien différents, plusieurs parallèles peuvent être dressés entre ces deux premiers ministres libéraux. Sur le plan personnel, tous deux étaient perçus comme des scientifiques. L’un fut agronome, alors que l’autre fut neurochirurgien. Tous deux représentaient des circonscriptions situées à l’extérieur des grands centres. Sur le plan politique, les deux hommes valorisent d’abord les droits individuels. Le droit de vote accordé aux femmes fut l’une des grandes réalisations d’Adélard Godbout. L’attachement aux valeurs individuelles de Philippe Couillard se manifeste plutôt par un discours aux accents multiculturalistes et par une défense absolutiste des Chartes des droits.

En matière de relations avec Ottawa, M. Godbout et M. Couillard partagent également les mêmes réflexes. Leur fidélité première est canadienne plutôt que québécoise. Dans le cas du gouvernement Godbout, l’histoire retiendra notamment qu’il a cédé la capacité fiscale du Québec à Ottawa ainsi que la compétence québécoise en matière d’assurance-chômage. Quant à Philippe Couillard, son gouvernement fut le premier depuis cette époque à songer à remettre de nouveau en question l’autonomie fiscale du Québec au profit du gouvernement fédéral.

Sur le plan partisan, la thèse de l’historien Michel Lévesque quant à la dépendance organisationnelle et financière du parti par rapport au Parti libéral fédéral permettrait d’expliquer l’attitude d’Adélard Godbout envers Ottawa. Sous l’influence de Georges-Émile Lapalme, le PLQ a ensuite toujours pris ses distances du grand frère fédéral. À l’ère de Justin Trudeau, assisterait-on aujourd’hui à un rapprochement ? Sur le plan électoral, Adélard Godbout fut le seul premier ministre libéral depuis le début du XXe siècle à n’avoir été élu que pour un seul mandat. Est-ce le sort qui attend Philippe Couillard ? L’avenir reste encore à écrire pour le chef libéral.

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15 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 novembre 2017 02 h 10

    Une trahison de la Révolution tranquille!

    Monsieur Couillard a trahit les objectifs de la révolution tranquille, notamment les valeurs de la justice sociale et de la fierté Québécoise. Le Premier ministre ne comprends pas les valeurs collectives de la société québécoise tels que les coopératives et l’economie sociale.
    Il s’est entêté de promouvoir une politique économique néolibérale de coupures dans les services publics pendant que le FMI et l’OCDI favorisaient les dépenses publiques pour aider à la croissance.
    De plus, il a trahit les valeurs des pères de la Révolution tranquille qui envisageait la laïcité de l'état. En ce sens, monsieur Couillard s’est éloigné des valeurs traditionnelles du Parti Libéral.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 novembre 2017 04 h 08

    Le PLQ n’a pas d’idéologie : il est seulement fédéraliste

    Le PLQ est une machine à ramasser de l’argent puis, lorsqu’il est au pouvoir, à distribuer des faveurs.

    Le cœur du PLQ, se sont ses collecteurs de fonds.

    Sa députation — dont le Conseil des ministres — c’est l’interface entre cette machine à argent et la nation.

    Tant que la source des revenus coule, le chef du parti mène officiellement. Quand l’argent ne rentre plus, on le dégomme.

    Le PLQ est devenu un désert d’idées parce que son chef n’en a pas. Il est fédéraliste. C’est au moins ça. Quant au reste, il improvise en pigeant dans les programmes politiques de la CAQ. Il coud tout ça comme le chirurgien.

    Il faut beaucoup d’imagination pour déceler une tradition idéologique dans ce parti opportuniste et sans âme, habile à manipuler l’opinion publique.

    • Michel Blondin - Abonné 29 novembre 2017 11 h 32

      M Martel,
      J'abonde dans ce sens. Ces libéraux et Couillard sont dans le pragmatisme argenté.

      Les fondements de la pseudo-fédération sont le grand tronc, le plus gros scandale de corruption et l'abdication de plusieurs colonisés pour profiter des grâces et parfois de tenter de devenir les meilleurs sujets de la monarchie britannique.

      Couillard, de ses associations imprudentes avec Porter, des liens avec les paradis fiscaux, de l'Arabie saoudienne pétrolière, de sa proximité avec des conseils d'administration d'affaire un peu voyous, il tente de suivre les traces d'un G. Étienne Cartier mais en plus toqué. Pour le moment, il paraît d’un Adélard déconnecté.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 29 novembre 2017 06 h 27

    C'est libéral, c'est pas sérieux !

    Adélard Godbout devient premier ministre du Québec suite à la démission de Louis-Alexandre Taschereau en juin 1936.

    Pourquoi Taschereau démissionne-t-il ?

    En raison des scandales de l'administration Taschereau et des nombreux détournements de fonds vers les comptes de banque personnels des membres de sa famille, en l'occurrence:

    Antoine Taschereau, comptable de l'Assemblée législative et frère du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau.

    Benoit Taschereau, comptable du Conseil législatif et neveu d'Antoine Taschereau et ces messieurs déposaient l'argent du gouvernement Taschereau dans leurs comptes en banque personnelle, de la Banque Canadienne Nationale dirigée par le gérant M. Jean Thomas Taschereau, fils d'Antoine Taschereau, et ils en retiraient les intérêts pour leur bénéfice.

    Et pour couronné le tout, le surintendant de la Banque Canadienne Nationale pour le Québec était M. Henri Desrivières neveu de M. Antoine Taschereau, frère du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau.

    Il fallut une commission d'enquête publique dirigée par l'opposition pour voir les chats sortir du sac. Ce qui ne s'est pas fait avec la commission Charbonneau toutes des nominations libérales.
    Reconnaissons-nous le circuit d'influence de la corruption libérale ?

    Et M. Couillard s'identifie à Godbout, du gouvernement Taschereau, qui acquiesça au transfert constitutionnel de l'assurance emploi au gouvernement fédéral en 1940, et signa un accord qui enleva aux provinces leur autonomie fiscale.
    De plus Godbout accepta les nouvelles frontières du Labrador imposé au Québec par le fédéral.
    Et le Dr. Couillard, 1er ministre s'identifie à Adélard Godbout comme il s'est identifié au cercle d'influence corruptif de M. John James Charest en fin de semaine. C'est du joli.

    C'est viscéral la corruption chez les libéraux, c'est enraciné jusqu'à la moelle, et ce depuis le début de la confédération !

    (Voir Duplessis, imavision)

    • Claude Bariteau - Abonné 29 novembre 2017 09 h 06

      Excellent rappel.

      Une précision concernant Godbout, qui remplace Taschereau en 1936, s’impose.

      Godbout se fait élire en 1939 lorsque le bras droit Mackenzie King, Ernest Lapointe, garantit qu’il n’y aura pas de conscription et déclare que les ministres élus au Québec à Ottawa seront exclus du gouvernement canadien si Duplessis est élu au Québec, ce qui impliquait que ces élus ne pourraient plus s’opposer à la conscription.

      Godbout bénéficia de cette déclaration pour se faire élire en se faisant le protecteur local contre la conscription mais en invitant les électeurs à supporter le gouvernement libéral du Canada.

      Duplessis fut défait et Godbout élu avec une majorité d’appui et d’élus. Au pouvoir, il accepta un transfert temporaire de points d’impôt, ce que firent les autres provinces, pour financer l’effort de guerre du Canada, mais aussi des lois canadiennes, inspirées du Parti social démocratique du Canada fondé en 1932, que présenta le gouvernement King-Lapointe dont celle de l’assurance-chômage.

      Quant au vote de femmes et à l’instruction primaire, cela allait de soi avec la guerre puisque les femmes et les jeunes furent ciblés pour assurer cet effort en l’absence de personnes qui s’enrôlaient.

      Ce transfert est peu développé par l’auteur de ce texte. Pourtant, il est fondamental, car en découlèrent des revendications de retour qui se fit à la suite de l’entente Pearson-Lesage, présentée comme le levier de la Révolution tranquille alors que celle-ci consista à faire en sorte que les politiques du Québec concordent avec les vues du Canada et n’abordent que les champs constitutionnels qui lui étaient assignés.

      Dit autrement, le PLQ de Lesage fit avec son équipe du tonnerre ce qui correspondait aux attentes du Canada. Lorsqu’il y eut des pressions pour aller plus loin, le Canada, Pierre Elliott Trudeau en tête, fit tout pour y mettre fin.

  • Jeanne M. Rodrigue - Inscrite 29 novembre 2017 07 h 01

    Bilan peu reluisant par contre pour M. Couillard...


    À l’exemple d’Adélard Godbout pour qui «sa fidélité première est canadienne», M. Couillard terminera, peut-être, sa vie politique comme sénateur à Ottawa?

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 novembre 2017 07 h 46

    Est-ce que M. Couillard...

    ...va aller frotter les bottes de «nos» soldats, comme l'affirmait si fièrement M. Godbout?

    • Raymond Labelle - Abonné 30 novembre 2017 14 h 32

      Du temps d'Adélard Godbout PM, nos soldats combattaient la bête nazie.

      Beaucoup (en bonne majorité?) de nos clercs et de notre petite bourgeoisie, dont les éducateurs des collèges classiques, appuyaient Pétain - après avoir appuyé Franco et Mussolini.

      Il y a un certain négationnisme historique à ce sujet au Québec.

      Il est vrai que le gouvernement Godbout s'est fait piéger par le problème de la conscription - mais il ne porte aucune responsabilité dans ce revirement du gouvernement fédéral, et les choses n'auraient pas été différentes peu importe le parti qui aurait été au pouvoir à Québec.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 novembre 2017 15 h 01

      Vu d'une autre manière (voir interv du 29 novembre 2017, 14 h 50), ça n'est pas peut-être pas honorer la mémoire du gouvernement Godbout que de le comparer au gouvernement Couillard.