Un président de conseil hors pair, un ami irremplaçable

Jean Lamarre en 2009
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Jean Lamarre en 2009

Jean Lamarre nous a quittés trop tôt à l’âge de 63 ans, fauché par un cancer auquel il aura tenu tête jusqu’à la toute fin, avec une sérénité, une distance, un courage et son humour distinctif, l’air de rien… C’était tout lui. D’une résilience qui force l’admiration, il a consacré ses ultimes moments à rassurer ses proches et à préparer la relève au sein des nombreux conseils d’administration, dans des sociétés autant publiques que privées, dans lesquels il était impliqué à titre de président ou d’administrateur.

Peu de gens réalisent à quel point Jean Lamarre a imprimé sa marque sur des institutions importantes au Québec : la Société de développement Angus, Télé-Québec, Le Devoir et tant d’autres.

Pendant que d’autres surveillent leurs placements, Jean Lamarre dépensait son inépuisable énergie dans les causes qui lui tenaient à coeur. « Le privilège d’avoir gagné de l’argent vient avec la responsabilité de bien le dépenser », disait-il.

Son père, Bernard Lamarre, a bâti des cathédrales de la modernité, tandis que Jean a tissé une toile impressionnante d’interconnexions humaines qui lui survivront. Il incarnait une intelligence pure branchée sur un réseau.

Une affaire d’humains

Pour nous, dirigeants de ces institutions, Jean Lamarre était un président, un conseiller, un bénévole, bref un citoyen exemplaire. Doté d’une perspicacité sidérante, il connaissait sur le bout des doigts la réalité de nos institutions, y compris la complexité des dynamiques humaines. Président de conseil, il s’intéressait aux opérations quotidiennes avec tout un jeu de cartes en main : l’esprit de synthèse, le savoir et la rigueur, l’intelligence et la curiosité, l’intuition et un humour… irrésistible. Toujours en vision macro et jamais en mode microgestion ! Un président idéal. À toute heure du jour, peu importe le fuseau horaire ou le continent, ce voyageur infatigable répondait présent pour nous épauler. Il jouait, sans ingérence, son rôle d’ouvrir des portes et d’agir comme un mentor. Il a aidé jusqu’à son dernier souffle.

Homme rationnel et bienveillant, Jean Lamarre n’était pas un amateur des théories modernes de gestion. Dans toute entreprise, il n’y avait que des problèmes d’humains que seuls des humains pouvaient régler. D’ailleurs, la montée de l’intelligence artificielle le faisait rire. « Que feront-ils sans problèmes à créer et à régler ? » demandait cet humaniste lucide à la blague. Il entendait la gestion comme Jefferson voyait la politique : un compromis dans l’art de l’improvisation. Avec instinct et audace, il dénichait des talents, offrant des opportunités de travail et des promotions à des postes clefs. L’innovation était son maître mot.

Un homme attachant

 

Ce n’est pas le président ou le conseiller qui nous manquera le plus, mais l’homme et l’ami, profondément attachant, loyal, franc, lumineux. Aucune crise, aucun problème n’était assez grand pour lui faire perdre son sourire et son sang-froid. Il y avait toujours une solution, un moyen d’avancer… Car le travail, pour Jean Lamarre, était un mode de vie qu’il savait rendre joyeux.

Discret, Jean ne s’impliquait jamais pour sa gloire, mais par conviction. Il ne courait ni les titres ni les honneurs. Une intervention de Christian Yaccarini, avec d’autres complices, lui a fait obtenir, dans son tout dernier lit, la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec.

Son départ provoque un vide immense dans nos vies et pour de nombreuses institutions québécoises.

 

Jean Lamarre restera un exemple à suivre pour nos décideurs. Citoyen engagé et généreux, il a passé une grande partie de sa vie à utiliser le prestige de son nom pour aider et donner au suivant. Son épouse Diane et ses enfants, Catherine et David, n’ont jamais pu ralentir ce travailleur acharné. S’il avait pu, il aurait ajouté une huitième journée à sa semaine type de travail.

Pour avoir permis à tant d’amis et de collaborateurs de lui dire adieu, nous sommes profondément reconnaissants à la famille Lamarre-Fugère, que nous chérissons de tout coeur. Toujours élégant, lors de nos ultimes rencontres et alors qu’il se savait condamné, Jean nous remerciait encore pour notre temps.

Jean Lamarre est mort debout. Il nous appartient maintenant de marcher dans son sillage.

* Ont signé ce texte :
Nathalie Bondil, Directrice et conservatrice en chef, Musée des beaux-arts de Montréal;
Marie Collin, P.-d.g. de Télé-Québec;
Bernard Descôteaux, Directeur, Le Devoir (de 1999 à 2016);
Michèle Fortin, P.-d.g. de Télé-Québec (de 2005 à 2015);
Brian Myles, Directeur, Le Devoir;
Christian Yaccarini, Président et chef de la direction, Société de développement Angus

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