Laisser la liberté de parole aux jeunes

Il aurait été plus “politiquement correct” que la composition de la mosaïque soit plus diversifiée, mais Télé-Québec aurait alors failli à son engagement de laisser la pleine liberté de parole aux jeunes, estime l'auteur. 
Photo: mammouth.telequebec.tv Il aurait été plus “politiquement correct” que la composition de la mosaïque soit plus diversifiée, mais Télé-Québec aurait alors failli à son engagement de laisser la pleine liberté de parole aux jeunes, estime l'auteur. 

À la suite de la parution dans ces pages d’une chronique de Fabrice Vil se désolant du manque de diversité dans la mosaïque des personnes inspirantes de MAMMOUTH 2017 (« Mammouth pour les blancs », 24 novembre 2017), il me paraît essentiel non seulement de rétablir les faits, mais aussi de clarifier l’intention et de mettre en valeur ce grand projet.

Quiconque connaît Télé-Québec sait à quel point la chaîne a la jeunesse (nos adultes de demain) à coeur. Il faut savoir que plus de 40 % de la grille du diffuseur présente des émissions de qualité expressément réfléchies et conçues pour les jeunes. Dans ce même ordre d’idées, nous avons souhaité aller encore plus loin en offrant aux jeunes de s’exprimer à propos de ce qui les inspire, les fait grandir, les pousse à aller toujours plus loin. Ainsi est né le grand projet MAMMOUTH, dont l’objectif principal est justement de donner la parole aux jeunes du Québec.

À la fin de l’été dernier, Télé-Québec a fait appel aux jeunes de partout au Québec pour qu’ils soulignent des actions inspirantes. Qu’elles aient été posées par des jeunes ou des adultes ; par des hommes ou des femmes ; dans une région du Québec ou à l’autre bout du monde ; par des gens issus de minorités visibles ou des gens d’origine québécoise ; toutes les actions proposées ont été accueillies, pourvu qu’elles aient été posées au Québec dans les douze derniers mois ou par des gens qui vivent au Québec.

En octobre, dix jeunes provenant de différentes régions du Québec ont délibéré pendant deux journées entières pour déterminer les 20 gestes qui les ont le plus marqués au cours des douze derniers mois. Pour arriver à bien cibler ces 20 actions, les membres de ce jury ont dû s’informer, discuter, s’ouvrir à la diversité d’opinions, faire des choix parfois déchirants… et ils l’ont fait avec la plus grande ouverture et le plus grand sérieux.

Nous y avons entendu des jeunes allumés, respectueux des pensées des autres, heureux de participer à ce processus et fiers de se faire la voix de leurs collègues de classe et de leurs amis.

La parole a été totalement donnée aux jeunes, et Télé-Québec n’a jamais souhaité diriger leurs choix, pas même un peu. Cet aspect était non négociable : on souhaitait les entendre, eux. Et nous en sommes très fiers !

Ainsi est née la mosaïque MAMMOUTH 2017, dévoilée à la population québécoise le 16 novembre dernier.

De tout ce qui pourra être dit de cette mosaïque de gestes inspirants, l’aspect le plus important est qu’elle respecte d’un bout à l’autre le choix des jeunes. Entre adultes, trop rarement laissons-nous nos adolescents s’exprimer, nous faire savoir ce qui les allume, ce qui les touche, ce qu’ils visent ou même ce qu’ils souhaiteraient devenir, au plus profond d’eux-mêmes.

La mosaïque MAMMOUTH 2017 présente des gens qui aident leur prochain ; qui se tiennent debout ; qui s’affirment dans leur différence ; qui revendiquent leurs droits ; qui voient grand et foncent ; qui n’ont pas peur de déranger pour que la société aille de l’avant…

Maintenant, ce que je souhaite sincèrement, c’est que MAMMOUTH 2017 nous ouvre les yeux sur les aspirations positives de nos adultes de demain et qu’elle invite à la discussion respectueuse en famille ou entre amis. Bien sûr, il aurait été plus « politiquement correct » que la composition de la mosaïque soit plus diversifiée, mais Télé-Québec aurait alors failli à son engagement de laisser la pleine liberté de parole aux jeunes. Nous souhaitons vivement que la grande célébration MAMMOUTH 2017 inspire les jeunes de toutes les communautés à se joindre à ce mouvement collectif.

Pour l’instant, je vous invite à découvrir les gens exceptionnels, choisis par nos jeunes, qui composent la mosaïque MAMMOUTH 2017.

Réponse du chroniqueur

Par sa réponse, est-ce que Télé-Québec nous informe que la sélection des personnalités Mammouth s’est faite sans balises ? L’entreprise aurait-elle accepté que le jury contrevienne au principe de la parité ? Bien sûr que non. J’oeuvre en éducation depuis 2001 et je sais bien que tout en faisant place à l’autonomie des jeunes, les adultes doivent guider leurs choix selon des principes. Ici, constatons que pour Télé-Québec, le principe de la diversité culturelle n’a qu’une valeur de rectitude politique. Ceci est d’autant plus regrettable que l’ensemble du portrait perpétue le complexe du sauveur blanc. La réponse de Télé-Québec est d’ailleurs silencieuse à cet égard. Fabrice Vil

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9 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 25 novembre 2017 05 h 11

    Aborder toute forme d’altérité à travers le prisme de la « race »

    Le monde de Fabrice Vil est analogue à celui que découvrit la journaliste française Géraldine Smith à l’occasion d’un séjour aux États-Unis : « J’avais sous-estimé les difficultés de notre propre intégration aux États-Unis. En Amérique, on abordait les questions d’origine et d’immigration – en fait, de toute forme d’altérité – à travers le prisme de la « race ». Géraldine Smith, Rue Jean-Pierre Timbault, Stock, 2016.

  • Charles-Étienne Gill - Abonné 25 novembre 2017 11 h 03

    La vision racialisée du chroniqueur

    La différence entre les sexes va de soi. Ça fait des millions d'années que l'on se reproduit; et il y a pas un sexe métissé, hybride quoique le genre, lui, donne lieu à des variantes qu'explorent les prix Mammouths, il y a d'ailleurs une candidate transgenre, Gabrielle Bouianne-Tremblay.

    On a donc réussi à intégrer à ce concours une membre des «minorités invisibles» et pensons aussi à Audrey Gélinas qui est handicapée, mais son handicap est un détail, c'est visiblement sa créativité et sa détermination à diffuser sur Youtube pour parler de sa maladie qui lui vaut cette nomination.

    Il y a de la diversité dans cette sélection, et le principe de parité dans les représentations des genres est assez facile à mettre en place. Mais comme le nom l'indique, les personnes racisées sont «racisées», l'acception de l'adjectif indique que ce sont les autres qui les enferment dans « une race ».

    Établir un critère de parité de représentation des minorités racisées est... raciste. Les «races», elles se métissent et on revient au problème suivant : quand on est racisé (Noir, «Asiatique», «Arabe»), se sent-on «représenté» parce que d'autres «minorités» non-causiennes sont représentées ou est-ce que l'on a besoin de la reconnaissance de sa propre identité raciale pour se sentir représenté?

    Donc si vous avez la couleurs et les traits d'un Indien (de l'Inde), vous sentez vous représenté parce qu'il y a un Noir, un Arabe, Un Inuit, mais pas d'Indien ou avez vous besoin d'un Indien et vous foutez que le reste soit blanc? Autrement formulé, les «Asiatiques» se sentent-il confortéw par la présence de Cinthya où sont-ils quand même agressés par la prépondérance des Blances dans ce concours?

    Le chroniqueur fait un amalgame avec les Blancs comme si on était tous pareils, s'il y a des enjeux coloniaux avec les Autochtones, les Québécois ne sont pas colonisateurs comme les Anglais, les Français, etc. Le concours a honoré la diversité des projets ET des régions.

    • Marc Therrien - Abonné 25 novembre 2017 17 h 51

      Je pense que Télé-Québec devrait rejouer le dessin animé "Calimero".
      "C'est vraiment trop inzuste".

      Marc Therrien

  • Paul Doyon - Abonné 25 novembre 2017 14 h 55

    Y aurait-il lieu de réfléchir?

    Patrice Vil n’a manifestement pas refléchi depuis l’avalanche de commentaires très critiques que lui a valu sa chronique. Je suppose que ses textes nous demandent de prendre en considération ses opinions et avis. Ne devrait-il pas en faire autant pour les commentaires qui lui sont faits? Il me semble que ceux suscités par sa chronique demandaient réponse; ce texte de Télé-Québec lui en fournissait une bonne occasion, mais elle manque toujours.

    • Céline Delorme - Abonnée 26 novembre 2017 21 h 19

      En effet, la première chronique de M Gil semble très raciste, mais on veut bien croire qu'il a eu des difficultés à s'exprimer.
      S'il est sérieux, il devrait s'expliquer et répondre aux questions suivantes:
      Selon quelle grille d'analyse prévoit-il séparer les différentes "races" et identifier les personnes "racisées"qui auront droit aux nominations.
      Degré de coloration de la peau, forme et couleur des yeux, forme des lèvres?
      Y-a-t-il un Etat qui applique ces critères et qu'on peut citer en exemple? (Ceux que je connais ne sont pas recommandables)
      Le fait d'être handicapé, compte-t-il pour un point de" minorité"?

      Quels seront les recours des personnes qui désirent obtenir les avantages des personnes "racisées" mais qui seraient refusées par la grille d'analyse de M Gil, s'ils ont la peau trop pâle, par exemple....

      Avec ces quelques explications pratiques, peut-être pourrons nous y comprendre quelque chose?

  • Élisabeth Germain - Abonnée 25 novembre 2017 15 h 40

    J'étais d'accord avec votre chronique, M. Vil, et je suis tout autant d'accord avec votre réponse ici.
    J'ajouterais que même avec les adultes, il est important de favoriser l'ouverture des choix, sans quoi les mêmes fermetures se répètent. On reste dans l'habitude ou dans la mode, sans s'interroger sur ce qui enrichirait la vision collective.
    Si la diversité n'est pas promue, on perpétue les paramètres courants. On risque alors d'entériner une (fausse) identité québécoise de plus en plus éloignée de la réalité, au lieu d'offrir des modèles inspirants pour le monde qui se bâtit aujourd'hui.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 26 novembre 2017 16 h 09

      Les modèles proposés sont absolument inspirants et divers : on s'intéresse autant à l'implication dans le Nord avec les Inuits qu'au travail d'une handicapée.

      Le manque de diversité qui ne traduit pas une vision collective riche à votre avis et qui entérine une «fausse identité» éloignée de la réalité est uniquement un manque de diversité de «couleur» de peau. Ce que vous appelez sans doute représentants des minorités visibles ou personne racisée.

      Le paradoxe, c'est que pour un tel portrait, ça prend un paramètre assez coercitif et raciste , ex. le résultat du panel de candidat doit comporter minimum 2 ou 3 candidat ayant les caractéristiques X et là vous enfermez les gens dans leur races comme si ce qui les disinguait d'abord c'était l'appartenance à un groupe au sens racial ou ethnique.

      Je vous invite à lire l'article de Moreau dans la revue Argument pour réfléchir à la question, voici un extrait :

      « Ces questions peuvent sembler oiseuses. Elles ne le sont pas. D’une part, on rappellera que la détermination de qui est « Blanc » et ne l’est pas donne droit, en matière de priorité à l’embauche, à des avantages très concrets. D’autre part, il en va aussi, incidemment, d’une conception de l’humanité (et bien entendu de la société canadienne), comme irréductiblement séparée en divers groupes et sous-groupes raciaux dont la différence est officialisée et rendue pérenne. Sous prétexte de lutter contre une discrimination raciale, en fait présumée, la société canadienne risque de faire sienne ce que Lévi-Strauss appelait une "doctrine raciste à l’envers"»

      Source : http://www.revueargument.ca/article/1969-12-31/45-

  • Nicole Tardif - Abonnée 27 novembre 2017 16 h 09

    M. Vil,
    Le principe de diversité culturelle n'est pas qu'une valeur de rectitude politique à Télé-Québec, au contraire. Dans le cadre de cette émission en particulier, Télé-Québec a volontairement choisi de laisser la parole aux jeunes pour toutes les raisons évoquées par M. Dubois. De plus, il m'apparaît nécessaire de rappeler que Télé-Québec se fait un point d'honneur de refléter la diversité culturelle dans ses contenus en accordant une grande place aux communautés culturelles. Nos contenus sont réfléchis et choisis pour refléter l'ensemble de la population québécoise dans toute sa diversité, peu importe qu'ils soient destinés au public jeunesse ou au public adulte. Les exemples sont multiples, de nos fictions jeunesse à nos documentaires, en passant par tous nos magazines, nos émissions musicales et toutes nos émissions d'affaires publiques.
    Bien à vous,
    Nicole Tardif
    Directrice générale des communications et de l'image de marque
    Télé-Québec