Les professeurs sont-ils prêts au retour de l’enseignement des connaissances?

«Il y a lieu de se demander si la formation que reçoivent les enseignants québécois les prépare adéquatement à offrir des cours désormais plus substantiels,» avance l'auteur.
Photo: iStock «Il y a lieu de se demander si la formation que reçoivent les enseignants québécois les prépare adéquatement à offrir des cours désormais plus substantiels,» avance l'auteur.

À la suite de l’action menée notamment par la Coalition pour l’histoire, les élèves québécois ont enfin droit depuis septembre 2017 à un cours d’histoire réformé en 3e et 4e secondaire. Unanimement salué, ce nouveau cours d’histoire du Canada et du Québec emprunte désormais une trame chronologique, résolument axée sur l’acquisition de connaissances et l’apprentissage de la méthode historique. Dans ce contexte, il y a lieu de se demander si la formation que reçoivent les enseignants québécois les prépare adéquatement à offrir des cours désormais plus substantiels.

C’est le point de départ de l’étude que j’ai pilotée avec mes collègues Laurent Lamontagne et Myriam D’Arcy à propos de la formation des futurs enseignants dans les universités québécoises et sur le niveau de satisfaction qu’ils en ont tiré une fois leur carrière commencée. On a ainsi passé au crible chacun des 14 programmes de formation des maîtres dans dix universités québécoises. On a ensuite interrogé plus de 200 enseignants d’histoire à propos de leur cheminement universitaire et sur le profit véritable qu’ils en ont tiré. On a enfin mené des entrevues approfondies avec certains d’entre eux pour mieux interpréter le sens des données obtenues.

Les résultats de l’enquête sont accablants. Tous établissements confondus, le baccalauréat en enseignement secondaire de quatre années accorde la part du lion aux cours de didactique, de psychopédagogie et de science de l’éducation en général. En revanche, moins de la moitié des cours suivis concerne la formation disciplinaire des futurs enseignants, soit la géographie et l’histoire.

Le constat est particulièrement dramatique à propos de l’histoire du Canada et du Québec. Tandis que les futurs enseignants doivent offrir 200 heures de cours sur ce thème dans le programme d’Univers social, ils n’auront eux-mêmes suivi pour s’y préparer que trois ou quatre cours de 45 heures, dont seulement deux obligatoires, généralement les cours d’histoire du Canada avant et depuis 1867.

En somme, si les enseignants semblent adéquatement formés pour gérer une classe, évaluer une compétence et évoluer dans le système d’éducation, il est évident qu’ils n’ont pas reçu le bagage disciplinaire suffisant pour enseigner adéquatement l’histoire nationale et exposer leurs élèves à des connaissances qui aillent un tant soit peu au-delà de ce qu’ils peuvent trouver dans le manuel de classe ou sur Internet.

Recommandations

Forts de ces constats, mais conscients de la complexité des enjeux et des dilemmes auxquels font face l’enseignant et l’école québécoise, nous soumettons neuf recommandations nuancées qui visent d’abord à soutenir le travail déjà mené dans les établissements. Ces recommandations consistent, primo, à renforcer d’urgence la formation disciplinaire, notamment en géographie et en histoire du Canada et du Québec.

Secundo, qu’on accroisse la flexibilité de la filière de la formation de sorte, par exemple, que le détenteur d’un baccalauréat disciplinaire puisse accéder à l’enseignement après une année de cours d’appoint en pédagogie, et que les directions d’écoles aient davantage la liberté de répartir à leur guise les ressources enseignantes pour atteindre les objectifs et standards.

Tertio, qu’on institue enfin un véritable dialogue entre les facultés d’éducation — qui forment les enseignants — et les établissements scolaires qui auront à les embaucher de sorte de mieux définir les outils dont auront besoin les futurs enseignants.

Notre conclusion est finalement que les lacunes observées dans la formation disciplinaire des enseignants d’Univers social se vérifient aussi dans d’autres programmes, comme l’enseignement du français ou des sciences de la nature : le nombre de crédits accaparés par la formation en sciences de l’éducation aux dépens de la formation disciplinaire y est tout aussi disproportionné. Les constats et les recommandations faits par notre étude nous apparaissent donc généralisables à l’ensemble de la formation des maîtres au Québec et tous les intervenants de cette filière névralgique pour l’avenir du Québec sont invités à en prendre connaissance.

8 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 27 novembre 2017 08 h 20

    Freud, Darwin, les «z'autres», etc. (!)

    L'enseignement des connaissances! Je veux bien, mais, car il y a toujours un mais... Mais «lesquelles»? Celles des «profs» qui vous disent que «vous ne savez rien» parce que vous n'avez pas de Ph.D.?! On parle d'«histoire», de «géographie». Humaines, socio-politiques, économiques, telles sont toutes ces «géographies», ces «histoires»? Les meilleurs exemples viennent «du simple»; encore faut-il «chercher», comprendre, mais surtout saisir l'essentiel des interactions entre les «z'espèces». ETA. Exigences, tolérances et avidités. Le lien qui suit (un peu plus de 40 minutes)... L'effort en vaut-il la «peine»?! Grosse fatigue.

    JHS Baril

    https://www.youtube.com/watch?v=5uYU1WPGZc4

  • Bernard Terreault - Abonné 27 novembre 2017 08 h 37

    Pas seulement l'histoire et la géo

    On veut aussi des profs qui connaissent et aiment les maths, les sciences, le français, l'anglais et un peu de leur littérature.

  • Loyola Leroux - Abonné 27 novembre 2017 11 h 09

    Eradiquer la mafia des ‘’sciences’’ de l’éducation, est-ce possible ?

    Quelqu’un connait-il un texte (de 10 pages environ) qui explique les modifications apportées aux cours d’histoire du Québec depuis 1960 ? Quels sont les principaux changements au niveau des contenus ? Qui a contribué à ‘’déconstruire’’ notre histoire nationale ? Qui sont est les ministres responsables de ces changements ?

    Mes premiers cours d’histoire en 1960, avec les manuels de Pères Farley et Lamarche et de Gérard Filteau, me présentaient Champlain le fondateur de la Nouvelle-France et découvrant le territoire, Maisonneuve à Montréal, le major Lambert Closse défendant Montréal avec sa chienne Pilote, Madeleine de Verchères effarouchant les sauvages scalpeurs de tête, Dollard des Ormeaux voulant sauver la colonie, Pierre Le Moyne d’Iberville culbutant les Anglais à la Baie d’Hudson, Pierre-Esprit Radisson occupant tout le territoire, Frontenac répondant «par la bouche de ses canons», Louis Joliet atteignant la Golfe du Mexique, La Vérendrye découvrant les Rocheuses, Salaberry battant les Américains à Chateauguay, Henri Bourassa fondant Le Devoir, Duplessis nous donnant notre drapeau, etc.

    Tous ces ‘’Canadiens’’ m’étaient présentés comme les héros de notre nation et comme petit gars j’étais fier de mes ancêtres. Je comprenais bien les paroles du O Canada, le chant patriotique des francophones : ‘’Nous sommes nées d’une race fière ...’’ Qui comprend ces paroles aujourd’hui ?

  • Jean Lapointe - Abonné 27 novembre 2017 13 h 31

    Les êtres humains ne sont pas oies à gaver ni des outres à remplir.

    «Les professeurs sont-ils prêts au retour de l’enseignement des connaissances?» Titre du DEVOIR.

    Je regrette mais, à mon avis on n'enseigne pas des connaissances.

    On peut être professeur de mathématiques ou de français ou de je ne sais quoi et on peut enseigner le français ou les mathématiques mais on n'enseigne pas les connaissances d'après moi. Ça ne se transmet pas comme on transmet un héritage ou une information quelconque, les savoirs on ne peut que tenter de se les réapproprier.

    Apprendre dans ce sens doit donc être une activité pour moi. Pour apprendre on doit être actif et non pas passif. Les savoirs on peut les mémoriser mais cela ne veut pas dire alors qu'on se les est réappropriés.

    C'est la raison pour laquelle un enseignant n'est pas là pour transmettre des savoirs comme bien des gens le pensent et le réclament mais pour faire apprendre les élèves ou les étudiants C'est très différent. Et pour les faire penser par eux-mêmes le plus possible

    Les êtres humains ne soit pas oies à gaver ni des outres à remplir.

    Il faut faire une différence aussi entre l'apprentissage qui consiste à acquérir un savoir-faire quelconque comme apprendre à lire, apprendre dans le sens de chercher à comprendre comme apprendre la philosophie ou l'histoire du Québec et apprendre dans le sens d' être informé de quelque chose qui s'est passé.

    C'est élémentaire il me semble. Tout le monde devrait avoir compris cela.

  • Jacques de Guise - Abonné 27 novembre 2017 14 h 19

    Savoir et personne humaine

    Pour ne pas nous donner l’impression qu’on est encore et encore dans une querelle de corporatisme entre le disciplinaire et l’éducatif, il aurait fallu nous indiquer à qui revient la responsabilité de dispenser la partie histoire (que vous estimez insuffisante) dans le cadre de la formation des enseignants du secondaire???

    Si c’est comme je le pense, c’est là qu’il faudrait regarder et voir la conception du savoir historique qui prédomine et examiner sa transposition didactique en direction des futurs enseignants. Je gagerais ma chemise que la conception du savoir historique qui prédomine n’est même pas elle-même historicisée ou problématisée.

    Par ailleurs, une chance que certains didacticiens font ressortir notamment l’importance des pratiques langagières pour désenclaver la conception dominante du savoir historique, sinon on serait encore en pleine noirceur. Tout savoir, même le savoir scientifique, est construit par le langage. La transversalité, elle est là. Il faut lâcher le vocable de méthode scientifique, méthode historique, méthode juridique, etc., pour aborder le savoir selon les pratiques langagières relatives à une discipline, à une histoire, à une société, à une culture, à un discours, qui sont situées et qui ne sont ni transcendantes ni universelles.

    • Stéphane Martineau - Abonné 27 novembre 2017 15 h 43

      bravo pour votre commentaire !

    • Jacques de Guise - Abonné 27 novembre 2017 17 h 19

      À M. S. Martineau

      Merci, ça fait du bien à lire.